«A bright light», lumières d’une voix sombre

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

La musique peut être spirituelle. C’est le cas des compositions de Karen Dalton. Sans liturgies ni textes sacrés, mais avec une énergie qui aimante l’auditeur et le plonge dans une dimension parallèle. Celle qui fait trembler tout le corps. Celle qui heurte parfois le cœur. Celle qui réveille les ancêtres. La musicienne d’origine amérindienne a collecté des chants traditionnels et a composé ses propres chansons avec l’âme comme matière première. Son travail n’a été reconnu qu’après sa mort prématurée en 1993.

Une compositrice d’exception

Il suffit d’écouter How did the feeling feel for you et ses oscillations vocales pour supposer que des esprits traversent la voix de l’auteur-compositeur américaine. Ils viennent de loin pour irradier des chansons folks qui n’ont l’air de rien à la première écoute et qui se révèlent tendrement puissantes à la seconde. Pensons encore à Bob Dylan qui, dans ses mémoires Chronicles: Volume One, la compare à Billie Holiday et la désigne comme sa chanteuse préférée.

Le documentaire A Bright Light – Karen and the Process d’Emmanuelle Antille pourrait vous convaincre. La cinéaste suisse s’intéresse au processus créatif de Karen Dalton et tente la plongée visuelle et éclairante dans un mystère musical longtemps resté dans l’ombre. Elle livre un film très subjectif dans lequel elle sillonne l’Amérique pour rassembler le peu d’informations encore disponibles de la chanteuse folk.

Un narcissisme mal placé?

Sa reprise de When a man loves a woman démontre encore une fois qu’il vaut la peine de découvrir sa musique, comme le suppose le documentaire. Ce dernier souffre toutefois de la volonté un peu narcissique de la documentariste de se mettre en scène plutôt que de laisser s’exprimer plus longuement les intervenants et les documents qu’elle a récupérés durant les cinq ans de conception. Même s’il faut dire qu’il n’y en a pas beaucoup à disposition de celui qui s’intéresserait à la carrière de Karen Dalton. C’est une partie inhérente du mystère.

Cependant, Emmanuelle Antille parvient très bien à saisir visuellement l’univers musical de Karen Dalton. Ce quelque chose qui est resté inachevé dans sa carrière. Cette énergie qui semble inaccessible même après sa mort. Cette magie qui enrobe toutes les compositions de l’Américaine. C’est la grande qualité du documentaire. Nous l’avons constaté au cinéma Apollo de Neuchâtel lors de la troisième date d’une tournée de présentation-concert en présence de la réalisatrice et des musiciennes Melissa Kassab, Laure Betris et Dayla Mischler, qui ont repris avec talent quelques titres de Karen Dalton à la fin de la projection.

Vous trouverez d’autres informations au sujet du documentaire et des dates de la tournée, qui se prolonge jusqu’au 27 février 2019, sur le site officiel du projet: www.abrightlight.ch

Ecrire à l’auteur: alexandre.waelti@leregardlibre.com

Crédit photo: © Sister Distribution

A BRIGHT LIGHT – KAREN AND THE PROCES
SUISSE, 2018
Réalisation: Emmanuelle Antille
Scénario: Emmanuelle Antille
Image: Carmen Jaquier
Production: Rubis Films et Intermezzo Films
Distribution: Sister Distribution
Durée: 1h34
Sortie: 14 février 2019


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