L’art de la négociation: Trump, la Corée et Israël

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

La manière pour Trump de négocier avec des pays comme la Corée du Nord ou l’Etat d’Israël semble symptomatique d’une décadence de la diplomatie. Pire, le président américain semble être sûr de lui et considérer les autres comme des nuls.

Dès le début de son mandat, Donald Trump a donné la responsabilité à son gendre Jared Kushner de proposer un plan de paix entre Israéliens et Palestiniens. Depuis quelques jours, les premiers éléments fuitent. Pour résumer, il n’est pas question de revenir sur les cadeaux faits au gouvernement israélien – comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale ou la souveraineté du plateau du Golan. De plus, la solution dite à deux Etats (l’un pour les Palestiniens et l’autre pour les Israéliens) ne va certainement pas être retenue, contrairement à ce que pense la majorité de la communauté internationale depuis des décennies.

Le rapport a été rédigé par un groupe restreint de personnalités connues pour être des soutiens à la politique israélienne. Dès lors, comment imaginer que ce plan de paix ne devienne une farce si une bonne partie des points-clés sont définitivement tranchés en défaveur d’une partie?

Pendant ce temps, bien loin de la Palestine, le président Trump a voulu s’attaquer au second casse-tête de la politique étrangère américaine: la Corée du Nord. Epine dans le pied de tous les présidents américains depuis les années cinquante, Donald Trump avait déclaré avec toute sa retenue qu’il allait obtenir un accord de paix et une dénucléarisation de la péninsule. Et comment, je vous prie? Une bonne grosse poignée de main, une discussion franche entre mecs, et puis c’est tout. Depuis, les déconvenues semblent s’accumuler: tirs de missiles et mésentente sur le fond de ce que veut dire dénucléarisation.

Règne de la confiance en soi

Ces deux exemples représentent le règne de la confiance en soi, aveugle et absolue, en son charisme et en son intelligence. M. Trump croit en lui et en sa capacité à tout accomplir, car il est devenu président des Etats-Unis alors qu’il n’avait aucune expérience politique. Difficile de le contredire… Là où son discours – et celui de son administration – sonne faux, c’est lorsqu’il dit que tous les individus qui ont essayé de résoudre ce type de problèmes avant lui sont des incapables. Lui, au contraire, il sait. Il sait comment fonctionne l’économie et les relations interpersonnelles dans les affaires.

D’ailleurs, ce monde des affaires ne semble pas très loin dans son esprit lorsqu’il évoque les dossiers israélien et nord-coréen. Jared Kushner a expliqué récemment que le problème devait être résolu avant tout par le développement économique des territoires palestiniens. De l’autre côté, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo ne cesse de s’adresser aux Nord-Coréens en leur promettant la richesse d’un développement économique rapide et en assurant du potentiel économique de leur pays. L’unique approche économique comme la base de tout.

Depuis le début de son mandat, Donald Trump répète qu’il va trouver une solution à ces deux dossiers et réussir là où les autres ont échoué. Il négocie en imposant les conditions et en abordant les sujets qui font mal pour que l’adversaire plie sur le reste. Mais les enjeux politiques sont d’un tel niveau de complexité… Le plus dur pour lui devrait être de revenir devant ses électeurs une fois la négociation échouée pour expliquer ses erreurs. Mais ce n’est pas ce qui se passe avec lui: il retourne la situation en une victoire à l’aide de sa mauvaise foi, ou de sa bêtise la plus folle. Le positif avant tout; garder la tête haute, peu importe le prix.

L’administration Trump veut-elle réellement un accord de paix, ou est-ce un moyen de gagner du temps pour que le gouvernement israélien puisse continuer de coloniser? L’ironie est là: la Corée du Nord le fait elle-même depuis longtemps. Soit le résultat des négociations lui est favorable, soit elle peut gagner du temps pour développer son arsenal nucléaire – le tout caché derrière les rencontres Trump-Kim. La négociation et la diplomatie ont bien perdu de leur sens.

Crédits photo: Wikimédia

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

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