«Avengers: Endgame» met la charrue avant les bœufs

Les mercredis du cinéma – Melisa Oriol

Avengers: Endgame clôt l’aventure des Avengers face au redoutable Thanos. Dans le film, on retrouve cette recette qui fait la réputation de Marvel: une grande cuillère d’action, une pointe d’humour, quelques figures célèbres (un peu trop), puis mélangez le tout avec des musiques plus épiques les unes que les autres et surtout ne pas oublier les super-héros! Mais à parfois vouloir aller trop vite et en faire trop, le soufflé finit par retomber.

Des débuts prometteurs

La moitié du monde a disparu du jour au lendemain. Des proches, des amis, des enfants. C’est bien la douleur et la tristesse qui entourent le début du film d’une enveloppe froide et d’une réelle noirceur. Les Avengers ont été vaincus par Thanos et n’arrivent pas tous à accepter leur défaite.

«Everybody learns differently and everybody gets to a certain point from a different direction.» Stan Lee

On voit tour à tour comment chacun a perdu espoir, s’est résigné ou encore a versé du côté de la violence. Les personnages, tout comme nous, spectateurs, faisons le deuil de la fin d’Avengers : Infinity War. Cette ambiance suffocante nous révèle enfin l’humanité des super-héros et non leur beauté, leur force ou leur courage. Et ça, c’est vraiment appréciable! En fin de compte, c’est bien parce qu’ils sont humains (ou presque) qu’on les aime. Tout le début du film prend donc judicieusement le temps de poser le décor; un décor sombre et rempli d’amertume. Mes espoirs étaient grands en voyant à quel point le deuil sied si bien à Marvel… mais chassez le naturel et il revient au galop !

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C’était trop beau pour être vrai. Après une sublime entrée en matière… paf! C’est une cascade d’action, d’humour, de références inutiles, de clichés, de personnages, de lieux et de quotas qui se déverse de tout côtés.  Trop, trop, trop: il y en a trop! Le temps pris au début s’accélère soudain et le scénario ne suit pas. Il devient trop complexe, les histoires s’entremêlent, les événements s’enchaînent beaucoup trop rapidement et les multiples voyages dans le temps n’arrangent pas la chose. Le film perd en qualité et c’est vraiment dommage.

Cinq ans se sont écoulés depuis la défaite des Avengers. Soudain, tels des deus ex-machinas, Captain Marvel puis Ant-man apparaissent, apportant des solutions et résolvant des problèmes irrésolus depuis cinq longues années en un claquement de doigts. On cherche tout d’abord à trouver où se cache Thanos, puis on essaie de créer une machine à remonter le temps afin d’empêcher ce dernier de dissiper la moitié de la population terrestre, ensuite il faut aller chercher les pierres d’infinité dans des époques différentes, etc., etc. Les intrigues sont telles qu’il n’est pas surprenant que le film dure trois heures. Et pourtant il semble que ce ne soit pas assez…

Une sincérité étouffée

Les rares moments de réelle sincérité sont noyés dans le flux excessif du scénario. Car oui, certaines séquences sont pures est dénuées de toute superficialité. L’absence de musique permet d’ailleurs à l’émotion de s’exprimer pleinement, venant même nous arracher une petite larme au passage. Ces moments sont malheureusement vite balayés au profit de blagues et d’humour un peu forcés, ce qui est regrettable.

C’est aussi bien de traiter des problématiques sociales actuelles. Qu’il s’agisse des différences ethniques, des préférences sexuelles ou encore du féminisme, la société offre matière à représentation. Mais lorsqu’on le fait, autant le faire avec finesse, sinon on tombe dans le ridicule. On pourrait aisément pointer du doigt, dans le film, les séquences dédiées aux thématiques sociétales. Elles sont faites avec une telle grossièreté qu’on tombe, à chaque fois, dans l’absurdité.

Par exemple, parlons féminisme. Au lieu de montrer les femmes se battant aux côtés des hommes à forces égales, le film prend quelques minutes pour nous montrer comment les femmes arrivent aussi à combattre sans l’aide des hommes. Le tout à l’aide de punchlines débilissimes que je n’ai même pas pris le temps de noter. Comme si le spectateur était trop bête pour le comprendre, il a fallu que le film mette en évidence la force des femmes avec des mots et une séquence, à mon avis, tout à fait inutile et surjouée.

A se thordre de rire

J’ai déjà parlé plus haut des gags un peu forcés du film. Cependant, j’aimeraistout de même revenir sur un personnage qui selon moi porte l’aspect humoristique du film à lui tout seul: Thor. On le connaît, il est beau, il est fort, parfois un peu stupide mais surtout hyper confiant. Et bien toutes ces certitudes que l’on avait sur le fils d’Odin vont s’effondrer dans Avengers Endgame.

Thor est méconnaissable. Son apparence est tellement à l’opposé de l’idée qu’on se fait d’une divinité que même lors de séquences tristes dans lesquels le gag n’est pas recherché, il nous fait rire. Sa simple présence est comique. Pour une fois on a un personnage qui n’est pas représenté en canon de beauté, dans des vêtements moulants, ajustés sur mesure, qui rendent compte des muscles protéinés saillants. Je salue l’acteur, Chris Hemsworth, pour sa performance et pour l’autodérision dont il fait preuve tout au long du film. Pour une fois,un acteur qui ne se prend pas le chou et qui ose se montrer moche, sale et surtout faible.

Ecrire à l’auteur: melisa-orl@hotmail.com

Crédit photo: © Marvel Studios

AVENGERS: ENDGAME
ETATS-UNIS, 2019
Réalisation: Joe Russo, Anthony Russo
Scénario: Christopher Markus, Stephen McFeely
Interprétation: Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Jeremy Renner, Brie Larson, Paul Rudd
Production: Marvel Studios
Distribution: Marvel Studios
Durée: 3h01
Sortie: 24 avril 2019
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