Gringe: une clôture de festival entre doute et mélancolie

Paléo Festival 2019 – Amélie Wauthier

Sous la tente du Détour, la scène est dépouillée: tout juste une table de mixage en son centre et des rangées de LED – et non de LSS – accrochées verticalement sur les côtés. J’ai profité des feux d’artifices pour me dégotter une place à seulement quelques mètres de la scène, je suis encore loin de me douter que cela va me sauver. 

Il est presque minuit quand Gringe fait son entrée sous les cris de la foule, surexcitée. Encore un concert où je me sens bien vieille, les gens de mon âge étant sûrement au concert de Patrick ou au lit depuis longtemps. Nous sommes serrés les uns contre les autres, il n’y a même pas la place pour éternuer tranquille. Premier morceau. Le jeune homme derrière moi connaît toutes les paroles par cœur, j’ai droit au concert en stéréo et quelques postillons de bière dans les cheveux. Gringe nous demande si on va bien, si on est «prêt pour le bouquet final ou quoi?!» Evidemment, Guillaume, qu’on est prêt! Frais comme la rose et au taquet! 

A lire aussi: B77: «Les concerts, ce n’est pas quelque chose qui nous touche»

Si ce soir Gringe est accompagné par DJPone et Sidney, on le connaît surtout pour le duo qu’il forme avec Orelsan, les Casseurs Flowteurs. Les deux rappeurs étaient d’ailleurs de passage aux Arches lors de la trente-neuvième édition du Paléo. «Calme-toi ma chérie, Orelsan il joue ce soir dans une autre ville», nous affirme Gringe, sans que cela ne l’empêche toutefois de reprendre leurs morceaux phares, pour notre plus grand plaisir. Même le type de la sécu’ connaît les paroles par cœur. 

A lire aussi: Une musique électronique efficace avec Nova Materia

Derrière moi, des pogos se forment et me pressent contre la barrière de sécurité. Si j’ai survécu à ceux du concert de Lomepal, je ne suis pas certaine de tenir bon ce soir! Mon dos est en compote après une semaine de festival intense et le sol est tellement détrempé qu’il se retrouve un peu partout sur mes bottes, mon pantalon et mon ciré. L’ambiance est survoltée, déchaînée, mais je parviens à m’en sortir avec juste quelques ecchymoses et la fermeture de mon sac déchirée. Les thèmes abordés par l’artiste tournent essentiellement autour de la famille. Gringe a été profondément marqué par le départ de son père et la maladie de son frère schizophrène. Cela se ressent dans ses textes d’une touchante authenticité. 

«Un jour, tu m’donnes la vie, puis l’autre, tu m’abandonnes
Si je cherche ton fantôme, comment devenir un homme?
J’ai pas besoin de ça, j’ai pas besoin de toi
Mais tes conseils me manquent»

Une musique électronique résonne et pulse de façon psychédélique, le chapiteau se transforme en discothèque, on a envie de planer. C’est déjà l’heure du dernier refrain mais avant, «faites un maximum de bordel pour DJBone» dont c’est le dernier concert. «C’est un peu brouillon comme fin de concert mais c’est l’émotion» nous annonce Gringe. Il invite toute son équipe sur scène et nous confie être très touché. Ça se sent et se ressent; c’est beau, c’est intense. Merci pour le show, merci pour le partage, merci pour ce soir et à bientôt, je l’espère.

Ecrire à l’auteur: amelie.wauthier@leregardlibre.com

Crédits photo: © Paléo / Laurent Reichenbach

Publicités

Laisser un commentaire