Vous prendrez bien un vol pour «Ibiza»?

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

C’est le nouveau film avec Christian Clavier. Le célèbre acteur populaire français a-t-il endossé une fois de plus un rôle qui n’en est pas un, à savoir le sien? Trois fois non. Ibiza est un très bon film, certes beauf, mais son personnage principal ne l’est pas. Il est avant tout touchant.

Tous mes amis avaient fait sonner les sirènes du bon goût cinématographique face à ma détermination légendaire à suivre de près l’actualité de la filmographie claviérienne en allant visionner Ibiza. Un titre qui à leurs yeux était l’augure d’un raté de plus, bien pire que ce que le vieux avait pu faire avec A bras ouverts ou Momo. Mais, mais: il n’en est rien. Si j’avais presque été convaincu par le tribunal de la ringardise auquel mon entourage ne m’avait d’ailleurs pas habitué, l’expérience Ibiza fut non seulement divertissante, mais aussi surprenante. Un air estival et familial s’est saisi de cette soirée et aère encore mon corps à l’heure où j’écris cette critique.

C’est que – il est vrai – tout s’annonçait comme si Clavier, plus soucieux de faire vendre que de se renouveler, allait une énième fois se mettre dans la peau d’un franchouillard empli de clichés, ronchon, aigri, plouc, qui au terme d’une semaine de vacances en une destination indésirée reviendrait sur ses préjugés et s’avérer le plus tolérant des hommes. En somme, un film qui surferait sur les vils instincts de l’espèce humaine pour déboucher sur un bain d’humanisme insupportable. Raté! Ici, le personnage de Philippe incarné par Christian Clavier est touchant, ouvert dès le début; c’est plutôt sa compagnie qui est ridicule et qui évolue au fil du film. Philippe veut tout faire pour obtenir l’amour et la compréhension des enfants de sa nouvelle épouse, bien plus jeune qu’elle.

Alors, bien sûr, l’histoire ne vole pas haut, tout comme la photographie qui s’inscrit dans la lignée de ce que les réalisations françaises ont fait de plus on s’prend pas la tête. Un générique délicieusement dégueulasse, en grosses lettres jaunes et grasses, faussement too much. Une transition entre le générique ensoleillé et la ville sous la pluie, d’un sec. Des dialogues eux aussi légers, mais dont nul ne me dira qu’ils ne sont pas drôles: «Bonne journée! – Oui oui, j’ai failli vomir» (quand Philippe sort de la voiture conduite par son épouse). Ou, encore mieux: «Attention les enfants, le soleil est méchant ici» (quand ils arrivent à Ibiza).

En somme, c’est un film drôle et divertissant que nous sert Arnaud Lemort. Intercalée d’historiettes amoureuses bon enfant, l’œuvre Ibiza est rafraîchissante et le style de jeu de Christian Clavier, même si classique, au service d’un personnage tout autant remodelé. Ne comprenez pas par là qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre, ô grand jamais. Nous n’en avons pas besoin pour nous évader le temps d’un soir.

Ibiza
FRANCE, 2018
Réalisation: Arnaud Lemort
Scénario: Arnaud Lemort, Mathieu Oullion
Interprétation: Christian Clavier, Mathilde Seignier JoeyStarr, et al.
Production: Thomas Verhaeghe, Mathieu Verhaeghe et Sidonie Dumas
Distribution: Gaumont
Durée: 1h27
Sortie: 3 juillet 2019

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © Gaumont

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