« Le Cercle littéraire de Guernesey » : une île de littérature et d’amitié

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Il y a la magie de la littérature. Celle qui emporte, fait voyager et touche. Celle qui, brillante comme un diamant cent carat, éveille l’imagination, l’intime éclat.

Le Cercle littéraire de Guernesey, c’est un peu ça, bien plus encore à la sortie du cinéma. Une histoire dont le nœud se noue durant l’occupation allemande, plus précisément sur l’île de Guernesey, et qui se dénoue dans l’intimité d’un cercle littéraire qui lit pour oublier le contexte belliqueux, pour rêver. Une histoire qui a lieu sur l’île du long exil de Victor Hugo.

L’interdiction d’imaginer

Le réalisateur Mike Newell a ainsi puisé dans ce que la littérature a de plus essentiel pour son film : le partage. Ce moment banal durant lequel deux ou plusieurs personnes échangent autour d’un roman, d’un essai, d’une nouvelle ; développent un esprit critique, des émotions et de la compassion. Comme lorsque les cinq camarades du cercle littéraire découvrent le plaisir d’être ensemble et se lisent des histoires en toute illégalité, à l’abri de l’envahisseur, dans un salon, après avoir mangé du porc et avoir bu du gin fait maison par Isola (Katherine Parkinson). C’est à l’heure du couvre-feu. Dans la nuit, quand le silence met en valeur le son des mots. Ce moment où la solitude et la tristesse, comme dans le cas des cinq lecteurs intrépides du cercle, pèsent sur le moral.

Que reste-t-il lorsqu’on est enfermé sur la même île que nos envahisseurs et que la Seconde Guerre mondiale se termine sur le continent ? Les mots, l’amour et la bienveillance envers les voisins. Le partage du peu de nourriture que l’on possède comme lorsque Dawsey (Michiel Huisman) met des pommes de terre dans les mains des esclaves de guerre qui construisent des forts aux quatre coins de Guernesey.

Juliet (Lily James) entre dans la vie insulaire après la fin de la guerre. Elle est écrivaine et vient initialement écrire un article pour le London Times. Elle se retrouve à l’office de poste d’Eben (Tom Courtenay), aussi membre du cercle littéraire, un peu par hasard pour demander s’il existe des chambres à louer sur l’île, encore détruite par les bombardements allemands. Un voyage à Guernesey qui trouve son origine dans la lettre que lui a précédemment écrite Dwayne, l’éleveur de porc. Celui-ci voulait savoir si la romancière pouvait lui procurer un livre qu’il ne trouve plus sur l’île.

Une lutte pour la vérité

C’est là où commence l’acharnement de l’écrivaine. Elle a la ferme volonté de savoir les secrets humains qui déchirent et unissent à la fois les membres du cercle littéraire. Les cinq personnages se dévoilent dès lors les uns après les autres. Même le petit Eli (Kit Connor), déjà féru de littérature, dévoilera des indices. Ce dernier a été séparé de sa famille dès la petite enfance au moment de rapatrier tous les enfants de l’île sur le continent britannique pour les sauver.

Le cinéaste a trouvé une fluidité inouïe dans ces passages d’une histoire à l’autre, comme si le film allait vers le dénouement final avec évidence, justesse et compassion.

Comment terminer la critique d’un film qu’on voudrait interminable et infini comme un bon roman ? Peut-être simplement par cette question. Ou peut-être avec la description  d’une scène – trop courte – qui condense une émotion au centre de toute l’intrigue : l’affection du prochain quel qu’en soit le prix.

Quelques secondes pour montrer l’essentiel

La scène a lieu dans une prairie, près d’un pan rocheux de l’île verte d’espoir comme le chanteront toujours les mots de Llorca, entre les graminées, la pellicule floue, le jeu de Juliet avec la petite Kit (Florence Keen), le temps suspendu. L’auteure devient alors membre de quelque chose de plus qu’un simple cercle littéraire.

Tout le film est dans cette succession d’images éphémère à la manière d’un diaporama : l’insouciance, l’amour, la joie, les blessures profondes et l’envie de les cicatriser avec de l’affection. Une scène au-delà de l’espace-temps du film ou même de notre réalité, quelque part entre un paradis désiré et la terre ferme sous nos pieds. Un instant que l’on connaît !

Il reste une impression de nostalgie et d’un déjà-vu si proche et agréable au moment d’écrire ces mots. Comme si nous avions découvert un groupe d’amis, soudés par l’Histoire et un amour aussi éternel qu’une vague qui se répète à l’infini contre un récif. Ou quand l’objectivité tombe au profit d’une subjectivité provoquée par l’émotion du film. Une réussite, si l’on pense à la finalité de tout art : toucher.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo : © Impuls Pictures

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