Une manipulation génétique qui pose des questions

Les lundis de l’actualité – Diego Tabaoda

La semaine dernière, des chercheurs chinois ont réussi à obtenir des souriceaux après reproduction de souris de même sexe, grâce à des manipulations génétiques. Donnée remarquable, les souriceaux ont pu survivre et se reproduire à leur tour: une première dans le monde de la biogénétique. Le développement de cette nouvelle méthode – dont nous vous épargnons les détails techniques – pourrait ouvrir de nouvelles perspectives, notamment dans le clonage et la reproduction des mammifères. Jusqu’à être appliquées chez les êtres humains? Peu probable dans un avenir proche, selon certains scientifiques consultés par les médias généralistes, bien qu’ils ne l’excluent pas complètement.

Au-delà de l’intérêt scientifique de l’expérience, c’est surtout les réactions qu’elle a suscitées qui ont attiré l’attention du Regard Libre. En effet, les commentaires sur les réseaux sociaux étaient particulièrement virulents, et les débats nourris – pas vraiment de souris. Très critiques, on accuse les auteurs de l’étude de «jouer à Dieu», ou d’aller à l’encontre «de la nature». Sous-entendu: les limites de la science sont atteintes lorsque l’expérience humaine essaie de surpasser la nature. Une pratique dangereuse, en somme.

La manipulation génétique, la reproduction homosexuelle – que l’on ne retrouve pas dans la nature – est la porte d’entrée à toute sorte de dérives. Mais cette expérience scientifique est-elle vraiment «l’expression d’une science sans conscience»? Il paraît évident que tout ce qui est de près ou de loin lié aux manipulations génétiques posent de nombreuses questions éthiques. Mais ce genre de réaction est-elle toujours opportune?

Rappelons qu’au Moyen Age, les premières autopsies se déroulaient clandestinement, car la morale en vigueur – catholique en l’occurrence – interdisait d’ouvrir les corps. Les progrès de la médecine ont alors stagné eu Europe. C’est en enfreignant l’interdit moral que la médecine a vécu des avancées vertigineuses dans le domaine, permettant de sauver tant de vie par la suite. N’est-ce pas la même chose aujourd’hui?

Vouloir à tout prix empêcher les travaux scientifiques reviendrait à céder aux sirènes de l’obscurantisme. La morale ne devrait pas être une raison d’interdire, ou de créer des tabous autour de ces questions de transformations génétiques. Cependant, ce développement ne doit pas être le monopole d’une catégorie exclusive de scientifiques. Les philosophes, sociologues et moralistes ont la légitimité et la responsabilité de prendre part au débat, car ce sont évidemment des questions de société.

Renoncer à des recherches ou des investigations dans des domaines définies comme socialement «immoraux» est le meilleur moyen de passer à côté d’un progrès, qui, bien que très mal vu de nos jours, pourrait – comme la médecine – sauver les vies de demain.

Ecrire à l’auteur: diego.taboada@leregardlibre.com

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