L’Europe naïve quant à la concurrence chinoise?

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

Ces derniers mois, l’entreprise chinoise de télécommunication Huawei est au cœur des débats dans plusieurs pays à travers le monde. Après avoir prospéré sur le marché intérieur, Huawei s’est attaqué sans bruit aux marchés internationaux au point de devenir l’acteur majeur dans plusieurs secteurs des télécommunications. En particulier la future 5G, qui se trouve être source de la préoccupation de certains gouvernements, accusant l’opérateur de servir d’espion pour le régime communiste, sans réelles preuves pour l’instant.

Cependant, il est inutile de nier les liens qui existent entre les entreprises chinoise et Pékin. D’ailleurs, de nombreux patrons se trouvent dans les instances dirigeantes du parti comme celui d’Alibaba, géant du commerce en ligne. Ces liens étroits et le soutien que de nombreuses firmes reçoivent de l’Etat chinois pour s’étendre et devenir des entreprises dominantes sont de réels problèmes, car leurs concurrents étrangers ne jouent pas avec les mêmes règles.

C’est ce qui se trouve au centre de plusieurs controverses récentes comme la fusion avortée par la Commission européenne entre les deux entreprises Alstom et Siemens. Ces dernières souhaitaient fusionner pour faire face à leur concurrent chinois CRRC. On retrouve le même problème dans les négociations entre la Chine et les Etats-Unis dans leurs différends commerciaux. Washington reproche à Pékin ses pratiques déloyales comme le transfert forcé de technologies, le non-respect de la propriété intellectuelle et les très probables subventions massives accordées à des entreprises comme CRRC ou Huawei.

La détermination que met l’administration américaine pour faire cesser ces pratiques était attendue depuis longtemps. Les négociations sont en cours et si elles n’aboutissent pas, le président Trump promet un relèvement des droits de douanes de 10 à 25% sur les exportations chinoises, de quoi faire réfléchir le président Xi. C’est une remise à niveau nécessaire mais pas forcément suffisante des relations commerciales mondiales, car toutes les entreprises ne jouent pas selon les mêmes règles. Les chinoises peuvent recevoir des multiples subventions et soutiens, elles peuvent obtenir des technologies de leurs concurrents, etc.

 Dans ce cas, deux solutions: soit on parvient à faire appliquer aux Chinois les mêmes règles que le reste du monde, soit on adopte les mêmes pratiques en Europe, aux Etats-Unis et partout ailleurs dans le monde. Mais de fait, la solution sera un entre-deux. Tout d’abord parce que les Chinois ne peuvent se permettre de retirer leur soutien maintenant et parce qu’ils ont pour habitude de profiter des failles pour croître, souvent aux dépens des autres. De l’autre côté, les Européens doivent faire preuve de moins de naïveté. La gestion de la concurrence est une compétence européenne en main de la Commission et dans le cas de la fusion Siemens-Alstom elle a simplement suivi les règles.

Pourtant, le refus de la fusion a été une erreur politique et économique car on refuse aux entreprises de pouvoir faire face à une concurrence qui ne respecte pas les règles. Les pays qui commercent avec la Chine doivent être conscients de ce qui les attend; peut-être que les entreprises seront gagnantes dans un premier temps, mais la situation risque bien de se détériorer alors que ses concurrents chinois progresseront et les dépasseront. Et c’est déjà le cas dans certains secteurs. C’est une autre attitude à adopter pour les Européens: ils ne doivent plus avoir peur d’adopter une politique de puissance qui ne soit pas naïve.

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

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