Non, le football ne court pas à sa perte

Les lundis de l’actualité – Nicolas Jutzet

En cette période de fêtes, les amateurs de football se réjouissent de suivre le traditionnel Boxing Day. Car contrairement à la plupart des autres grands championnats, en Angleterre le sport roi ne s’arrête pas. Cette phase précède une autre période pour le moins importante pour les différents clubs, celle du mercato hivernal qui commence début janvier. Lors de ce dernier, les équipes peuvent combler un manque, se renforcer ou encore se débarrasser d’un joueur décevant durant la première moitié du championnat. Ces ajustements se font, pour les plus importants, à coup de millions. Dans la presse grand public une lame de fond s’est établie, le football fait face à une inflation des sommes dépensées et risque l’explosion, celle d’une bulle, qui emporterait tout sur son passage. La folie des grandeurs. Dans son dernier livre Bastien Drut, stratégiste chez CPR Asset Management, répond aux diverses inquiétudes liées à ces dépenses mirobolantes et autres affaires liées au football.

La bulle du football professionnel, vraiment?

Les sommes liées au monde du football, que ce soit le salaire de certaines stars ou simplement ce que dépensent les équipes pour attirer le champion de son voisin font planer une impression générale: l’argent coule à flots. Toujours plus. Gardons-nous de tirer des conclusions hâtives, analysons les chiffres. Selon les standards du milieu, pour les salaires, un ratio salaires sur recettes inférieur à 70% permet d’éviter les départs budgétaires et les déficits. Dans les cinq principaux championnats (Allemagne, Angleterre, Espagne, France et Italie), cette limite est respectée lors des dernières saisons. Impossible donc de prétendre que les joueurs gagnent trop. Mais peut-être que la bulle se concentre sur le prix des mutations entre clubs? Ici aussi, l’analyse démontre que la tendance à la hausse s’explique avant tout par une augmentation continue des recettes. Grâce à la prise au sérieux d’une alerte au début des années 2000, les fédérations ont adapté leur modèle en forçant les clubs à se responsabiliser, évitant ainsi une explosion du secteur. Aidées par l’UEFA et son fair-play financier, elles sont parvenues à imposer un contrôle des finances et donc des déficits durable.

«En clair, même si les montants ont beaucoup augmenté, les clubs engagent des dépenses en transfert raisonnables par rapport à leurs recettes. Les clubs dépensent à peu près que ce qu’ils gagnent, un éventuel effondrement du football européen ne pourrait donc provenir que d’un effondrement des recettes des clubs.» Bastien Drut (Mercato: L’économie du football au XXIesiècle)

Quid des recettes?

Ces dernières années deux sources expliquent principalement l’explosion des recettes. L’augmentation continue des droits TV et l’internationalisation. Passant d’un marché local à mondial, le football a vu de nombreuses portes s’ouvrir à lui. Accompagnée d’une révolution de la consommation, que ce soit par l’avancée dans le secteur des télécommunications ou encore de l’arrivée de smartphones et autres tablettes, cette réalité explique la recrudescence des entrées.

L’internationalisation permet aux grands clubs de toucher un public mondial, notamment via les réseaux sociaux, qui se transforment de plus en plus en véritable terrain de chasse et d’attention. Un joueur, en plus de sa valeur sportive, apporte une communauté avec lui. Le nombre de followers fait désormais partie intégrante d’une stratégie d’achat.

Avec l’arrivée imminente des GAFA dans le marché de la diffusion et la continuelle ouverture du monde, il est relativement clair que la bulle des recettes n’est pas prête d’exploser. D’autant plus que ces recettes attirent désormais de gros investisseurs, qui souhaitent s’impliquer dans ce marché détonnant, qui mêle émotion pure et reconnaissance sociale avancée. En résumé, la bulle du football n’en est pas une. Attendez-vous à une progression des transferts pour une somme qui dépasse les 100 millions, des salaires à 7 chiffres et autres extravagances finalement si rationnelles.

Bastien Drut
Mercato : L’économie du football au XXIe siècle
Editions Bréal
2018
200 pages

Ecrire à l’auteur: nicolas.jutzet@leregardlibre.com

Crédit photo: © Pixabay


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