B77: «Les concerts, ce n’est pas quelque chose qui nous touche»

Paléo Festival 2019 – Lauriane Pipoz

B77, duo musical d’électro psychédélique, s’est produit le mardi 22 juillet au Paléo festival. L’occasion pour nous de rencontrer ce groupe fribourgeois formé de Léopold et de Luca avant leur show audiovisuel. Les deux artistes mystérieux, se décrivant plutôt comme des amoureux des disques désireux d’écrire leur musique «dans leur bulle», nous ont tout de même confié quelques informations sur leur façon de voir la scène au détour d’un entretien sur la réalisation de leurs sons.

Le Regard Libre: Votre musique est très travaillée. Avez-vous une formation musicale à la base, ou vous êtes-vous tout de suite plongés dans l’électro?

Léopold: Non, nous n’avons pas de formation musicale, ni l’un ni l’autre. Nous avons plutôt écouté vraiment beaucoup de musique depuis que nous sommes jeunes. Nos idées ont germé par étapes; de création, d’expérimentation. Ça fait plus de quinze ans que nous faisons de la musique ensemble. Plus qu’une formation musicale, l’important est de comprendre la musique que tu veux faire et ça, c’est un long chemin. D’une fois que tu as bien compris ça, que tu connais tes envies, que tu as une direction, tu n’as plus qu’à la suivre: pour y arriver, il s’agit donc de comprendre ce qui te touche, ce qui te plaît, ce qui te procure des sensations et émotions. En parallèle, il y a bien sûr l’aspect technique: au début, tu as des idées et tu ne sais pas comment les réaliser, et ensuite tu apprends comment faire. C’est le côté débrouillard: avec internet, on peut apprendre par soi-même.

Et si je vous demande de traduire ce qui vous plaît en mots?

Léopold: Nous cherchons quelque chose d’assez simple, d’assez enfantin. C’est plutôt abstrait. Nous pouvons donc difficilement en parler, mais nous arrivons à nous comprendre parce nous nous connaissons depuis très longtemps.

Luca: Nous avons des sensibilités assez proches en termes musicaux, et nous avons appris, nourri ensemble cet univers. Et nous avons créé notre musique à partir de là.

On ressent des sons très vintage dans votre musique. Pourquoi vous vous êtes lancés là-dedans?

Léopold: Nous cherchons à recréer les sons des années septante, parce que c’est le son le plus pur. Il a des textures très douces, il n’est pas encore agressif. Nous voulons que le son ait l’air de sortir de la nature, et non d’un studio d’enregistrement. Quand nous mixons nos voix, nous avons envie qu’elles aient l’air de sortir d’une forêt. Pour recréer ça, il faut passer par des sons vintage: nous privilégierons plutôt une ancienne reverb qu’une nouvelle, sortie en 2019. Pour les textures sonores, nous favoriserons des sons qui sont plutôt détunés – sans rentrer dans le trop technique.

Luca: Nous le faisons aussi parce que c’est ce qui nous touche. Nous ne nous sommes pas demandé ce qui marcherait le mieux.

Partez-vous des paroles pour composer votre musique ou vous inspirez-vous de votre musique pour les écrire?

Léopold: Les paroles sont la dernière étape, et peut-être la plus difficile. Elles s’ajoutent comme un élément supplémentaire: ce n’est pas forcément central chez nous.

Luca: Nous sommes quand même exigeants au niveau de la voix. Par contre, les écrits en eux-mêmes sont plutôt secondaires. Ils sont assez flous, assez abstraits; nous ne sommes pas des paroliers: ce n’est pas ce qui nous touche quand on écoute de la musique.

Comment collaborez-vous: est-ce que l’un compose sa musique et le second ajoute la sienne ensuite?

Léopold: Oui, c’est comme ça que nous fonctionnons: souvent, l’un de nous a une idée, et l’envoie sous forme de démo, de maquette. Nous travaillons par correspondance: nous sommes très rarement les deux dans un studio. Lorsque l’on est seul à faire de la musique, souvent il y a un moment où l’on se retrouve bloqué: c’est là que l’autre intervient. Il se dira peut-être: «Tiens, là ça m’inspire!». Et c’est le début d’une partie de ping-pong entre nous deux.

Luca: Nous nous retrouvons ensuite au studio pour l’étape finale: le mix, les dernières retouches.

Qu’est-ce qui vous a motivé à rendre votre musique publique?

Léopold: Je crois que ça a toujours été un but en soi. C’est un aboutissement: si les créations meurent sur un disque dur, il reste un sentiment d’inachevé. Sortir les morceaux permet d’aller de l’avant, de se dire que quelque chose est fini et que l’on passe à autre chose. La reconnaissance est aussi quelque chose à laquelle nous sommes sensibles.

Luca: Partager notre musique, c’est un moteur: on crée un truc et si c’est bien, on va se réjouir en espérant que les autres vont ressentir les mêmes émotions en l’écoutant.

Sortons des studios et parlons à nouveau des concerts. Est-ce que vous aimez ça?

Léopold: Non, honnêtement, on s’ennuie. Nous sommes vraiment des personnes attachées aux disques. Certains concerts nous ont quand même influencés. Comme par exemple celui de Justice, ici à Paléo: pas d’instrument, que des machines, un superbe show visuel, c’était puissant. Mais ce n’est pas quelque chose qui nous touche.

Luca: Certains concerts nous donnent des idées, oui, mais ça ne va jamais nous émouvoir autant qu’un disque.

Ce sera donc votre première fois à Paléo en tant qu’artistes. Ca vous plaît de jouer ce soir?

Léopold: Bien sûr! Mais ce n’est pas une consécration. En tant que groupe suisse, on peut facilement venir jouer à Paléo.

Quels sont vos objectifs pour la suite?

Léopold: Un single en septembre, et pourquoi pas un album si nous y arrivons. Nous essayons toujours d’aller un peu plus loin.

Luca: L’international était l’objectif dès que nous avons lancé ce projet: nous voulions essayer au plus vite de sortir des frontières suisses. Là, nous y sommes parvenus déjà un peu. Nous touchons déjà la France, mais pourquoi pas par la suite essayer de toucher l’Angleterre ou les Etats-Unis. Nous ne nous imposons pas de frontière: on ne s’interdit pas de rêver en grand.

Ecrire à l’auteur: lauriane.pipoz@leregardlibre.com

Crédits photo: © Paléo / Lionel Fusain

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