«After», un avant et un après la passion

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Toi et moi on pourra jamais être juste des amis.»

Tessa est mignonne et gentille. Elle a toujours écouté sa maman et son petit copain Noah. Parce que lui aussi il est tout mignon et tout gentil. En plus, il lui donne plein de bons conseils; il ne veut que son bien. Et des conseils, elle en a besoin pour son nouveau départ. Tessa quitte sa petite ville pour aller à la fac’, à Atlanta. Or le changement n’est pas que géographique, il est radical. Nouvelle école, nouvelle vie. Et nouvelles rencontres. Dont celle de Hardin; un bad boy tout de noir vêtu qui, après résistance, va lui faire tourner la tête, lui faire perdre son sang-froid. Son manège à elle c’est lui! Mais tout n’est pas si simple: la passion a ses raisons que la raison ignore.

Cucul la praline

Beau tableau de romance cucul la praline, n’est-ce pas? Eh oui! Pas de quoi s’agacer toutefois. Il y a plutôt matière à rire. After réussit en effet à rassembler en son sein toutes – ou presque – les caricatures du film d’amour pour adolescents. Au moins, on sait vers quoi on s’avance. Pas de mensonges. Pas de subversions faussement vendues. Le public est averti. Il voit venir que la jeune gentille fillette à sa maman va tout quitter par amour. Sa mère aura beau lui dire d’un ton dépité: «ce garçon va te briser le cœur», mais elle fonce droit devant.

Bien sûr, il y aura dispute. Bien sûr il y aura rupture. Et tenez-vous bien: pas n’importe quelle rupture, mais une rupture de romance AOC! C’est le soir; il pleut. Après un mot de travers, elle quitte les lieux. Mais pas comme n’importe qui, qui part, en voiture ou en transport public, le visage sombre investi d’une claire amertume. Non, elle court en petit pull à l’extérieur du pub, arrosée par les gouttes violentes d’un ciel dont la tristesse se déchaîne. Que d’émotions! Surtout que Hardin lui court après, seulement quelques mètres, jusqu’à ce qu’il s’arrête, regardant sa belle s’éloigner. Ses larmes se confondent avec la pluie, et il met les mains aux cheveux. Dommage qu’il ne soit pas en plus tombé à genoux. C’eût été la totale de chez totale. 

Bien sûr, si les deux ont été attirés comme des aimants, c’est parce que les deux ont connu un dur parcours. Alors chacun y va de son histoire en commençant, des trémolos dans la voix: «Mon père est parti quand j’avais dix ans…» Honnêtement, ça me fait mal au cœur pour elle, mais je ne peux pas m’empêcher de rire dans la salle. Malaise. Enfin, passons. Et bien sûr, ils ont un petit coin secret qu’a déniché Hardin. Et ce n’est pas un joli banc tranquille pour se rouler des pelles à tout-va. Non, c’est carrément un petit lac avec un charmant ponton de bois pour plonger, s’il vous plaît.


Sa passion

Voilà la sélection de quelques caricatures du film parmi tant d’autres. Et pourtant, il n’y a pas que du mauvais. Certains plans offrent une vue élégante sur l’amour. Les scènes de sexe, bien que répétitives, ont le mérite de jouer la suggestion par des plans rapprochés sur la main de Hardin glissant le longs du corps de Tessa. Elle découvre l’amour. Sa peau tremble et se tend d’excitation. Ou encore le plan qui voit les deux visages se rapprocher, clôt par le cadre, avec un espace lumineux entre leurs fronts. Espace de liberté s’ouvrant vers le ciel? Peut-être. En tout cas le plan en question mène justement à réfléchir sur la place de la liberté dans cette passion amoureuse. 

«– J’y crois toujours pas.

– A quoi tu crois pas?

–Que t’es à moi.»

Elle devient sa possession. Il devient sa passion. Tessa et Hardin s’attrapent et se lient. Ils s’enchaînent. Fort à parier que ce genre de relation ne peut pas durer. Quelle base soutient-elle l’amour, si ce n’est la fulgurance d’une rencontre qui vire à l’union? En matière de pédagogie, il n’y a rien de pire à proposer aux jeunes et aux moins jeunes. Il n’y a entre les deux qu’attirance subie; aucun choix n’est posé. Du sentiment à l’état pur, sans la raison. 

Et toute la faille de ma critique repose en cet élément précis. Comment critiquer le manque de raison pour un film qui raconte le changement de deux vies après la passion? En fait, tout discours raisonnable que je peux tenir demeure quasiment vain. Parce qu’After, aussi stupide soit-il, vend à proprement parler du rêve. Pour les ados, et pour moi aussi un peu. D’accord, toutes les filles ne rêvent pas d’un bad boy. D’accord, tous les garçons ne rêvent pas d’une intello sexy et qui résiste et s’oppose. Mais quand même! Tessa est à croquer. 

Cela peut paraître bête et pitoyable, je sais, mais au fond de moi, j’aimerais bien être parfois un Hardin. Tant d’autres aussi, même s’ils ne l’admettent pas. Les filles, lorsqu’elles jouent les princesses inaccessibles, voudraient bien ressembler un peu à une Tessa. Tout simplement parce que la passion proposée dans le film est un retour à la jeunesse des jeunesses, avec son caractère tellement instinctif et insouciant. 

Ridicule, bébête, pas très fute-fute et caricatural au possible: c’est totalement After. Mais voilà, le film, comme dit, vend du rêve. Celui d’une passion qui voit le regard d’une jeune fille plonger dans le vôtre. Celui d’une passion qui voit le T-shirt d’un homme ondulé par la poitrine fraîche et nouvelle d’une femme. Cette passion qui rend malheureux. Cette passion qui est promise à l’échec. Cette passion qui fait que, dans la vie, il y a un avant et un After.

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Praesens-Film

AFTER – CHAPITRE 1
ETATS-UNIS, 2019
Réalisation: Jenny Gage
Scénario: Susan McMartin, Tamara Chestna, Jenny Gage
Interprétation: Josephine Langford, Hero Fiennes-Tiffin, Dylan Arnold, Shane Paul McGhie
Production: Cinelou Films, Offspring Entertainment, Voltage Pictures, Wattpad, Diamond Films Pictures
Distribution: Praesens-Film
Durée: 1h46
Sortie: 17 avril 2019


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