Rhye, «Blood»

Les mélodies du jeudi – Alexandre Wälti 

Quel plaisir ! Les mélodies sensuelles et légèrement funky de Women encensent encore ma tête alors que Blood est sorti au début de l’année. Une soudaine écoute qui fait merveille. Rhye : l’éternelle résonance bienfaisante.

Entrer dans l’univers musical du duo canado-danois, c’est comme enlacer l’être qu’on aime le plus au monde et l’aimer, l’aimer si fort qu’on s’évade dans une galaxie d’envies et qu’on s’abandonne à deux. D’une étreinte qui réveille juste ce qu’il faut d’amour et provoque une énergie aimantant deux corps lascifs. Une formule adéquate pour dire Blood en peu de mots, bien trop peu. Elle correspond parfaitement à l’ambiance des compositions et des paroles de Rhye. Quelque part entre l’érotisme des tableaux de Klimt et les paysages paisibles de Hodler. Un contraste qui apparaît d’ailleurs sur la couverture de l’album, réalisé avec élégance par Rachell Smith (pour la photo) et Stuart Hardie (pour le design graphique).

Parlons musique plutôt que peinture ou photographie puisque vous êtes essentiellement là pour découvrir des sonorités. Un orgue accroche l’oreille dès le premier morceau et pose un décor envoutant. Waste embarque immédiatement l’auditeur, sans détours, tout droit vers un véritable plaisir auditif. Ce ne sont pas les notes de piano délicatement isolées de Taste qui vous sortiront de la torpeur bienfaitrice de cette musique si juste. Que dire des superpositions de nappes vocales de Please ? Simplement que le morceau possède le groove d’un pur bijou de la soul et la douceur d’un geste d’affection. Un synthétiseur comme il faut juste où il faut assure un rythme entêtant jusqu’à la fin et au-delà.

Une pierre précieuse musicale

L’album laisse ensuite plus de place à la basse. Ce fameux côté funky que j’évoquais dans l’accroche apparaît soudain sur Count To Five. Ce riff qui fait qu’on ne peut pas passer un mauvais moment. Ce son tellement bon qui s’entrelace à quelques discrets et vifs coups de violon. Les cordes se font ensuite discrètes et laissent la place aux cuivres caressantes de Song For You, les contrebalancent et les étreignent. Un morceau en résonance avec le classique du presque même nom, composé par Leon Russell, réinterprété brillamment par Donny Hathaway. Un hymne à l’amour à la Piaf sans la langue française mais avec un message semblable.

Voilà comment vous tomberez amoureux de la musique de Rhye. Surtout que le duo fait partie de ceux qui préfèrent attendre cinq ans pour ressortir un album plutôt que de composer à la pelle. Histoire de laisser le son évoluer et infuser les émotions. Heureusement ! Un rubis musical, simplement. Brillant comme l’étoile Aldébaran au milieu de la constellation du Taureau et taillé de désir incandescent.

Ecrire à l’auteur : alexandre.waelti@leregardlibre.com

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