Pourquoi aime-t-on détester le libéralisme?

Le Regard Libre N° 41 – Diego Taboada

Le terme « (néo)libéralisme » est utilisé régulièrement dans le débat public pour critiquer ou discréditer tant une personne qu’une opinion. Mais savons-nous vraiment de quoi nous parlons ? Pourquoi le libéralisme est-il si mal vu ? Retour sur les causes d’un désamour.

De nos jours, il est rare de trouver une discussion à caractère politique sans que « l’insulte néolibérale » ne soit proférée. Utilisée à tout-va pour décrédibiliser un adversaire, elle semble constituer un nouveau « point Godwin » des débats contemporains. Mais en quoi consiste donc réellement ce libéralisme tant décrié ? Rien de moins qu’un système philosophique, politique et économique datant de la fin du XVIIIe siècle qui place l’individu et ses libertés au centre de la réflexion.

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Cette idéologie influença pléthore d’intellectuels soucieux d’épargner les êtres humains du pouvoir de l’Etat. C’est dans ce but que se développèrent les droits de l’Homme dans la foulée des révolutions françaises et américaines. Les principes libéraux permirent également l’essor de l’économie capitaliste et la création des Etats modernes, qui se développent au XIXe siècle. Toutes ces évolutions communément accueillies de manière positive n’auraient pas pu émerger sans l’existence préalable du libéralisme. Néanmoins, il s’avère qu’après être considéré comme une avancée majeure de l’histoire de l’Humanité, ce terme, avec les principes qu’il représente, est aujourd’hui perçu comme la cause des imperfections de notre société.

La capitulation des libéraux

Les intellectuels constituent de farouches adversaires du libéralisme. Avec l’exception notable des Etats-Unis, la majorité de l’intelligentsia européenne est plutôt hostile aux idées libérales. Dans son ouvrage Pourquoi les intellectuels n’aiment-ils pas le libéralisme ?, le sociologue Raymond Boudon se penche sur la question. Il met en évidence quelques éléments qui expliquent le rejet du libéralisme, comme la vision réductrice qu’en ont la majorité de ces intellectuels au moment de l’appréhender. Il est en effet facile de rejeter une idéologie qui en réalité est bien plus complexe qu’une simple doctrine économique.

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Par ailleurs, des disciplines comme la sociologie ou l’anthropologie, développées dans la période de l’après-guerre, sont diamétralement opposées aux principes du libéralisme. Ces nouvelles sciences humaines, d’orientation constructiviste, mettent l’accent sur un collectif qui détermine les croyances et actions des individus, mus par des rapports de domination cachés entre classes. Une vision incompatible avec l’idée d’un individu libre et capable de faire des choix pour lui-même, que défend le libéralisme.

Les rares intellectuels et politiciens libéraux n’ont pas le vent en poupe. Ceux-ci tendent à un élitisme peu constructif dans une arène où la bataille des idées a clairement été remportée par les chantres d’une idéologie collectiviste et sociale. Les libéraux ont laissé se répandre l’idée que le bien commun était l’objectif à atteindre et que le seul moyen d’arriver à des résultats satisfaisants pour la société consistait à privilégier l’action étatique. Lorsque des penseurs ou politiciens libéraux cohérents apparaissent sur le devant de la scène avec un potentiel intéressant pour servir la cause libérale, ils se voient obligés de se recentrer et de se modérer, dans le but d’avoir de l’audience et d’être éligibles.

Par conséquent, la pensée unique collectiviste se répand dans l’opinion publique où l’on trouve les critiques les plus virulentes du libéralisme, autant qu’une méconnaissance crasse de ses principes. Le libéralisme est accusé de tous les maux dont souffre la société, caricaturé comme idéologie mortifère au service des intérêts des « nantis », au service de principes cachant un projet de démantèlement de l’Etat – essentiel au bien-être de tous – pour atteindre une situation d’anarchie où régnerait la « loi de la jungle » dans laquelle les plus égoïstes et vicieux tireraient leur épingle du jeu.

Trop ou pas assez de libéralisme ?

