Dialogue avec Kenza Meyer, la benjamine des candidats du Frexit

Entretien inédit – Nicolas Locatelli

Le 26 mai 2019, les Français seront appelés aux urnes pour les élections européennes. L’Union Européenne, ou «L’Etat maastrichtien» comme l’appelle le philosophe Michel Onfray, s’est imposée comme une évidence, une entité supranationale qui semble aller de soi, une sorte d’horizon indépassable des événements pour les Européens. Pourtant, le colosse vacille sur son socle composé des peuples sur lequel il se tient.

L’UE fait toujours rêver, mais même ses partisans admettent que les promesses et espoirs européens des années nonante n’ont pas porté leurs fruits. Marginaux et considérés comme des réactionnaires acariâtres il y a encore peu, les partisans d’une Europe sans Union suscitent l’intérêt des 18-30 ans. Nous rencontrons une Française, Kenza Meyer, étudiante en médecine et majeure depuis peu, qui a rejoint l’Union Populaire Républicaine (UPR). Ce parti politique français fondé et présidé par François Asselineau, que Le Regard Libre a interrogé l’été passé, milite, entre autres mais surtout, pour la sortie de l’euro, de l’Union Européenne et de l’OTAN. Ce parti difficilement classable sur l’axe gauche-droite et qui a été classé dans «divers» par le Conseil Constitutionnel ne manque pas de susciter la controverse… mais surtout, depuis quelque temps, il attire des jeunes, chose rare en politique.

Nicolas Locatelli: Vous avez presque la vingtaine. C’est un âge auquel la plupart de nos contemporains passent leur temps libre sur Netflix, sur les jeux vidéo, ou à faire la fête et s’éclater… Mais pas vous. Vous préférez faire de la politique. Pourquoi? 

Kenza Meyer: J’ai commencé à m’intéresser à la politique à l’âge de quatorze ans lorsque j’ai découvert François Asselineau. J’ai connu l’UPR très tôt. Les analyses de M. Asselineau m’ont ouvert les yeux sur ce qui se passait. Depuis, je tente de mobiliser mon entourage, les jeunes de mon âge, de leur faire connaître l’UPR, ou en tout cas de les pousser à s’intéresser à la politique. Cependant, la tâche est compliquée. Les jeunes ont tendance à penser que la politique ne les concerne pas puisqu’il y a des adultes déjà en poste pour s’en occuper. De plus, l’UPR n’est pas un parti très médiatisé, ce qui complique davantage l’engouement que pourraient développer des jeunes déjà totalement dépolitisés. Les jeunes entendent toujours le même discours depuis qu’ils sont petits. Le discours de M. Asselineau est un discours qui pourrait les intéresser mais on ne leur donne pas assez l’occasion de l’entendre.

Vous parlez du discours véhiculé par la presse papier ou les chaînes de télévision publiques?

C’est cela.

Pourtant, on observe au contraire que les jeunes n’ont pas recours à la presse papier, ne la lisent pas et passent de moins en moins de temps devant la télévision qui distille ce discours dont vous parlez. D’ailleurs, on observe souvent que les jeunes ne s’informent pas du tout.

Il est vrai que lorsqu’un jeune allume la télévision, son but ne sera pas de regarder les chaînes d’info ou les débats politiques. Ils ne cherchent d’ailleurs pas à le faire et lorsqu’ils ont une opinion politique, elle provient généralement de leurs parents. La plupart d’entre eux ne prennent pas la politique très au sérieux.

Pensez-vous que les jeunes ne sont pas autonomes dans leur pensée politique?

En effet, je pense que les valeurs véhiculées par la société influencent énormément les moins de trente ans sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte, étant donné l’absence d’intérêt qu’ils portent à la chose publique. En outre, la répartition du temps de parole des candidats en période électorale est totalement inégalitaire, il y a une absence totale de démocratie. Aux cours de l’année, ce sont toujours des intervenants aux idées similaires qui sont invités. De manière générale, si les individus ne vont pas spontanément s’informer sur internet, ils ne peuvent pas développer leur pensée politique ni voir des analyses alternatives comme celles proposées par M. Asselineau notamment. Les opinions divergentes ne sont pas représentées.

Pourtant, les premiers paragraphes de la constitution de la France énoncent que la Ve République est une démocratie. Vous parlez d’absence de démocratie médiatique… Comment cela est-il possible en France?

La France est effectivement censée être une démocratie. Mais comme vous le savez, la France est sous la tutelle de l’UE et le droit européen prime sur les lois françaises. Dans la vie de tous les jours, on observe peu de pluralisme dans l’appareil médiatique. D’ailleurs, un débat des candidats aux européennes aura lieu sur BFM TV mais sans M. Asselineau. Il n’a tout simplement pas été invité.

Ce que vous interprétez comme une spoliation du temps de parole ne serait-il pas une erreur? M. Asselineau ne serait-il tout simplement pas lui-même responsable de son «infréquentabilité» médiatique?

Non, je pense simplement que le discours tenu par François Asselineau dérange la vision du monde et de la France véhiculée par les médias de masse. Et que ceux qui «tiennent la boutique» ne veulent pas l’entendre. M. Asselineau dénonce des choses dont on fait quotidiennement la propagande.

