«Glass»: un drôle de cocktail

Les mercredis du cinéma – Thierry Fivaz

C’est un exercice surprenant auquel s’est prêté le réalisateur M. Night Shyamalan: offrir en un seul long-métrage la suite de deux films, Incassable (2000) et Split (2017). Aucun mot supplémentaire n’est nécessaire pour que d’emblée, cette étrange genèse fasse de Glass un objet cinématographique particulier. Aussi rare qu’intrigant. Le cinéaste s’en expliquait dans les colonnes du journal Le Monde: Glass, «c’est la suite de deux films, tournés dans deux studios différents à presque vingt ans de distance, avec deux générations de personnages et d’acteurs». Si M. Night Shyamalan n’avait jamais caché son désir de donner une suite à Incassable, il dut attendre presque vingt années pour s’offrir cette suite tant rêvée.

Shyamalan Asylum

Héros d’Incassable, David Dunn (Bruce Willis), est un justicier qui sauve son monde en imperméable. Surnommé Le Superviseur par les internautes férus de ses apparitions, c’est avec l’aide de son fils Joseph (Spencer Treat Clark) que David se met en tête de retrouver cinq  jeunes filles portées disparues. Ces dernières ont été enlevées par Kevin Wendell Crumb (James McAvoy), l’homme aux vingt-quatre personnalités qui semait la terreur dans Split et qui, encore une fois, s’attaque «aux impurs». Mais c’est sans compter sur David, qui – évidemment – retrouve la cachette de Kevin, libère les otages et s’engage alors dans un combat épique contre «la bête» (ndlr: «la bête» est la vingt-quatrième personnalité de Kevin qui lui confère des forces apparemment surhumaines).

Mais ce combat testostéroné entre nos deux protagonistes tourne rapidement en eau de boudin. Les deux lascars se font soudainement attraper par la patrouille et, sans autre ménagement, se voient internés dans un hôpital psychiatrique où croupit depuis de nombreuses années déjà Elijah Price, alias «le Bonhomme qui casse» (Samuel L. Jackson), grand méchant d’Incassable. Le délire de notre trio: se prendre pour des super-héros! C’est en tout cas ce que tente de leur expliquer le Dr. Ellie Staple (Sarah Paulson) qui s’est donnée pour mission de leur faire recouvrer la raison.

Le bon, la brute et le truand

Et si c’était vrai? Et si ce rabat-joie de Dr. Staple avait raison? Si, après tout, elle n’était pas une briseuse de rêve, mais était tout simplement la personne qui nous ferait retrouver (à nous spectateur) la voie de la raison? On en vient à se demander si le réalisateur n’effectue pas un tour de force comme lui seul en a le secret, comme il l’avait notamment fait dans Le Village (2004) ou, sans crier gare, ce qu’on tenait jusqu’alors pour vrai s’envolait en un halo de fumée jaune.

Mais si l’arrivée du Dr. Staple interroge le spectateur sur les pactes fictionnels qu’il avait préalablement scellés avec M. Night Shyamalan et son univers de super-héros non marvelien, ce doute va jusqu’à perturber les protagonistes eux-mêmes. Dans une scène aussi amusante que déstabilisante, c’est installé dans une salle rose et assis à côté des autres que le Dr. Staple tente de démontrer à nos trois super-héros de nous autres qu’ils ne sont en réalité rien d’autre que des êtres perturbés. L’opération porte ses fruits. Interpellé, David commence à douter. Et si ce qu’il croyait comme étant le cas ne l’était pas, s’il n’était pas ce qu’il pensait être, alors qui est-il? Un problème identitaire allant jusqu’à fragiliser les croyances de son propre fils.

Réalité ou fiction?

Il n’en est cependant rien pour Elijah Price, alias «le Bonhomme qui casse». Imperturbable, l’homme de verre ne doute de rien et souhaite montrer au monde entier qu’il n’est pas fou. Dans un final détonnant, M. Night Shyamalan nous offre en fin un véritable coup de théâtre. Débordant de références US, Comics, de réflexions sur l’identité et le pardon, Glass apparaît comme une construction ambitieuse, courageuse, mais au scénario quelque peu alambiqué. Peut-être ne voyons-nous que le verre à moitié plein?

Ecrire à l’auteur: thierry.fivaz@leregardlibre.com

Crédit photo: © Walt Disney Switzerland

The Wife
Etats-Unis, Royaume-Uni, Suède, 2017
Réalisation: Björn Runge
Scénario: Jane Anderson (adaptation du roman "The Wife" de Meg Wolitzer)
Interprétation: Glenn Close, Jonathan Pryce, Christian Slater, Annie Starke, Harry Lloyd, Elizabeth McGovern
Production: Silver Reel, Meta Film London/Anonymous Content, Tempo Productions, Spark Film & TV, Film Väst, et Chimney. 
Distribution: Impuls Pictures AG
Durée: 1h40
Sortie: 20 février 2019
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