«Ammore e Malavita»: James Bond a casa, Napoli avanti 

Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) – Hélène Lavoyer

Présenté en compétition du festival cinématographique Mostra de Venise 2017, Ammore e Malavita (« Amour et pègre ») rafle depuis les récompenses les plus variées lors de la 63e cérémonie des David Di Donatello : meilleur film, meilleur réalisateur ou encore meilleure musicien. Depuis, ses réalisateurs Marco et Antonio Manetti continuent à faire chanter et rire le public international avec leur comédie musicale. Comme hier, à la scène Open Air du NIFFF.

Don Vincenzo (Carlo Buccirosso), « Roi du poisson » à la tête de la mafia Napolitaine, réalise après une balle dans la fesse que sa vie de bandits, le forçant sans arrêt à courir pour sa vie, ne lui convient plus. Une chance pour lui, sa femme Donna Maria (Claudia Gerini) aime le cinéma et connaît ses classiques. Tous deux confient leur plan à Ciro (Giampaolo Morelli) et Rosario (Raiz) : tout comme dans le fameux Skyfall, Don Vincenzo se fera passer pour mort. De fausses funérailles sont organisées et personne d’autre qu’eux quatre ne doit connaître la vérité.

Malheureusement, un détail infime fera tout capoter : Fatima (Serena Rossi), une infirmière de garde, voit Don Vincenzo bien vivant et s’agitant comme un asticot sur la table d’opération. Ce dernier, effrayé à l’idée que l’on puisse contredire l’événement annoncé de sa mort, demande aux deux bras droits que sont Ciro et Rosario de se débarrasser de la jeune femme après l’avoir retrouvée. La belle se révèle être le premier amour de Ciro qui, pris de cette folie qu’atteint les passions les plus belles, décide de tout faire afin de la sauver des balles de son organisation.

Deux heures quinze de rire et de rebondissements

Quelle joie ! Depuis Le dîner de cons que je n’avais pas ri comme cela, d’éclats francs et spontanés, rythmés par les dialogues surprenants et fins qu’échangent les personnages. Le long-métrage, qui recèle de références aux films d’action américains et surtout au fameux James Bond, scande au cinéma hollywoodien : « Votre humour, on le connaît, et regardez bien ce qu’on en fait ! ».

Pourquoi ? Parce qu’il fait cette géniale caricature du touriste typique, qui d’un anglais parfait célèbre le vol du sac de l’une des membres du groupes, le tout agrémenté d’interventions ridicules de bandits habitant le quartier « le plus dangereux de Naples », parce que le look léché de Ciro, cheveux en arrière et brillant d’on ne sait quelle glue, nous rappelle bien celui du mâle hollywoodien… tout en mettant en avant l’Italie, et de plusieurs façons. Lesquelles ?

Simplement par l’écoute de cet italien cru et honnête, les oreilles sont ravies. Et la présence de ces insultes typiques, stéréotypes langagiers et autres gestes avec lesquels les étrangers aiment à définir les Italiens donne à cette caricature toute sa matière. Surtout lorsque ces éléments sont organisés et donnés avec tant de raffinement.

En plus d’excellents dialogues et de délicieuses chansons entraînant vers le mélodramatique excessif et le théâtral, le montage est également accompli, irréprochable, étonnant : nous débutons effectivement par les funérailles de Don Vincenzo, qui dans son cercueil nous crie qu’il n’est pas cet homme – eh oui, il a bien fallu qu’un corps vienne remplacer celui du vrai ! – avant que la situation nous soit expliquée pour que nous puissions retourner à ce moment et en découvrir l’issue ironique et hilarante.

Tout, donc, tout de ce film nous aura fait nous plier sur notre chaise, chaque scène apportant un nouvel élément et permettant de mieux comprendre les caractères bien trempés de chacun des personnages, sa fonction, sa personnalité. La seule chose que je puisse vous conseiller, c’est de sauter sur la prochaine occasion qui vous permettra de voir de vos propres yeux ce bijou d’humour et de cinéma.

Ecrire à l’auteur : helene.lavoyer@leregardlibre.com

Crédit photo : © NIFFF

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