« Mutafukaz » : un film d’action frais et contemporain

Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) – Virginia Eufemi

Des quartiers malfamés, des déchets et des images de la Vierge Marie constituent le décor de Mutafukaz, remarquable film d’animation franco-japonais faisant partie de la catégorie « Films of the third kind » du NIFFF. Cette section, qui regroupe les œuvres inclassables par leur originalité, accueille cette perle, adaptation de la BD française éponyme par Guillaume « Run » Renard, qui a également co-réalisé le film avec Nishimi Shojiro.

Le spectateur suit le jeune Angelino (doublé par Orelsan), un livreur de pizza de 22 ans qui vit avec son ami Vinz (doublé par le rappeur Gringe) – un squelette au crâne enflammé –  dans une chambre d’hôtel du quartier latino de Rios Rosas, à Dark Meat City. Cette dernière est l’alter ego sombre, la jumelle maléfique de Los Angeles, où il vaut mieux « faire profil bas », comme nous le rappelle Angelino. Le protagoniste et narrateur est viré à la suite d’un accident de scooter causé par une très belle jeune femme aux allures de manga.

Après cet épisode, il commence à percevoir d’étranges ombres et se rend compte qu’il est poursuivi par des mystérieux hommes en noir qui veulent sa peau. Après la visite chez les deux jeunes hommes d’une élite d’assaut qui ne lésine pas sur les projectiles, débute une palpitante course-poursuite qui les mènera dans le violent quartier de Palm Hill, où la culture hip-hop se mêle aux déclamations shakespeariennes – ce qui n’est pas sans nous rappeler le Roméo+Juliette (1996) de Baz Luhrmann.

Entre catcheurs héroïques, gangs à la gâchette facile et armées de cafards fidèles, ce long-métrage se révèle être un véritable film d’action contemporain, frais et moderne. La musique, alternant du dubstep à du reggaeton, rythme les scènes d’action de ce long-métrage haletant, amusant, mais aussi attendrissant. Oui, car il s’agit avant tout d’un récit d’amitié, qui exprime avec intelligence ce qui nous lie à nos proches et notre volonté de protéger les nôtres.

Mais aussi, Mutafukaz met en scène des questions identitaires : est-ce que nos origines définissent notre personne ou avons-nous le choix de devenir qui nous voulons ? Cette riche production franco-japonaise parle de la puissance de l’amour et se veut également une critique alternative des enjeux socio-politiques actuels, – avec un fond de théorie du complot qui n’est pas malvenu. Enfin, la gestion de l’humour est très fine, intelligente et novatrice, n’hésitant pas à citer des références actuelles, ce qui situe le film entièrement dans son temps.

Le dessin, réalisé par le studio d’animation japonais Studio 4°C, n’est pas complètement celui des anime, mais a un goût plutôt occidental, mélange de GTA et de la culture pop, grâce notamment aux intertitres qui apparaissent à l’écran. Tous les ingrédients sont là pour faire de Mutafukaz la recette parfaite d’un film réussi sur le plan de la narration, de l’action, des personnages et du message. A voir (ou à revoir) absolument ce jeudi 12 juillet dans l’Open Air du NIFFF.

MUTAFUKAZ (Guillaume « Run » Renard et Nishimi Shojiro) – NIFFF – Films of the Third Kind
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Virginia EufemiFFFFF
Thierry Fivaz
Jonas Follonier
Hélène Lavoyer

Ecrire à l’auteur : virginia.eufemi@leregardlibre.com

Crédit photo : © NIFFF

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