Tous les articles par Le Regard Libre

Revue mensuelle, depuis 2014 Pour la culture et le débat d’idées

«Le rossignol et l’épervier»

Le Regard Libre N° 3 – SOΦIAMICA

« Un rossignol perché sur un chêne élevé chantait à son ordinaire. Un épervier l’aperçut, et, comme il manquait de nourriture, il fondit sur lui et le lia. Se voyant près de mourir, le rossignol le pria de le laisser aller, alléguant qu’il n’était pas capable de remplir à lui seul le ventre d’un épervier, que celui-ci devait, s’il avait besoin de nourriture, s’attaquer à des oiseaux plus gros. L’épervier répliqua : « Mais je serais stupide, si je lâchais la pâture que je tiens pour courir après ce qui n’est pas encore en vue. » »

Cette fable d’Esope, grand fabuliste grec et piètre fabulateur, vu la justesse de ces propos, donne à réfléchir : qui parmi nous se serait contenté de la petite proie ? Continuer la lecture de «Le rossignol et l’épervier»

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« Deux petits pas sur le sable mouillé »

Le Regard Libre N° 3 – Loris S. Musumeci

L’histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d’un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l’extérieur.

Après une séries d’examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d’une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l’auteur fait une promesse à sa fille : « Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour. »

Ce livre raconte l’histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu’un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner.

« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. » Continuer la lecture de « Deux petits pas sur le sable mouillé »

La franc-maçonnerie : mythe et réalité

Le Regard Libre N° 2 – Sébastien Oreiller 

Alors que les romans à la Dan Brown fleurissent et que les théories du complot s’enracinent de plus en plus chaque jour, qu’en est-il vraiment de cette organisation discrète de la franc-maçonnerie ? Certes, le voile qui couvre cette institution est opaque, mais il est possible de s’en faire une idée assez précise.

Afin d’en donner la meilleure définition possible, voici comment la Grande Loge Suisse Alpina se définit elle-même : « La Franc-maçonnerie est d’abord une alliance d’hommes libres de toutes confessions et de tous horizons sociaux. Basée sur la tolérance, elle est riche de cette diversité confessionnelle et sociale qui s’épanouit dans une direction commune: celle de suivre chacun le chemin de perfectionnement qui lui est propre. Pour cela, la Franc-maçonnerie fournit à chaque personne qui veut travailler sur soi-même les outils du Symbolisme et de la Tradition. Elle est une école de vie et un enseignement de conduite morale où chacun peut s’épanouir par lui-même. » Continuer la lecture de La franc-maçonnerie : mythe et réalité

Vivre seul en réaction à une société que l’on n’aime pas ?

Le Regard Libre N° 2 – SoΦiamica

Je suis en ce moment-même sur la terrasse d’un café à Lausanne : deux vieilles dames discutent « du bon temps » à ma droite ; deux jeunes filles se plaignent de leur situation amoureuse à ma gauche ; une autre encore, à peine assise, se met à appeler quelqu’un « pour discuter », en attendant son véritable rendez-vous. Continuer la lecture de Vivre seul en réaction à une société que l’on n’aime pas ?

Vivent les langues mortes ! – Conversation avec Albert Praz

Le Regard Libre N° 2 – Jonas Follonier

L’enseignement du latin et du grec ancien est de plus en plus menacé. Il y a cinquante ans, le latin était un sentier emprunté par la majorité des collégiens, et une bonne partie d’entre eux faisaient du grec. Aujourd’hui, au Lycée-Collège des Creusets, à Sion, il n’y a en principe qu’une classe de latinistes par degré de la deuxième à la cinquième année, et la moitié d’entre eux étudient le grec ancien – soit une cinquantaine d’élèves en tout.

Pour discuter de ce sujet qui nous tient à cœur et qui nous concerne personnellement, Sarah D’Andrès et moi-même sommes allés voir la personnalité, l’expérience incarnée, l’homme aux mille anecdotes : notre ancien professeur de grec, aujourd’hui à la retraite, Albert Praz. Continuer la lecture de Vivent les langues mortes ! – Conversation avec Albert Praz

Le monde du journalisme face au changement

Le Regard Libre N° 2 – Jonas Follonier

Le journalisme est en phase de changement ; circonstances obligent. Le développement fulgurant des nouvelles technologies et des réseaux sociaux engendre la multiplication des informations, la rapidité de leur transmission et l’accès immédiat à l’actualité internationale.

Corollaire : la majorité de nos contemporains sont déjà au courant de l’actualité du jour une fois le soir venu. Que dire alors au journal télévisé ? Et, par-dessus cela encore, qu’écrire dans le journal du lendemain ?

