Gonzague de Waresquiel, le Comte qui acheta la Harley de Polnareff

Le Regard Libre N° 50 – Jonas Follonier

C’est une rencontre insolite que nous vous racontons dans cette cinquantième édition. Celle d’un personnage aux différentes facettes, au carrefour de grandes familles, un homme passionné, amusant et amusé, qui a acheté en 2016 la moto de Michel Polnareff, avec lequel il est maintenant ami. Gonzague de Waresquiel, un épris de liberté.

Jonas Follonier: Vous avez un parcours très politique, Monsieur de Waresquiel.

Gonzague de Waresquiel: Totalement! J’ai suivi la formation du Collège d’Europe de Bruges, qui est l’équivalent de l’ENA à l’échelle européenne et internationale. J’ai commencé à travailler en tant qu’attaché parlementaire à Bruxelles. Puis, je suis parti pendant près d’un an en Afghanistan, avant et après les talibans pour créer une ONG. Ce fut une mission relativement difficile mais passionnante. Kaboul a été détruite pendant la guerre du fait de l’invasion des Américains et des Alliés. J’ai été évacué au Pakistan, puis les Nations Unies ont fait appel à mes services. Pendant près de deux ans, j’ai travaillé en République Démocratique du Congo. C’était rude.

Ce genre de mandats internationaux, c’est très fatigant, non?

Oui, je suis devenu peu à peu très fatigué aussi bien au niveau psychologique qu’au niveau émotionnel. J’allais souvent au travail en char d’assaut ou en hélicoptère de combat. On m’a tiré dessus plusieurs fois. Sachant que j’étais un civil des Nations Unies, j’avais uniquement le droit au port du casque bleu et du gilet, mais pas au port d’armes. Il reste que j’étais protégé. Epuisé par ce genre d’actions, je me suis retrouvé à l’UNESCO, à Paris. Au bout d’un an, je me suis dit: «Gonzague, tu restes enfermé au bureau tous les jours, tu ne vas pas faire ça toute ta vie, quand même!». Albert Cohen décrit très bien ce sentiment d’ennui et de lassitude dans Belle du Seigneur.

Comment avez-vous alors rempli votre vie? 

J’ai décidé de fonder ma propre structure pour la passion de ma vie qui est la bande dessinée. Je suis aujourd’hui courtier en art et spécialisé dans les originaux de bande dessinée. Je travaille beaucoup avec les maisons prestigieuses de vente aux enchères dans le monde de l’art (et notamment de la BD), comme Artcurial, Sotheby’s, ou encore Christie’s. Je suis aussi apporteur d’affaires et surtout j’aime rendre service aux autres. Cela me comble de joie de rendre notre monde meilleur.

Une autre de vos passions, c’est celle des motos. 

En effet! J’ai eu la chance d’avoir eu une quinzaine de motos. Je suis d’ailleurs souvent tombé à moto, et on m’en a aussi volé une à Paris au bout de trois jours! (La série limitée DAKAR de BMW). La Harley de Michel Polnareff est encore une toute autre histoire…

Comment êtes-vous tombé sur cet objet?

L’un de mes amis, expert d’une maison prestigieuse de ventes aux enchères, qui a souvent de bonnes idées – et surtout très originales! – a flashé sur Cloclo. Ce film lui a donné l’idée folle d’abriter dans son étude du très sélect 7e arrondissement de Paris une exposition sur des reliques de stars, anciennes ou actuelles. On pouvait y trouver des blousons de Johnny Hallyday valant chacun 6’000 euros ou des mèches de Claude François à 3’000 euros pièce. C’était complètement irréel. Mon ami m’appelle alors et me dit qu’il y a dans cette exposition une moto qui pourrait m’amuser.

La fameuse moto de Michel Polnareff.

Que j’achète sans trop réfléchir. La moto culte de Polnareff est un objet impressionnant et, surtout, l’idée d’en faire l’acquisition m’amusait. Le plus drôle de l’histoire, c’est que j’étais en concurrence avec le chanteur Renaud… Je suis fier d’avoir gagné! (rires)

Dans quel but avez-vous acheté la moto? Au-delà du fait que cela vous amusait, il y avait bien un but de spéculation, non?

