Tous les articles par Le Regard Libre

Revue mensuelle, depuis 2014 Pour la culture et le débat d’idées

Solitude, nous es-tu bénéfique ?

Le Regard Libre N° 35 – Hélène Lavoyer

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion, pour beaucoup, de se retrouver en famille ou entre amis ; de mettre sous le tapis rancœurs et regrets ; de partager, d’offrir, de célébrer nos communautés. Pour certains, cependant, point de cadeaux sous le sapin ou de messages sur le répondeur, nulle chaleur familiale ou amicale ne se dressant à la porte les soirs de Noël ou de Nouvel An.

Loin de nier la souffrance pouvant être liée à la solitude et qui peut-être atteint son paroxysme en hiver, nous sommes tout de même devant un constat : contre la solitude, notre société ultra-connectée a élaboré toutes sortes de stratagèmes. Continuer la lecture de Solitude, nous es-tu bénéfique ?

«Three Billboards: Les Panneaux de la vengeance»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Vous devez être la mère d’Angela Hayes. »

Il y a neuf mois, tout près de la ville d’Ebbing, dans le Missouri, Angela Hayes a été violée puis assassinée. L’enquête n’a rien révélé. Le criminel rôde toujours sans encombre ; la mémoire de la jeune victime reste sans justice. Sa mère, Mildred Hayes (Frances McDormand), ne l’accepte pas. D’autant que les policiers semblent davantage préoccupés à discriminer les Noirs ou à se balader la mine fière. Mildred rassemble alors ses quelques économies pour louer trois énormes panneaux sur la route du sinistre.

« Violée pendant qu’elle agonisait », affiche le premier, en lettres capitales sur fond orange agressif. Les deux autres interpellent le manque de sérieux de la police en visant directement le shérif Willoughby (Woody Harrelson). Ce dernier, très respecté de tous ses concitoyens, accueille mal l’attaque à son égard. Il est d’ailleurs en phase terminale de son cancer. La situation aussi délicate que passionnelle attire à Mildred l’inimitié des différentes autorités de la ville. Tout spécialement celle de l’officier Dixon (Sam Rockwell), qui prend l’attaque à cœur et veut faire de la vie de la mère vengeresse un cauchemar. Mais il s’affronte à une dure à cuire, prête à la riposte.

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« Brillantissime » n’est pas brillantissime

Les mercredis du cinéma – Clément Guntern

Angela nage dans le bonheur, lorsque le soir de Noël arrive. Dès lors, tout se précipite pour elle. Sa fille, adolescente, abandonne le foyer alors que le réveillon approche, tandis que son mari lui annonce qu’il la quitte. Pour couronner le tout, sa propre mère semble indifférente au sort qu’elle subit. Angela se réfugiera une fois de plus chez son psychologue avec lequel elle entretient une relation privilégiée. A partir de ce moment, elle essaiera de se reconstruire en s’appuyant sur son amie d’enfance et sur de nouvelles rencontres.

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« The Passenger » : un air de déjà vu

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le début du film nous laisse apercevoir la vie d’une famille américaine moyenne, avec son train-train quotidien. Les problèmes avec les enfants, le métro-boulot-dodo. Le pendulaire type, avec ses habitudes, ses connaissances dans le train. L’acteur principal incarne à lui-seul le rêve américain. Continuer la lecture de « The Passenger » : un air de déjà vu

Barbelets

La citation de la semaine – Loris S. Musumeci

« Lundi 28 février 1944.

Très chère Kitty,
La nuit comme le jour, c’est un cauchemar. Je le vois à tout heure, ou presque, sans pouvoir aller jusqu’à lui ; il faut me garder de me trahir, avoir l’air gai, alors que tout en moi n’est que désespoir. »

Le Journal d’Anne Frank (1947)

© Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

Entre destruction de plaines sauvages et manifestations sociales

Les lundis de l’actualité – Alexandre Wälti 

L’actualité absolument indispensable des deux dernières semaines, c’était la quarantième édition du Dakar, ex-Paris-Dakar. Celui-ci s’est terminé le dimanche 21 janvier 2018. Une course automobile dont le parcours, comme son nom l’indique avec une précision redoutable, va évidemment de Lima au Pérou jusqu’à Córdoba en Argentine, en passant par la Bolivie, logique. Mais oui, vous savez, Dakar, cette ville sur un continent loin de l’Europe, là-bas. Ici ou là, finalement. Tant qu’on peut émettre le CO2 en masse dans des zones naturelles extrêmement sauvages, telles que le désert de sel d’Uyuni, normalement protégé, et écraser les sols fragiles de l’Altiplano avec de grosses roues bien grasses, tout va bien.

