Un nouveau Patrick Bruel est né

Paléo Festival 2019 – Jonas Follonier

En clôture de ce Paléo mouvementé, le sieur Patrick Bruel s’est fait remarquer pour sa mutation efficace. Un coup de jeune dans son style musical comme vestimentaire. Le nouveau Bruel est né, avec les mêmes défauts que l’ancien. A l’arrivée de l’analyse, il faut simplement s’incliner devant l’artiste de scène.

Il porte maintenant des baskets blanches, celles que portent toutes les jeunes gens. Lui n’est pas dans la gadoue de la plaine, il peut se le permettre. Je les avais déjà remarquées lors de ses récentes interviews télévisées, je vois qu’il les porte également sur scène. Un détail, certes, mais seul le détail compte, comme l’affirment haut et fort nos idoles du journalisme gonzo francophone. Bruel est passé du veston à la veste, un autre léger changement vestimentaire annonciateur d’une inflexion importante dans son style musical.

Patrick Bruel et ses bask’ de jeun’s © Paléo / Nicolas Patault

Mais avant même de le voir faire son apparition sur la grande scène, voilà que Patrick m’agace déjà. L’homme qu’on ne voit pas encore s’adresse à Nyon d’une voix on ne peut plus dramatique et théâtralisée, avec des mots pourtant dignes de cul-cul-land: «Salut! Comment ça va? Tu es venu? On se voit enfin!» et autres calamités verbeuses. Et ça marche. Je me dis que le monde est fichu, encore plus quand le type apparaît et que la première chanson qu’il entonne est basée sur les mêmes paroles. A une exception près: «Où est Lola?» Bref, je n’ai absolument rien compris à ce qui se passait. J’apprends en préparant cet article que c’est un remake électro de Comment ça va pour vous? – pardon de cet incident à toutes les admiratrices.

Ça ne va pas très bien quand j’écoute cette chanson, en fait.

Les lumières, elles, me plaisent. Les effets audiovisuels également. Un grand art du spectacle. Il faut dire que Patrick Bruel a les moyens de faire ce qu’il veut. Voilà bien un coup de poker où il mise tout ce qu’il a pour faire plaisir au public. Et c’est là justement la nouvelle grande habileté dont Bruel a fait preuve: s’adapter aux auditeurs actuels. Cela se ressent sur ses nouveaux titres, bien sûr, présents sur l’album Ce soir on sort, mais aussi sur la réorchestration de ses anciennes chansons interprétées sur scène. Il y a de quoi s’interroger sur le virage électro-pop pris par l’interprète de Au Café des délices. Mais après tout, c’est un chanteur de variété, tout est donc possible au niveau des arrangements, et les oreilles contemporaines raffolent de ce genre de rythmes. Il a donc bien fait.

Les personnes qui, comme moi, ne sont pas forcément amateurs de ce registre musical très lisse et estival auront sans doute préféré les moments plus sobres du concert. Ceux où l’auteur-compositeur-interprète a servi seul à la guitare ses standards les plus touchants tels que Qui a le droit ou la chanson J’ai oublié de vivre à la fin du spectacle en hommage à son grand ami Johnny Hallyday. Nous nous trouvions là dans la plus pure des émotions au niveau musical: un instrument, une voix, un public qui chante. Jamais je ne préférerai à cette authenticité les candidats aux tubes de l’été tels que son single récent Stand up interprété lui aussi en fin de concert.

Au-delà de cette appréciation purement subjective portant sur les deux genres musicaux qui ont présidé à ce récital, il faut saluer la démarche d’un chanteur qui se cherche et qui sait rebondir quand il le faut pour plaire à un large public. Le premier bémol, c’est que l’artiste s’y croit vraiment. A coup de «c’est ouf» et de sauts en l’air, Patrick Bruel fait presque penser par moments à Maître Gims. Pire encore, sa fameuse fausse modestie lui colle encore et toujours à la peau – c’est le deuxième bémol. Les moments les plus touchants du show l’auraient été encore davantage si le chanteur s’était abstenu de regarder la foule pendant une minute avant de lui dire «C’est magique ce qu’il vient de se passer, c’est vous qui avez tout fait, le chant, les lumières, moi je n’étais que le modeste guitariste.»

De toute manière, il n’ya aucune crainte à avoir pour lui: ses fidèles l’ont toujours connu comme ça et continueront à être au rendez-vous. Et au vu de la foule qu’il y avait ce soir-là sur la plaine de l’Asse, Bruel reste un tout grand pour encore bien longtemps.

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédits photo: © Paléo / Nicolas Patault

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