De mémoire, cette moto doit peser environ 450 kilos, ce qui ne correspond pas du tout à mon gabarit. J’ai donc fait cette acquisition vraiment pour l’objet en lui-même. Au départ, je voulais en faire une plus-value, effectivement. Mais je suis tombé amoureux de cette moto et je n’ai plus l’intention de la vendre. L’entendre «pétarader» reste un moment magique!

C’est pourtant une amitié qui allait débuter avec Polnareff par un coup de téléphone. 

Oui, c’est exact. Le jour même de mon achat, ou le lendemain, je ne sais plus, un numéro masqué m’appelle. La voix que j’entends au bout du fil est celle de Michel Polnareff. Je la reconnais, je ne rêve pas! C’est apparemment l’étude qui lui a donné mon numéro. J’enclenche le haut-parleur et ma femme me dit en riant: «ça n’arrive qu’à toi ces histoires-là!». Polnareff me propose un deal. Il fait récupérer la moto par le transporteur du Roi des Belges pour l’emmener en Belgique. Là, un grand spécialiste pourra la remettre à neuf.

Michel Polnareff a tenu à ce que sa moto que vous avez achetée soit retapée?

Oui, car il est très lié émotionnellement à cette Harley. Moi aussi maintenant, d’ailleurs. Michel m’a posé comme condition que je lui prête la moto quand il le souhaite pour la poser sur la scène de ses concerts. Il tient aussi à m’inviter à ses concerts, moi et ma famille, en VIP. Je n’ai pas toujours le temps d’y aller, mais c’est quelque chose de voir Polnareff sur scène. Qu’est-ce que c’est beau quand tout le monde chante à l’unisson «On ira tous au paradis»!

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D’où vient cet attachement de Michel Polnareff à cette Harley Davidson? 

Sa moto, à la fin des années soixante et au début des années septante, se trouvait dans le salon de son appartement du Boulevard Raspail dans le 7e arrondissement de Paris. Il la faisait pétarader dans son salon! Il a été très vexé car Harley Davidson lui a fait un petit cache où il était marqué «Michel Polnaref» avec un seul «f». Encore en 2016, Polnareff en était très peiné! Pour être très élégant, j’ai fait refaire un cache avec la bonne orthographe de son nom. Il était enchanté.

Il vous en arrive beaucoup, des choses pareilles?

Il m’en arrive quelquefois… C’est un peu le genre de la maison. Je me considère comme Forrest Gump: «Toujours au bon endroit au bon moment». (Rires) D’ailleurs, mon frère aîné m’a fait une fois le plus beau compliment à ce jour: «Gonzague? Il a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles!». Avec le recul, c’est vrai!

Outre votre activité de courtier en art et vos autres occupations, vous êtes également père de famille. Est-ce une dimension importante?

Oui, ultra importante et surtout indispensable! Père de famille, c’est une activité à temps plein. Mes enfants ont six, quatre et deux ans. Un quatrième va arriver en mai, je pense le même jour que sortira cette édition! C’est du bonheur et j’en ai si hâte… 

Vous sentez-vous plus proche de la lignée de votre père, les Waresquiel, ou de la famille de votre mère, les Burrus?

La famille Waresquiel vient des Flandres et remonte au XIe siècle. Mon père a pris le titre de Comte de Waresquiel en l’héritant de son défunt père. J’ai deux frères, un aîné et un benjamin. Je suis le cadet – au centre donc. Mon titre est «Comte Gonzague de Waresquiel». A la mort de mon père, c’est mon frère aîné qui héritera du titre de Comte de Waresquiel. Mon épouse, Frédérique, a obtenu le titre de Comtesse Gonzague de Waresquiel lors de notre mariage dans le fief familial de ma si chère Provence. Quant à ma fille, elle est et restera – pour l’instant! (rires) – Mademoiselle de Waresquiel. Tout cela est compliqué, mais franchement passionnant. J’aime ma famille du côté de mon père et me sens tout autant lié à la famille du côté de ma mère: les Burrus sont une grande famille industrielle suisse, d’origine alsacienne. Par exemple, avec ma femme, nous avons beaucoup hésité pour le prénom de notre deuxième fils et l’avons finalement appelé Alphonse: d’une part, en référence à Alphonse Daudet et donc aux Lettres de mon moulin et à la Provence, et d’autre part en référence à la Saint-Alphonse, qui est le jour de notre fête nationale suisse. Impossible de faire mieux. Je suis donc 100% Waresquiel et 100% Burrus – et à 200% VROOM, VROOM!!!


 Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

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