Vous dites qu’Asselineau fut une révélation pour vous. Vous ne vous intéressiez donc pas du tout à la chose publique auparavant?

Evidement non. Comme je vous l’avait dit, j’étais très jeune, je n’aurais pas vraiment pu me pencher sur ces sujets auparavant. Ce n’est pas dans une cour de collège que l’on parle de politique (rires).

J’imagine que vous êtes membre de l’UPR?

Oui, depuis 2016, et cette année je me présente sur la liste UPR aux européennes pour le Frexit.

Mais si vous voulez vraiment progresser en politique et faire aboutir une idée, pourquoi ne pas plutôt rejoindre un grand parti comme Les Républicains ou La République en Marche? Cela pourrait vous faire grimper les échelons plus vite et vous conduire à un poste élevé, depuis lequel vous pourriez plus facilement dénoncer les traités européens et les modifier. Pourquoi ne pas faire ça?

Cela reviendrait à mentir aux Français. Je veux que les Français sachent pour qui ils votent. Ce serait malhonnête de s’inscrire à LREM et, une fois arrivée au pouvoir, de dire: «Bon eh bien écoutez, je suis de LREM mais je vais sortir le pays de l’UE par l’article 50».

De fait, pour vous, les grands partis tirent-ils tous à la même corde?

Tout à fait, ils donnent l’illusion de l’alternance mais c’est la même politique qui est pratiquée élections après élections depuis presque vingt ans, cela doit cesser.

Mais si les gros partis vous semblent tous pourris, pourquoi l’UPR et pas un autre petit parti? Messieurs Jean Lassale et Nicolas Dupont-Aignan ne vous plaisent-ils pas?

J’ai connu l’UPR en premier. Mon père a connu l’UPR grâce à Internet et m’a fait découvrir les analyses de François Asselineau. Petit à petit, je m’y suis intéressée et, en grandissant, j’ai été capable de réfléchir par moi-même au sujet de la situation française et finalement à vouloir rejoindre ce parti. Une fois que l’on découvre l’UPR, on se rend compte de la vérité.

Vous venez de me dire que les jeunes recevaient leur éducation politique par le biais de leurs parents eux-mêmes influencés par la télévision et les partis. Mais vous aussi, vous avez été introduite en politique par un parent. N’êtes-vous pas sous influence vous-même? Vous dites que M. Asselineau dit la vérité. Comment en être sûre?

Cela fait douze ans que François Asselineau a monté son parti et qu’il met les Français en garde contre la dérive totalitaire de l’UE. Il est resté inflexible dès le début, alors que ses analyses jugées marginales et fantaisistes se sont finalement vérifiées. Le déroulement de l’histoire lui a donné raison. Il est le seul à assumer pleinement et sans équivoque ni ambiguïté sa détermination à faire sortir la France de l’Euro, de l’UE et de l’OTAN ainsi que les solutions pour le faire pacifiquement. Toutes les autres personnalités politiques françaises dénoncent les dysfonctionnements de la politique, de la démocratie, de l’économie, dénoncent ceci, dénoncent cela, et se scandalisent sans dénoncer la principale cause d’une bonne partie des maux français: l’appartenance à l’UE. Aucun ne propose d’en sortir, peu importe le président.

Pour aider France, vous êtes donc à l’UPR et serez candidate le 26 mai 2019. Mais la faible présence médiatique dont vous parliez ne va-t-elle pas vous couler? Qu’allez-vous faire pour vous faire connaître?

Nous avons énormément de dynamisme et de militants. Ceux-ci réalisent beaucoup d’actions de communication de leur plein gré: collages d’affiches dans l’espace public, conférences etc..

Vous parlez du dynamisme du parti, on voit un compteur d’adhérents sur votre site, 37’200. Ceux-ci sont très zélés sur internet, mais ce zèle ne se retranscrit pas du tout dans les urnes. Est-ce de nouveau de la faute aux médias?

En partie, oui. Le problème du temps de parole déjà évoqué n’est pas le seul problème. Il y a aussi le poids des sondages et de leur diffusion qui agissent comme une consigne de vote.

Vous dites que l’UPR fut une révélation pour vous, d’autres militants le disent aussi. Comme s’ils étaient illuminés. Il y a un avant et un après UPR. Cela me fait penser aux «Born again» aux USA, ces personnes qui se disent «nées à nouveau» après avoir rejoint une communauté chrétienne et embrassé la parole du Christ. L’UPR n’aurait-elle pas un côté sectaire, avec un chef charismatique qui distille la vérité aux fidèles très zélés et motivés?

Non, je n’admets pas du tout que l’UPR a un côté sectaire. Nos adhérents sont des gens qui veulent se battre pour le pays. Cela n’a strictement rien n’à voir avec une secte. Le Français a un esprit patriotique; dès le moment où le pays est en danger, il fera tout pour le sauver. Nous sommes un mouvement de libération nationale et je pense que l’UPR a un impact plus important que ce que l’on veut nous faire croire. Vous dites qu’il y un avant et après UPR pour ces gens, peut-être, mais il y a surtout une vie après l’Union européenne. Malheureusement, les Français sont souvent désespérés du faible score supposé de leur favori dans les sondages, qui les décourage et les dirige vers le «vote utile». C’est un phénomène qui consiste à abandonner son favori pour voter pour un candidat ayant plus de notoriété.

