Les extraordinaires aventures d’un Fakir irradiant

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Le rêve prolonge la réalité, l’amplifie ou la rend parfois moins dure. Il peut aussi porter vers un objectif de vie sur lequel s’appuyer avec sérénité. Deux phrases qui disent le fond du film de Ken Scott. Un réalisateur qui a construit un pont culturel entre les codes bollywoodiens et hollywoodiens. Il réalise une fable à la croisée de ces deux cinémas avec le bonus d’imagination en plus.

Une fable. Le mot convient parfaitement à l’univers de L’Extraordinaire Voyage du Fakir. Ajatashatru Oghash Rathod (Dhanush) grandit dans un quartier pauvre de Bombay dans lequel sa mère l’élève seul. Ils nourrissent ensemble le rêve d’aller un jour vivre à Paris. Quand elle meurt, le jeune homme indien décide de partir dans la ville Lumière avec ses cendres. A partir de cet instant, l’aventure commence véritablement.

Un voyage d’imprévus

D’un simple touriste qui se fait rouler par le chauffeur de taxi Gustave (Gérard Jugnot), Aja devient par le hasard des événements un sans papiers et se retrouve du jour au lendemain en Espagne, dormant dans un aéroport avec d’autres migrants. Aja souhaite seulement retourner à Paris où il est tombé sous le charme de Marie (Erin Moriarty). Une autre raison motive ce retour indispensable : retrouver les cendres de sa mère. Mais le voilà à Rome, sautant hors des bagages de l’artiste Nelly Marnay (Bérénice Béjo) et se trouvant projeté dans un palace luxueux. Ainsi Aja parcourt aussi la diversité des réalités humaines du monde comme le personnage d’un bon roman.

Comment embarque-t-on dans le voyage extraordinaire d’Aja ? Il le raconte à trois enfants qui sont menacés d’être emprisonnés en Inde pour des vols à répétition. Ce qui permet des sauts incessants entre la réalité et la fable, entre la loi de la rue et celle de l’imagination. A l’écoute des aventures d’armoires, de montgolfière et de pirates, les trois enfants sont d’abord réticents au même titre que le garde qui les surveille. C’est sans compter sur l’art du conteur Aja qui les rend soudain moins agressifs et plus attentifs, rêveurs par dessus tout. L’effet vaut aussi pour le spectateur. Jamais il ne sait si l’histoire d’Aja a eu lieu ou s’il n’est qu’un magicien des mots.

Une histoire fantastique bien dans son époque

En résumé, le film de Ken Scott résulte d’une succession d’imprévus. Pas le temps de s’ennuyer, bien au contraire. Les scènes s’enchaînent et la caméra suit les personnages comme dans une course poursuite contre le temps. Deux scènes de danse détonnent particulièrement et rappellent que L’extraordinaire voyage du Fakir est aussi un pont entre le cinéma indien et anglo-saxon. Les couleurs et les paillettes explosent de tous les côtés, sans abus, même dans les passages les plus tristes. Comme un pied de nez à la morosité ambiante. Un cinéma lumineux, simplement.

L’intérêt principal du film est dans le choix de la perspective du personnage principal et de l’atmosphère joviale du traitement d’un sujet grave : la migration. Sans jamais manquer de dignité ni de pudeur. Aja est l’homme le plus naïf du monde. Il observe dès lors ce qui se passe autour de lui et vit ce qui lui arrive avec une pureté touchante. Il s’aventure où bon lui semble et s’accommode ainsi de toutes les situations en voulant seulement aider son prochain. Réaliser les rêves des autres. Un scénario comique pour un film tragique.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo : © Impuls Pictures

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