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Sébastien Meier et les nuits lausannoises

Le Regard Libre N° 35 – Nicolas Jutzet

Quelle bonne nouvelle ! Son troisième livre est dans la lignée des deux précédents. Haletant par sa trame et touchant par la profondeur, parfois perturbante, des personnages. L’auteur démontre une fois encore qu’il est capable de traiter avec talent de thématiques difficiles, sans tomber dans le pathos et la simplification à outrance. Après Les ombres du métis et Le Nom du père, place à L’Ordre des choses.

Il y est question de maladie physique et psychique, de drogues, de prostitution, de relations libres et de bien d’autres choses. Souvent caricaturés et ostracisés, ces thèmes deviennent, sous la plume de l’auteur suisse romand, banals et captivants. Si mal nommer les choses ajoute du malheur au monde, mal en parler fait au minimum pareils dégâts. Continuer la lecture de Sébastien Meier et les nuits lausannoises

De l’importance de la mémoire apaisée

Le Regard Libre N° 35 – Clément Guntern

La Russie a commémoré en 2017 le centenaire de la révolution d’Octobre. En 1917, les bolcheviks avaient renversé le gouvernement provisoire pour installer leur propre pouvoir. Pourtant, alors que certains se souviennent de cette date, d’autres la fêtent. La mémoire historique nécessite encore un grand travail.

La mémoire historique d’un peuple peut être détournée en un outil politique d’une grande puissance. Les exemples qui l’illustrent sont légion. La Russie a récemment commémoré en toute discrétion le centenaire de la révolution d’Octobre 1917 qui a mis au pouvoir Lénine et les bolcheviks, ouvrant la voie à plusieurs dizaines d’années de contrôle communiste sur le pays et bien au-delà. A l’occasion de cet anniversaire, un sondage a été réalisé, demandant aux Russes qui serait selon eux le meilleur dirigeant pour le pays aujourd’hui. Et la personne qui arrive en tête est Staline. Continuer la lecture de De l’importance de la mémoire apaisée

La leçon de Jean d’Ormesson

Le Regard Libre N° 35 – Jonas Follonier

« Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu », écrivait un homme bouleversant par son sens de l’émerveillement. Cet homme, c’est Jean d’Ormesson, dont la mort au mois de décembre a étrangement semblé inattendue.

Il aurait en effet fallu s’y préparer, encore plus qu’au départ de Johnny Hallyday le jour suivant. Mais ce n’était pas possible ; Jean d’Ormesson et la joie qu’il dégageait s’étaient trop installés dans nos habitudes pour que l’on puisse imaginer un monde sans eux. Continuer la lecture de La leçon de Jean d’Ormesson

« Normandie Nue »

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Curieusement, à la sortie du cinéma Studio de Neuchâtel, sous la pluie presque normande, piquante et froide, les mots du poète belge Emile Verhaeren clapotaient dans la tête comme un rayon de soleil poétique réchauffant la gouille triste de l’arrêt de bus :

« Je marche avec l’orgueil d’aimer l’air et la terre »

Essentiel, simple et direct comme les thèmes qu’aborde Philippe Le Guay dans Normandie Nue. Ce vers du poème Un matin colle parfaitement au propos du film. Il fait assurément écho à l’amour qu’ont les habitants du village de Mêle-sur-Sarthe pour leurs contrées. Celui que le réalisateur – aussi de l’excellente comédie Les femmes du 6ème étage – a filmé entourant de son baume François Cluzet, interprétant le maire du village. Parce que oui ! certains agriculteurs qui apparaissent à l’écran, à l’image de la famille Roguet, ne sont point acteurs et exercent quotidiennement, avec fierté, le plus vieux métier du monde. Oui, il y en a un deuxième. Cette présence de vrais paysans au milieu des acteurs est inédite.

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