Oui à l’Union européenne, mais réformée

Le Regard Libre N° 43 – Diego Taboada

Les élections européennes de 2019 sont présentées dans la plupart des médias comme un référendum pour ou contre l’immigration. Pourquoi ne pas plutôt y voir une opportunité de repenser le système dans son ensemble et de proposer enfin des réformes pour sauver l’Union européenne?

Les critiques fusent de toutes parts. Les attaques contre l’intégration européenne datent des débuts de l’UE. Les mouvements anti-européens ont été plus ou moins forts dans l’histoire récente, du Traité de Maastricht au Brexit. Parmi les oppositions, on trouve bien sûr le refus de voir son pays dépossédé d’une part de sa souveraineté, qui plus est au profit d’une entité sous le joug politique et culturel des Etats-Unis. Depuis les années nonante, c’est l’adoption de la monnaie unique – qui serait économiquement néfaste, au service de la domination allemande – et la critique d’une immigration incontrôlée et imposée par Bruxelles qui fait rager, notamment dans les pays méditerranéens. L’immigration, justement, constitue le grand thème qui transcende et polarise les discussions sur les élections pour le parlement européen. En outre, ces reproches sont loin d’être minoritaires: dans la majorité des pays de l’Union européenne, des mouvements europhobes émergent plus ou moins intensément. Mais les résultats ont-ils été si mauvais? Parmi toutes ces critiques, que pouvons-nous retenir de positif?

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Si l’on remonte aux origines, il semble évident que la reconstruction post-guerre de l’Europe – matériellement et moralement – a été accélérée par la réconciliation franco-allemande et la coopération économique découlant du Traité de Rome. Certains objecteront qu’il ne s’agissait là que d’une manœuvre américaine pour faire face au bloc communiste, mais il est indéniable que le modèle européen a contribué à promouvoir la paix dans un continent qui n’avait jamais connu de période pacifique depuis fort longtemps. L’Union européenne a également incité à la démocratisation de pays comme le Portugal, l’Espagne ou encore la Grèce qui sortaient de dictatures, en proposant un projet crédible pour ces Etats. A la chute de l’Union soviétique, c’est bien dans l’espoir d’intégrer l’UE que les pays d’Europe centrale se sont réformés si rapidement. 

Economiquement, les accords de libre-échange et de libre-circulation sont constamment remis en cause. Or, ceux-ci ont permis une baisse des prix pour les consommateurs, une augmentation de la compétitivité des entreprises au niveau international et une augmentation du niveau de vie global. Les subventions accordées aux agriculteurs – notamment français – ont largement contribué à la survie du secteur ainsi qu’au maintien des paysages ruraux. Aussi, l’introduction de la monnaie unique a protégé les citoyens européens de l’instabilité monétaire et de l’inflation tout en permettant une moindre dépendance au dollar – ce qui pose de nombreux problèmes aujourd’hui à certains pays émergents comme l’Argentine ou la Turquie.

Une Union qui ne plaît pas

Toutefois, les succès de l’Union européenne dans certains domaines n’ont pas fait l’unanimité. Aujourd’hui, l’UE semble à bout de souffle et affaiblie. Le Brexit a été unanimement perçu comme l’expression de l’europhobie et du nationalisme xénophobe, rejetant la coopération, le libre-échange et le système social européen. Néanmoins, le problème réel de l’Union européenne est interne et a peu à voir avec la défection britannique. Comment peut-on prétendre incarner des valeurs humanistes et démocratiques lorsque des pays-membres prennent un tournant autoritaire – la Hongrie, la Pologne et l’Italie en tête – et que dans quasiment chaque pays, des mouvements extrémistes et xénophobes occupent une place considérable dans l’espace public? Même en Allemagne, ultime bastion de la démocratie chrétienne européenne, la chancelière a été contrainte de fermer partiellement ses frontières, et des saluts nazis refont surface dans la rue. A ce rythme, le Royaume-Uni pourrait bien se convertir en dernier pilier de la démocratie libérale sur le continent.

Et la victoire de Macron alors? Considérée comme un espoir pour les européistes, on ne doit pas oublier que près de dix millions d’électeurs ont voté pour le Front national. Par ailleurs, les propositions de réformes du président français n’emballent pas. Il faut se rendre à l’évidence: le modèle européen techno-élitiste macronien ne convainc personne. Le «plus d’Europe» proposé comme solution pour régler les problèmes ne trouve aucun écho auprès d’une opinion publique considérant que la source de tous ses problèmes est justement l’Europe elle-même. Ce n’est pas cette Europe-là, bloquée institutionnellement ou par résignation bureaucratique, qui attirera les sceptiques. 

Les élections européennes, une opportunité 

Les élections européennes de 2019 sont-elles celles de la dernière chance? Pour les européistes, elles sont une opportunité. Il s’agit de profiter de la campagne pour lancer un mouvement transnational, profondément critique et réformiste. Aller à l’écoute et intégrer les voix discordantes, ce que la Bruxelles bureaucratique n’a jamais su faire: que la discussion soit de fond et dépasse la question de l’immigration. Puisse-t-il naître un mouvement pro-européen fort et sans tabou qui n’hésite pas à remettre en question les failles du modèle européen actuel.

Difficile pour les partis europhobes d’arriver à s’allier et à faire cause commune. En effet, les nationalismes xénophobes sont par essence refermés sur leur Etat-nation. Tant l’Italien Salvini que le Hongrois Orban sont un danger pour l’intégration européenne, mais leurs revendications sont contradictoires. Le premier souhaite une meilleure répartition du «fardeau» migratoire pour que celui-ci ne repose pas uniquement sur l’Italie, alors que le second refuse toute entrée en matière sur une répartition équitable, au nom de l’intérêt national hongrois. Il y a là un espace politique à combler.

Les européistes ont ainsi la chance d’ouvrir une nouvelle ère pour l’Union européenne. La réformer est la seule manière de la sauver et éviter un démantèlement graduel. Il serait judicieux de répondre aux inquiétudes liées au déficit démocratique. Cela est nécessaire pour réveiller l’intérêt et la foi des citoyens dans le projet européen.

Comme exemples de mesures, des modèles alternatifs de gouvernance, notamment intergouvernementale, pour les sujets moins consensuels comme l’immigration, et faire sauter définitivement le tabou de «l’Europe à deux vitesses» pour permettre plus de flexibilité aux pays qui souhaitent avancer. Mais attention, l’excès d’optimisme serait une erreur. L’idée d’une Europe fédérale peut être attractive pour quelques européistes convaincus mais reste une chimère dans le contexte actuel. Dans un système qui se compose de plus en plus de multi-pôles d’influence, les européens doivent agir ensemble pour pouvoir peser dans les affaires du monde.

Ecrire à l’auteur : diego.taboada@leregardlibre.com

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