«Le Jeune Ahmed», prix de la mise en scène à Cannes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Un vrai musulman ne serre pas la main d’une femme.» 

Ahmed a treize ans. Mais c’en est déjà fini des jeux de l’enfance. Plus de Playstation, plus de posters, plus de bêtises. Désormais, c’est la foi qui a pris toute la place. Ahmed veut être un vrai musulman. Il se radicalise, comme on dit. Seules comptent les paroles de son imam; seul son cousin est digne de vénération, parce qu’il est parti mourir en martyr au front avec l’Etat Islamique. Ahmed veut passer à son tour à l’action, en tentant d’assassiner sa prof d’arabe, Madame Inès, trop libérale à ses yeux. Il échoue, il entre en centre de détention. Mais l’idéologie continue de le suivre.

Le Jeune Ahmed est un film mineur des frères Dardenne. Même si le sujet est complètement digne d’intérêt, il commence à nous sortir par les oreilles. D’autant plus que c’est toujours la même chanson: d’un côté, il y a les gentils musulmans qui considèrent que l’islam est une religion de paix, d’amour et de tolérance; de l’autre, il y a les méchants qui manipulent les jeunes et appellent au djihad. De ce point de vue-là, Le Jeune Ahmed ne dépasse pas le manichéisme. Avec son lot de niaiseries – pas forcément fausses d’ailleurs – qui prônent que le sport et la nature peuvent guérir.

Là où le film est plus intéressant, c’est dans sa mise en scène. Primés à Cannes pour ça, les frères Dardenne ont opéré en effet un travail minutieux en ce domaine. Caméra à l’épaule, d’une veine ultra-réaliste, on suit Ahmed. Les plans montrent le quotidien de cuisines ou de salles de bains en désordre, coupant tantôt une partie de la tête d’Ahmed, bougeant tantôt en créant une sensation de confusion. Les plans sur les brosses à dents et sur les mains du jeune en disent également beaucoup sur le fond, sans que l’instance soit dérangeante. Il est fou de pureté; obsédé par l’hygiène impeccable que lui demande sa préparation à la prière.

Et le silence, lorsqu’il filmé tête basse, perdu dans une incapacité à exprimer ce qu’il ressent. Si Le Jeune Ahmed peut porter à la réflexion, il est surtout un exercice de style. En cela, il peut gagner en intérêt malgré sa platitude ambiante.

«Oui, mais je suis en train de changer.» 

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Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Xenix Film

LE JEUNE AHMED
BELGIQUE, FRANCE, 2019
Réalisation: Luc Dardenne, Jean-Pierre Dardenne
Scénario: Luc Dardenne, Jean-Pierre Dardenne
Interprétation: Idir Ben Addi, Myriem Akheddiou, Othmane Moumen, Olivier Bonnaud, Claire Bodson, Victoria Bluck
Production: Les Films du Fleuve, Archipel 35, France 2 Cinéma, Proximus, RTBF
Distribution: Xenix Film
Durée: 1h24
Sortie: 22 mai 2019
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