«L’Ombre d’Emily» à la lumière de ses caricatures

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Mon Dieu, ce que t’es nunuche!»

Stéphanie est une mère au foyer innocente et naïve, très investie dans les activités scolaires de son fils. Elle tient aussi un blog de conseils pour mamans. En somme, c’est une vraie «nunuche». Décrire Emily reviendrait à affirmer qu’elle est l’opposé total de Stéphanie. Femme d’affaire transgressive et absente, elle porte toujours une tenue extrêmement chic. Le contraste entre les deux femmes est absolu.

Elles ont cependant un point en commun: l’école. Leurs fils se trouvent effectivement dans la même classe. Occasion de rapprochement quand Emily invite Stéphanie chez elle parce que les enfants insistent pour pouvoir passer un peu de temps à jouer ensemble. Démarre ainsi une relation intime et étonnante entre les deux femmes, à la frontière entre l’amitié et la manipulation.

Les chansons françaises

Le premier point appréciable de L’Ombre d’Emily qui saute à l’oreille concerne la présence abondante de chansons françaises. Il est d’ailleurs assez surprenant d’assister à l’ouverture d’un film américain sous les notes de Ça s’est arrangé de Jean-Paul Keller, pour continuer avec La Madrague de Bardot, Bonnie and Clyde de Gainsbourg et Bardot, Les cactus de Dutronc et quelques autres titres, et pour conclure enfin avec Comment te dire adieu de Françoise Hardy.

Si les amateurs de variété française se sentent tout fiers et émoustillés à la présence de leurs chansons bien aimées, on n’en comprend pas moins leur rôle dans le film. Acceptons toutefois que le réalisateur Paul Feig est un francophile, et qu’il a profité de placer ces chansons qui lui plaisent. Après tout, c’est sa liberté artistique de le faire et l’assumer pleinement permet de clouer le bec aux réticents.

Le suspense

Autre point plaisant: le maintien assez habile du suspense. En ce sens, le film est un vrai thriller. Il joue avec le mystère et brouille les pistes du spectateur qui essaie de comprendre avec concentration. Sans aucun doute, même ceux qui ont le plus de flair sont surpris lors de certaines étapes de révélation. Néanmoins, ces mêmes éléments du suspense contribuent aussi à largement gâcher le long-métrage. Les rebondissements, les semi-révélations et les demi-mensonges sont tirés et retirés à la rallonge ainsi qu’à la rallonge de la rallonge.

Aussi, alors que le spectateur apprécie d’en connaître toujours davantage sur l’histoire macabre et mystérieuse d’Emily, il se passerait pourtant bien des incessants retours au temps de la narration. Cela peut convenir à la rigueur, dans la mesure où l’on peut admettre une technique narrative spécifique du scénario. En revanche, on pourrait totalement s’éviter un jeu d’acteurs pitoyable et des caricatures à gogo, comme le contraste surexposé entre une Stéphanie qui porte de chaussettes de gamine et une Emily qui s’habille en baron du XIXe siècle. Ou encore les petites phrases gentillettes de l’une face à la vulgarité assurée et décomplexée de l’autre.

Au final, L’Ombre d’Emily retient ses spectateurs en salle parce que l’intrigue est intéressante, mais tout le reste de la réalisation et du travail autour de ce film dans son ensemble n’est pas rigoureux, devient vite lassant et laisse en souvenir plus d’ombre que de cinéma.

«Tout le monde a un côté dark, mais certains le cachent mieux que d’autres.»

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : Impuls Pictures

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