La figure de M. Asselineau semble pourtant omnipotente au sein du parti. On ne voit presque que lui sur les vidéos. Les militants ont-ils une place à ses côtés?

M. Asselineau est une figure très controversée. De fait, même s’il y avait des militants auprès de lui, peu de gens osaient s’afficher à ses côtés en public. Depuis 2017, il y a une montée de dynamisme au sein du parti, une vague d’adhésion très forte. D’ailleurs, récemment, UPR-TV a été créée sur YouTube où vous trouvez des intervenants qui affichent leur participation au mouvement.

Avez-vous déjà côtoyé François Asselineau en vrai?

Oui, d’ailleurs étant donné que nous sommes en campagne je le vois presque quotidiennement ces derniers temps.

Est-il ouvert à la critique et proche de ses partisans?

Tout à fait, nous faisons souvent un debriefing avant et après chaque débat. M. Asselineau est une personne ouverte à la discussion, qui veut progresser et qui ne souhaite pas avancer seul.

Votre discours semble parfois vraiment faire preuve de défaitisme et de plainte contre le bouc émissaire «tout va mal, c’est terrible, et c’est la faute de l’UE». N’est-ce-pas un facteur à l’origine de votre faible visibilité?

Non pas du tout. Mais malheureusement, on ne peut pas inventer un beau mensonge pour que les Français y croient. On les place face à la réalité de la situation. Ce n’est pas un discours défaitiste. Au contraire, nous disons que le Frexit permettra de bâtir une France plus forte. Vous, les Suisses, n’êtes pas membre de l’UE et vous vous en sortez très bien.

Vous critiquez beaucoup le rôle des médias, mais en temps de crise, ne faut-il pas justement privilégier les discours consensuels et rassurants garant de stabilité? La situation a poussé les «gilets jaunes» à manifester mais ceux-ci mettent surtout «le boxon» comme on dit ici.

Le mouvement des «gilets jaunes» rassemble des gens de tous les horizons. Il y a un ras-le bol général qui macère depuis longtemps et qui éclate maintenant car les gens on le sentiment que les médias leur ont menti des années au sujet de la réalité de la santé de la France. Les médias souhaitent soi-disant préserver la stabilité, mais je pense que la volonté du peuple n’est pas écoutée. D’ailleurs, le mouvement des «gilets jaunes» est présenté de façon péjorative.

Vous connaissez des «gilets jaunes» qui manifestent le samedi?

Oui, j’en connais quelques-uns, il y en a qui ont rejoint l’UPR et qui font connaître notre mouvement aux personnes présentes sur les ronds-points et qui leur expliquent que sans Frexit, le RIC (référendum d’initiative citoyenne) est impossible. La République française n’est pas une démocratie stricto sensu. La démocratie authentique, c’est un système égalitaire où l’on considère que le peuple a son mot à dire, où son avis est pris en compte. On observe le mépris que reçoivent les «gilets jaunes» de la part des décideurs et surtout le référendum de 2005 où 55% des Français ont été bafoués.

Mais lors du 26 mai, l’exemple de la situation britannique ne risque-t-il pas de peser en défaveur de vos idées?

Non. Si le Brexit rencontre des problèmes, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une mauvaise décision, c’est parce que ce sont les partisans du remain qui gouvernent et qui s’occupent des négociations. Ils ont du mal à accepter le choix des Britanniques et font traîner l’affaire.

Kenza Meyer, nous arrivons au terme de notre entretien avec une grande question. Au fond, selon vous, jeune citoyenne, qu’est-ce-que la France?

La France, je la vois comme un grand pays très culturel, ouvert sur le monde. La France a toujours été reconnue comme la patrie des droits de l’Homme. Un pays qui rayonne sur le monde comme sut le démontrer Charles de Gaulle. Pour moi, c’est cela la France. Un pays que les gens aiment, admirent, estiment et qui étonne le monde, mais qui malheureusement s’épuise. Je veux redonner un nouveau souffle à cette nation.


Ecrire à l’auteur: nicolas.locatelli@leregardlibre.com

Illustration de Nicolas Locatelli pour Le Regard Libre

2 réflexions sur « Dialogue avec Kenza Meyer, la benjamine des candidats du Frexit »

  1. Les personnes vivant le « Born Again » ne sont pas uniquement américains et encore moins illuminées… quels propos désobligeant..

    Merci Kenza pour ton implication ! J’ai découvert l’UPR il y a maintenant 2 ans et je suis toujours bleffé comment FA arrive à garder son calme à la vue de la maltraitance médiatique qu’il subie !

  2. Tres bonne presentation initiale, bonne qualite d’ensemble, meme si par certains moment on avait l’impression d’avoir un journaliste francais. En tout cas, brillante et integre jeune fille, et merci au journaliste pour son travail.

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