«Et Lamarck créa Darwin»

Le Regard Libre N° 40 – Jonas Follonier

Pourquoi la girafe a-t-elle un long cou ? Vous êtes-vous déjà posé cette question ? Jean-Baptiste de Lamarck est en tout le cas la première personne à y avoir apporté une réponse. C’est parce qu’il doit manger les feuilles situées sur les plus hautes branches des arbres que cet animal a acquis un long cou. Le milieu et le comportement déterminent l’espèce.

Cette découverte faramineuse peut sembler plutôt banale à une époque qui considère la théorie de l’évolution comme vue et revue. Et qui dit théorie de l’évolution dit Charles Darwin. Or si Darwin est bien celui qui a énoncé la théorie de l’évolution comme on la connaît, avec sa célèbre notion de « sélection naturelle », on oublie souvent – si ce n’est toujours – que l’hypothèse selon laquelle toutes les espèces ont évolué au cours des âges et remontent à un ou quelques ancêtre(s) commun(s) avait déjà été émise par un scientifique cinquante plus tôt : Lamarck.

Tout le monde a entendu que l’homme descendait du singe, mais seuls quelques-uns ont été mis au courant que Darwin descendait de Lamarck. Fabien Gruhier a choisi d’y consacrer un livre, Et Lamarck créa Darwin, publié cette année aux Editions Slatkine & Cie, où l’auteur rend justice au scientifique dans une langue accessible, avec des connaissances fouillées, un humour parcimonieux et une émotion palpable.

Nicolas RL N° 40
© Nicolas Locatteli pour Le Regard Libre

Outre la révolution de l’épigénétique, vous y apprendrez notamment que c’est Lamarck qui a inventé le mot « biologie », qu’il s’est fait détester par le pape et Napoléon ou encore qu’il est à l’origine de la météorologie moderne. Selon l’auteur, il « reste le plus grand et le plus méconnu des savants français. » Une certaine tendresse gagne forcément le lecteur pour ce scientifique qui est mort pauvre, aveugle et oublié et dont la « mémoire se réduit à une station du métro parisien qu’il partage on ne sait trop pourquoi avec le général Caulaincourt ». Alors, à vos librairies.

Petite parenthèse : à la lecture de cet éditorial, vous êtes-vous imaginé une girafe femelle quand je parlais de « la girafe » ? Vous êtes-vous insurgé contre cette discrimination ? Probablement que non. Et à juste titre : le genre grammatical n’est pas identique au sexe. Cet exemple montre bien que le débat actuel sur le sexisme dans la langue représente le comble de l’absurdité. Entre langue française et idéologie hasardeuse, Le Regard Libre a choisi son camp.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

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