«Les Estivants» du cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Les Estivants, avec Pierre Arditi, est une comédie dramatique qui n’a de français que son origine. Les éléments pour faire de ce film une référence sont absents, même si le spectateur pourra tout de même passer un bon moment. Verdict.

L’introduction du film le dit d’emblée: «Le divorce est la pire blessure que la vie peut nous infliger.» La tragédie du divorce est un thème clef dans ce drame français dont le caractère alléchant de l’affiche est assuré par la participation de Pierre Arditi. L’histoire se déroule sur la Côte d’Azur, où Anna et sa fille rejoignent leur grande famille pour des vacances. Sauf que le mari d’Anna, lui, ne vient pas. Il la quitte, sans le lui dire vraiment encore. Il doit réfléchir. Anna, déjà fragile, se retrouve folle au milieux d’autres fous, avec des secrets de famille qui resurgissent. D’une façon quelque peu originale.

Des défauts impardonnables…

Les voix de ces fous, elles agacent. Ce ne sont même pas les personnages qui nous énervent, après tout ils en auraient le droit: la faute revient aux acteurs et surtout à la réalisation. Hormis Pierre Arditi, que l’on devine s’ennuyer sur le plateau de tournage, ses collègues ont tous une voix qui grince et qui donne l’impression d’un jeu hautement théâtral et peu réaliste. De plus, les événements s’enchaînent sans grande logique et dans un capharnaüm total.

Mais peut-être était-ce une condition de ce genre de cinéma. Nous avons affaire à une réalisatrice, Valeria Bruni Tedeschi, qui assure également le rôle d’Anna et qui semble avoir fait un film sur elle, pour en plus montrer qu’elle fait un film sur elle. Les mises en abîme proposées au fil de ce long-métrage à rallonge sont peu fines et, avant tout, on se demande à quoi elles servent. Avec son parfum morne de Nouvelle Vague creuse, Les Estivants peine à captiver, malgré les thématiques importantes de l’amour, du viol, de la construction de soi, qui sont en filigrane.

… mais des éléments agréables

Cependant, on peut se réjouir du malaise du spectateur. En un sens, c’est ce résultat qui est voulu. L’une des protagonistes, une amie écrivain qui rejoint la famille dans leur grande propriété, semble représenter le spectateur quand elle dit, apeurée: «Je ne suis pas à l’aise ici. Je m’en vais.» Ce coup de maître de poser des mots sur notre envie de sortir de la salle est réussi. Et ce n’est pas ironique. Le jeu avec le public témoigne d’une auto-dérision de la cinéaste, et cette forme d’humour sur soi est toujours bienvenue.

Il faut également mentionner une musique instrumentale très intéressante, qui apporte de l’humanité au film, puisque les personnages n’en ont pas, tous aussi méchants ou stupides les uns que les autres. Aussi, quelques scènes font rire, comme lorsque Anna demande à son futur ex-mari comment s’appelle la nouvelle femme qu’il a rencontrée: «Elle ne s’appelle pas.» Enfin, on peut comprendre cette longue fable en trois actes comme une invitation à l’éphémère, dans une brume légèrement épicurienne: «Vous êtes là, à boire, comme tous les soirs. Et vous avez raison.» Santé.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Agora Films

LES ESTIVANTS
FRANCE, 2019
Réalisation: Valeria Bruni Tedeschi
Scénario: Valeria Bruni Tedeschi, Agnès De Sacy, Noémie Lvovsky, Caroline Deruas
Interprétation: Valeria Bruni Tedeschi, Pierre Arditi, Valeria Golino, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, Laurent Stocker, Riccardo Scamarcio, Bruno Raffaelli
Production: Ad Vitam, Ex Nihilo, France 3 Cinéma, Bi.Bi Film, NJJ Entertainement, Rai Cinema
Distribution: Agora Films
Durée: 2h08
Sortie: 30 janvier 2019
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