«Johnny English Contre-Attaque»: drôlerie sans tension

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Un bon film d’espionnage a ses classiques: des courses-poursuites, des combats armés, des explosions, des gadgets et de la tension. Mais pouvons-nous parler de ces codes au sujet de Johnny English Contre-Attaque? Certainement, jusqu’à un certain point. Ce point où la parodie prend le dessus. Ce point où tout fout le camp.

C’est bien de ça dont il est question! Le retour de Johnny English (Rowan Atkinson) au MI7, à présent professeur de géographie ou plutôt de géocamouflage, est imminent après une cyberattaque massive sur Londres puis sur toute l’Angleterre. Tous les autres agents ont été identifiés ou même tués après le piratage. Nous avons parlé de géocamouflage parce que l’ancien agent secret enseigne plutôt les techniques des services secrets à ses élèves que la topographie de l’Angleterre. Mais bon! ceci est un détail!

Il revient donc au service de Sa Majesté. Il est toutefois légèrement dépassé par toutes les nouvelles technologies. La géolocalisation: il ne connaît pas. La réalité augmentée: inconnue aux radars. Les smartphones: à éviter à tout prix. Les tablettes: pas son truc. Les véhicules hybrides: inutiles. C’est justement au moment du choix de la voiture que la farce débute. Car, oui, c’est bien plus une farce qu’une quelconque activité du ressort des services secrets britanniques. Rien de surprenant pour une franchise telle que Johnny English.

Un film en demi-pellicule

C’est là que la balle blesse! L’impression de déjà-vu, de récupération et du même film qu’on revoit à l’infini. Comme les bandes-annonces avant le début de la séance d’ailleurs: le grinch en 3D ou un épisode de plus d’une série dérivée de Harry Potter. En même temps, Noël approche. Hollywood veut aussi faire ses cadeaux. Personne n’est ainsi surpris de l’infiltration manquée de Johnny English sur le yacht du soi-disant pirate informatique. Tout va de travers, c’est prévu.

On le sait avant même l’escalade sur le pont du bateau avec des bottes magnétiques. Aucun étonnement ni imprévus durant tout le film. Nous aurions aimé un peu plus de fond à toute cette histoire, en développant par exemple la tension propre à tout bon film d’espionnage. Même si ce n’est pas la priorité d’une comédie. Faire en sorte que le spectateur ne s’attende pas toujours à ce qui suit. Lui faire perdre la piste. Les scènes drolatiques ne seraient-elles pas encore plus hilarantes?

Beaucoup de rires, énormément même; c’est une réussite à ce niveau. Même si l’on regrette le format que le réalisateur David Kerr a choisi. C’est une succession de mini-sketchs. Rowan Atkinson n’a toutefois rien perdu de ses talents d’amuseur et rend le film meilleur. Il nous offre notamment deux scènes cultes. Oui! elles existent encore! La première est une danse imprévue et sans fin qui débouchera sur une avancée majeure dans l’enquête. En dévoiler plus serait un lèse-majesté – jamais si bien placé je crois. La seconde est une traversée inattendue et violemment comique de Londres avec des lunettes de réalité augmentée sur les yeux. Encore une fois, l’enquête avance.

Rien n’est nouveau dans Johnny English Contre-Attaque. On reprend les mêmes et on recommence. Ne reste au final que le constat que Rowan Atkinson n’a ni perdu de sa superbe ni de son talent comique. Il est brillant! Simplement. Tellement qu’il fait le film à lui tout seul. Nous aurions aimé le voir apparaître dans un autre registre par instants. C’est une réussite pour l’acteur mais c’est dommage pour le réalisateur. Pourquoi David Kerr n’a-t-il pas tenté de sortir plus d’émotions, de suspens ou quelque chose de neuf de la franchise?

Ecrire à l’auteur: alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo: © Universal Pictures

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