La bourse suisse dans la panade 

Les lundis de l’actualité – Bernard Frossard

En cette saison caniculaire, un froid s’est jeté sur les relations Suisse-Union européenne. Ce jeudi 27 juin, Berne a décidé d’imposer l’obtention d’une reconnaissance aux places financières européennes si elles veulent continuer à négocier des titres suisses. De son côté, la commission européenne annonce le non-renouvellement de l’équivalence boursière pour notre pays.

Cette équivalence boursière à durée limitée avait été mise en place en décembre 2017 et renouvelée en novembre 2018. L’UE y avait attaché l’avancement des négociations sur l’accord-cadre. C’est l’avenir du marché suisse qui se dessine et les diplomates suisses vont devoir redoubler de courage pour obtenir des concessions.

Impatience à Bruxelles 

Du côté bruxellois, on trouve que la Suisse et le Conseil fédéral ont trop tardé à signer cet accord. Pour les Suisses, il n’était pas possible d’y agréer en la forme, le contenu déplaisant à certains souverainistes de longue ou de fraîche date à droite comme à gauche. A l’approche des élections fédérales, le sujet est très sensible à traiter. Personne ne veut en faire un sujet de campagne, la chose étant complexe et peu aguicheuse.

Il faut comprendre que, de leur point de vue, nos partenaires européens ne comprennent pas cette prudence tout helvétique. Manifestement, ils font simplement la malheureuse confusion entre agenda politique et temps politique suisse, qui peut sembler si long. Il suffit de voir le processus dans lequel consiste un référendum qui peut durer jusqu’à dix ans. 

Un géant qui ne dort plus 

Ainsi, les Helvètes ont éveillé le mastodonte européen et leur rapport de force ne ressemble plus en rien à celui d’un David contre Goliath. La commission européenne montre enfin les dents et on voit jusqu’à quelle limite il est possible de la frustrer. Maintenant que les rouages sont en place pour nous sanctionner, le Conseil fédéral daigne enfin nous présenter un plan permettant au marché suisse de survivre. 

Ce plan débute par la modification d’une ordonnance en novembre dernier. Cet amendement entraînerait l’obligation pour les entreprises européennes de passer par la bourse suisse pour acheter des actions de sociétés suisses. Est-ce vraiment une solution viable à long terme? Cela ressemble surtout à une échappatoire: la Suisse pressent qu’elle n’a plus la main forte dans les négociations et que toute nouvelle proposition sera éventuellement lue et irrémédiablement rejetée. 

Il suffit d’entendre Jean-Claude Juncker – président de la commission jusqu’à fin août –­ au micro de Darius Rochebin : «Signez l’accord!», genre d’injonction dont les Suisses ne sont absolument pas friands, mais qui nous pousse à réfléchir sur notre réelle capacité à négocier avec ce géant technocratique. Combien de temps allons-nous encore jouer au chat et à la souris maintenant que nous savons que ce chat tient plus du tigre que du Munchkin? 

Suisse-UE, ce casse-tête 

A prime abord, nous devrions nous montrer favorable à un accord-cadre qui unifie et simplifie la multitude des traités bilatéraux que nous avons déjà signés. Mais le problème majeur du Suisse est qu’il est tatillon pour la moindre chose qui pourrait amenuiser ses droits politiques. Et il a raison. Une vraie impasse donc, qui ne pourra disparaître que si les Européens prennent toute la mesure du pouvoir démocratique que nous possédons. Une ère glaciaire commence. Espérons qu’après les élections fédérales, quelques degrés viennent réchauffer cette relation.

Ecrire à l’auteur: bernard_frossard@hotmail.ch

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