Cependant, aucune des diverses « familles » libérales n’entend supprimer l’éducation, ni les hôpitaux ; seule la gestion étatique de ces dernières est remise en cause. Personne ne souhaite une société sans règles, mais bien sans Etat ou avec un Etat minimal. Sans prétendre qu’il n’y ait pas de défauts dans la société actuelle, il faut tout de même reconnaître que la pauvreté n’a pas cessé de baisser dans le monde et que la majorité des personnes peuvent aspirer à plus dans leur vie que de passer leur journée à rechercher de la nourriture.

En outre, les problèmes que l’on attribue communément au libéralisme – ou au capitalisme – sont paradoxalement dus à une absence de libéralisme. Prenons l’exemple de la crise financière de 2008 lors de laquelle de grandes banques – l’UBS pour ne citer que la plus représentative – ont été sauvées par les Etats. Ou encore, les cas où des entreprises multinationales se voient octroyer des rentes pour l’extraction de matières premières par des gouvernements de pays en développement. Ces pratiques entrent en contradiction avec l’idée d’une concurrence « pure » entre les acteurs avec les mêmes règles du jeu, que prône le libéralisme, et dont l’application des principes réglerait ces problèmes de connivence tant décriés entre pouvoirs économiques et politiques. 

Le libéralisme est donc une idéologie mal connue, que l’attitude des intellectuels pousse encore plus vers une mauvaise compréhension. De nos jours, la critique du libéralisme ressemble plus à de la paresse intellectuelle qu’à une réelle évaluation de ce système de pensée. Une meilleure connaissance des différentes formes de libéralisme est un enjeu de taille pour ceux qui luttent contre la pensée unique d’un « collectivisme constructiviste » ambiant, afin qu’une autre grille de lecture puisse être présentée et débattue, sans préjugés cette fois.

Ecrire à l’auteur : diego.taboada@leregardlibre.com

Crédit photo : © Tysto

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Une réflexion sur « Pourquoi aime-t-on détester le libéralisme? »

  1. Plutôt qu’une explication au rejet du (néo)libéralisme, on a plutôt affaire à un plaidoyer sans originalité, en faveur d’un certain libéralisme, On y retrouve toutes l’ argumentaire bancal habituel.
    Parler du libéralisme au singulier est déjà trompeur; le libéralisme des lumières n’est pas celui des classiques du dix-neuvième, ni non plus celui des « randiens » actuels. Le libéralisme politique et le libéralisme économique ne sont pas indissociables, malgré ce que sous-entend l’auteur, Prétendre le contraire, c’est poser un faux dilemme dans lequel on choisit soit le libéralisme(dans sa version libertarienne si j’ai bien compris) soit la dictature. Bref, une fois de plus, on a affaire à un partisan d’un laisser-faire radical en économie qui camoufle son point de vue en défendant la « liberté de l’individu ». Bien entendu, il ne sera pas question ici de la notion de marché, pourtant nécessaire si on veut bien montrer que la liberté des uns telle qu’on la conçoit n’entrave pas celle des autres.
    On a bien sûr droit au petit couplet qui attribue tous les progrès de l’humanité depuis 300 ans au libéralisme(pourtant il me semblait que l’éradication de la variole ou l »alphabétisation devaient beaucoup aux politiques étatiques)
    Le seul point un peu original est la critique de la sociologie et de l’anthropologie, mais c’est aussi le plus faible L’auteur croit-il vraiment que ces deux disciplines ont tort lorsqu’elles considèrent que nos points de vues, nos jugement de valeurs, notre morale sont t très largement influencées par notre environnement social? C’est là pourtant une chose établie au delà de tout doute raisonnable, et si le libéralisme a un problème avec cela, c’est lui qui doit être interrogé et non ces disciplines.
    Au delà, ce que ne voit pas l’auteur, c’est qu’aujourd’hui le libéralisme est en perte de vitesse parce qu’il n’a rien à dire de pertinent sur un certain nombre de sujets tel que la condition animale, les questions environnementales, le secisme, les discriminations, l’immigration, la place des religions*l,

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