«Une affaire de famille», un grand film malgré l’ennui

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Une affaire de famille, c’est une histoire de famille, une histoire de vols, une histoire de tendresse, une histoire de secrets. Osamu est à la tête d’une famille défavorisée de cinq personnes qui vit dans une pièce aux allures de trou à rat. En honnête homme, non seulement il travaille au quotidien à des cambriolages mesurés, mais il forme aussi son fils à cette activité. 

C’est d’ailleurs en revenant d’une petite rapine, qui leur a offert le plaisir de se payer quelques délicieuses croquettes, que père et fils trouvent une petite fille seule sur une terrasse. Attendrissante, la petite est embarquée par les deux. A la maison, elle devient la joie de tous et ne veut plus retourner chez ses parents qui la maltraitent; mais ce manège ne pourra pas durer éternellement. 

Le film a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes. Et c’est une belle palme, dit-on. Effectivement, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda n’a plus grand-chose à prouver au sein du septième art. Il est aimé parce que son cinéma rejoint les cœurs par le biais de l’intelligence et non exclusivement par celui des sentiments. Aussi, il charge sa plume de scénariste d’un sujet inépuisable et universel, à savoir la famille. 

Une affaire de famille compte en outre bien d’autres qualités que sa seule aura palmée. Le jeu des sons rythme l’enchaînement des actions sans leur donner plus de rapidité ou de lenteur, ni en imposant l’ambiance de la scène. Musique et sons servent simplement de supports à l’image qui, elle, est centrale. Elle l’est avant tout par ses lumières. Sublimes. Du soleil blanc à l’obscurité nocturne, en passant par la lumière humide et verdâtre d’un Japon sous la pluie, la photographie est un vrai régal. 

Du côté du sujet, point d’innovation, mais beaucoup de talent pour articuler la famille avec une joie débordante qui semble être part intégrante de son identité. La misère matérielle et morale enrobe pleinement la famille, et pourtant, que de rires, d’insouciance, de sourires et de paix. Malgré tout, le film a une seconde partie moins joviale qui, à mon sens, vire à l’échec cinématographique. Si Une affaire de famille reste le grand film d’un grand réalisateur, il n’en demeure pas moins que la dernière partie plonge le spectateur dans un ennui hors-norme. Dommage, mais gardez cette dernière remarque pour vous; c’est une affaire de famille.  

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo : © Cineworx

UNE AFFAIRE DE FAMILLE
Japon, 2018
Réalisation: Hirokazu Kore-eda
Scénario: Hirokazu Kore-eda
Interprétation: Lily Franky, Sakura Andô, Mayu Matsuoka, Kiki Kirin, Kairi Jyo, Miyu Sasaki
Production: Fuji Television Network, GAGA Communications, Ali Pro Inc
Distribution: Cineworx
Durée: 2h01
Sortie: 12 décembre 2018

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