Bienvenue dans l’histoire vraie de Mark Hogancamp, «Bienvenue à Marwen»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«A la vie, à l’amour, à Marwen!»

Mark Hogancamp mène a priori une vie normale. Il passe cependant beaucoup plus de temps dans son monde imaginaire que dans la vraie vie. Car dans la vraie vie, Mark est terriblement timide, faible et paranoïaque. Mark est malade. Cela est dû au choc qu’il a vécu quelque temps auparavant. Tabassé à la sortie d’un bar quasiment jusqu’à la mort par cinq types, il est resté psychologiquement très fragile, renfermé sur lui-même et amnésique. Mais dans le monde qu’il a imaginé, le capitaine Hogie, son alter ego, est vaillant, beau, musclé, courageux et entouré de femmes qui le protègent et qui l’aiment. 

En fait, ce monde n’est pas si imaginaire que cela dans la mesure où ce qui s’y passe n’est pas que purement mental. Mark a agencé tout un petit village, Marwen, qu’il a situé dans la Belgique de la Seconde Guerre mondiale. Les personnages qui l’habitent, tous tirés de la vie réelle, sont des poupées que le protagoniste photographie en reconstituant des scènes d’historiettes qu’il invente, ou plutôt, qui s’imposent à lui. Ce petit quotidien de malaises dus au traumatisme n’empêche pas à l’existence de Mark de suivre son cours plus ou moins sereinement. Néanmoins, tout devient plus difficile lorsque la victime doit se rendre au procès des brutes qui l’ont massacré et qui ont bouleversé sa vie à jamais. 

Une métaphore trop présente

Bienvenue à Marwen est un beau film, réalisé de manière originale, et profondément émouvant. Si les qualités de la réalisation signée Robert Zemeckis sont nombreuses, elles sont toutefois légèrement nuancées d’une lourdeur qui, loin de gâcher le long-métrage, laisse une flaque d’ombre sous le soleil de Marwen. On comprend assez vite que chacune des poupées porte en elle une symbolique précise. La métaphore est très présente; la métaphore est trop présente. 

L’impression d’être tenu par la main pour qu’on nous montre et remontre les hantises de Mark est un peu pénible. Oui, merci, on a compris que la poupée magicienne traque l’esprit de Mark, et que, bizarrement, sa chevelure turquoise est de la même couleur que les pilules qu’il prend, et qui ne lui font peut-être pas que du bien. Comme on a compris aussi que les nazis qu’affronte le capitaine Hogie représentent en fait les agresseurs de Mark. 

Outre la lassitude qu’engendrent ces redondances un peu trop insistantes, Bienvenue à Marwen demeure un film qui marque les esprits. Premièrement, parce que la figure du faible qu’incarne le personnage principal est vraiment touchante. Il a été tabassé parce qu’il est différent. Et cet état de fait ne peut qu’appeler à la tolérance. Mais pas une tolérance qui rime avec indifférence et qui se déguste à la sauce de l’individualisme; une tolérance réelle, qui accepte autrui avec ses tics, ses tocs, ses passions, ses obsessions et ses talents. 

Le film est marquant aussi parce qu’il est directement inspiré d’une histoire vraie. Le message qui en découle est celui de l’espérance, celle qui ne manque pas de lucidité et qui a l’audace de dire que blessé, on l’est à vie, que la solitude ne se guérit pas, mais que cela n’empêche pourtant pas d’être heureux. 

La réalité d’un blessé de la vie

Bienvenue à Marwen est encore un film réussi pour sa délicatesse dans des images peuplées de poupées qui ne cherchent pas à paraître plus vraies que ce qu’elles sont. Les cheveux du capitaine Hogie sont en bon plastique, bien collé et immobile sur le crâne. Les chevilles, elles aussi, portent le signe distinctif du pli montrant bien que le pied est assemblé à la jambe par une vis. Plan d’une grande beauté: celui des doigts abimés de Mark arrangeant la position de ses poupées. Tout cela est original et plaisant à voir. 

La bande-son est un succès: elle accompagne bien les images. La musique envoie les sanglots longs des violons qui ne tirent toutefois pas la larme artificielle. Le bruitage est agressif, puissant, dominant, et rend adéquatement le décalage entre la réalité telle qu’elle est et telle qu’elle est perçue par ce blessé de la vie qu’est Mark. Pas de décalage en revanche dans la réalité de Bienvenue à Marwen qui souhaite la bienvenue à chaque spectateur pour une aventure de tendresse, de courage et d’amitié. 

«J’ai mes amis, ma ville, mes photos. Et ça va aller.»

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Universal Pictures

BIENVENUE A MARWEN
Etats-Unis, 2018
Réalisation: Robert Zemeckis
Scénario: Caroline Thompson et Robert Zemeckis
Interprétation: Steve Carell, Merritt Wever, Leslie Mann, Gwendoline Christie, Eliza Gonzalez
Production: Universal Pictures, Imagemovers, DreamWorks Pictures
Distribution: Universal Pictures
Durée: 1h56
Sortie: 2 janvier 2019
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