«Millénium: ce qui ne me tue pas», déjà un classique

Les mercredis du cinéma – Virginia Eufemi

Millénium: ce qui ne me tue pas est un thriller-action-policier très réussi par le cinéaste uruguayen Fede Alvarez. Inspiré du roman Ce qui ne me tue pas de David Lagercrantz, qui a repris la trilogie Millénium de l’écrivain suédois Stieg Larsson, ce long-métrage est très riche et complexe, sans être compliqué.

Un éminent scientifique (Stephen Merchant), commandité par la CIA, réalise un programme qui permet de contrôler tous les missiles militaires du monde. Se rendant compte de la dangerosité de son œuvre, il appelle la hackeuse criminelle Lisbeth Salander (Claire Foy) pour voler le programme et le détruire. Mais ce n’est pas la seule à vouloir mettre les mains sur le «Firefall»; une redoutable organisation criminelle, les Spiders, compte bien s’emparer de ce pouvoir.

Souvent les intrigues des thrillers sont particulièrement difficiles à suivre, avec trop de personnages, des sauts temporels, des enjeux implicites. Le scénario de Millénium: ce qui ne me tue pas est clair et efficace. L’histoire étant facile à suivre, le spectateur peut apprécier les nombreuses autres qualités de ce film, sans être trop happé par la tentative d’éclairer le scénario. Au risque de fâcher les amateurs des romans éponymes suédois, nous analyserons cette production américano-suédoise du point de vue purement cinématographique, en tant qu’œuvre à part entière. Et de ce point de vue, c’est un sans-faute. A commencer par la performance de Claire Foy, très convaincante dans son rôle de femme dure au cœur tendre. A l’instar de Batman, cette héroïne ne tue pas, elle intimide, dissuade et avant tout, se dresse en justicière des femmes battues et violentées par les hommes. Le personnage de Lisbeth Sandler est attachant, car elle n’est pas indestructible; parfois elle échoue, mais sa force d’esprit et sa détermination la mènent à ses fins.

Ensuite, la musique revêt une place très importante dans un thriller car elle participe à la tension des scènes. Les musiques originales du compositeur espagnol Roque Baños contribuent grandement au suspens du récit et donnent une élégance à ce film, qui est très classique sous de nombreux aspects. Déjà les personnages: l’agent gentil, celui corrompu, l’organisation criminelle sans pitié et le héros solitaire épaulé par ses amis. Puis les courses-poursuites, les explosions, les combats, etc. Mais tous ces éléments sont très bien dosés et font de Millénium: ce qui ne me tue pas un classique du genre. Le récit est rythmé, sans temps morts ou lenteurs et l’image aux tons bleutés reproduit bien le froid glacial de la Suède. Les codes couleurs soutiennent les scènes, la brune vêtue de noir, la blonde dont les vêtements rouges ressortent de la blancheur de la neige.

Pour les amateurs de cinéma d’action ce film, d’une qualité intemporelle, est absolument à voir. Car il ne s’agit pas uniquement de tension vide et de courses-poursuites inutiles. L’enfance tragique de Lisbeth Salander, qui explique son engagement pour la protection des femmes, donne beaucoup de profondeur à ce personnage complexe et touchant, héroïne moderne dont le seul super-pouvoir est son amour pour la justice.

Ecrire à l’auteur: virginia.eufemi@leregardlibre.com

Crédit photo: © Sony Pictures Releasing Switzerland GmbH


Millénium: ce qui ne me tue pas
Etats-Unis, Suède, 2018
Réalisation: Fede Alvarez
Scénario: Steven Knight, Fede Álvarez et Jay Basu, d'après "Ce qui ne me tue pas" de David Lagercrantz et d'après les personnages créés par Stieg Larsson
Interprétation: Claire Foy, Sverrir Gudnason, Sylvia Hoeks, Lakeith Stanfield, Claes Bang, Stephen Merchant
Production: The Cantillon Company, Scott Rudin Productions, Sony Pictures Entertainment et Yellow Bird
Distribution: Sony Pictures Releasing Switzerland
Durée: 1h57
Sortie: 14 novembre 2018

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