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Un jour l’allemand disparaîtra-t-il du LCC ?

Le Regard Libre N° 1 – Florent Aymon 

L’allemand, cette langue considérée par beaucoup, et à tort, comme barbare et inutile, est critiquée ouvertement dans la partie francophone de la Suisse. Qu’en est-il de cette dernière, à ce jour, dans notre collège ?

L’allemand est très, trop, critiqué dans notre établissement. En effet, il n’est pas rare de voir des élèves s’exclamer par exemple : « Oh non, j’ai encore deux heures d’allemand cet après-midi, dont une heure de grammaire et une heure de littérature ! » On peut bien admettre que la littérature allemande n’est pas la branche favorite de la majorité des élèves ; mais de là à imaginer carrément sa suppression dans le programme gymnasial d’ici dix ans, cela est impensable ! Et pour plusieurs raisons : premièrement, le collège étant une école censée apporter une culture générale et non spécifique, comment pourrait-on étayer nos connaissances de la culture germanique sans cet apport nécessaire que donne la littérature ? Deuxièmement, l’Allemagne est trop souvent considérée uniquement comme un pays ayant déclenché et perdu les deux guerres, mais non comme porteuse de ces célèbres écrivains ou compositeurs, à l’instar de Goethe, Schiller ou Beethoven, qui ne méritent que d’être connus. Et – soit dit en passant – c’est elle aujourd’hui qui sauve l’Europe financièrement. Continuer la lecture de Un jour l’allemand disparaîtra-t-il du LCC ?

Le français au collège

 Le Regard Libre N° 1 – V. Sirine

Le présent article ne vise aucun professeur, ni qui que ce soit. S’il cherchait à le faire, il se limiterait à une bordée d’injures bien senties. Est-il besoin de justifier à un maraud fieffé la bastonnade qu’il mérite ? Non. Bats-le. Si tu ne sais pas pourquoi, lui le saura.

Le présent article ne tend guère plus, malgré les apparences – qui ne sont que celles de l’art à la petite semaine –, à exciter un troupeau d’étudiants (professionnels, s’entend) à une vindicte sanglante, qui n’aurait pas sa place dans un article aussi bienveillant.

Quelque chose mériterait cependant qu’on lui témoigne plus d’égards. Il s’agit d’une branche dont le nom, bien usé avec ses comparses de cellule derrière les grilles rouillées de nos horaires, ne semble guère briller d’un légitime éclat tricolore, sinon fleurdelisé : le français. L’enseignement de cette branche ne fait plus rêver que les demoiselles Bovary. Continuer la lecture de Le français au collège

« Le docteur Jivago » de David Lean

Le Regard Libre N° 1 – Sébastien Oreiller

Récompensé par l’Oscar du Meilleur Film, Le Docteur Jivago, réalisé par David Lean et produit par Carlo Ponti, est une adaptation du roman de Boris Pasternark (1890-1960), sorti en salles cinq ans après la mort de l’auteur, en pleine guerre froide. Censuré par le gouvernement soviétique, le roman, dont l’action s’étend sur près de trente ans, dresse le portrait de la Russie depuis la Révolution d’Octobre jusqu’à la période stalinienne.

Le film s’ouvre sur la rencontre, en plein chantier soviétique, du général Yevgraf Jivago, et d’une jeune ouvrière qui ne serait autre que sa nièce, la fille du poète Youri Jivago et de son amante Larissa. Devant la perplexité de la jeune femme, le général lui raconte l’histoire du docteur Jivago, né en Sibérie avant d’être recueilli à la mort de sa mère par des amis issus de la bourgeoisie moscovite. C’est dans cette cité qu’il étudie la médecine avant d’épouser son amie de longue date, Tonia. Continuer la lecture de « Le docteur Jivago » de David Lean

La philosophie a-t-elle encore une place dans notre société ?

Le Regard Libre N° 1 – SoΦiamica

Platon, il y a quelques millénaires de cela, disait avec brio : « la philosophie commence avec l’étonnement ». Il comprenait ainsi qu’en observant le monde qui nous entoure, l’homme, par nature avide de savoir, se mettait à philosopher, ou en d’autres termes à réfléchir sur la vie.

Et pourtant, environ vingt-cinq siècles plus tard, son idéologie semble avoir totalement disparu : l’homme est tout simplement blasé par son quotidien et a perdu l’étincelle d’admiration qui animait ses yeux. Chaque matin, il se lève, il se rend à son travail, passe difficilement sa journée en gémissant face au labeur, rentre chez lui et s’endort finalement, fatigué par une désolante habitude. De plus, il a plongé dans un rationalisme extrême : le dernier courant de pensées en date n’est autre que la philosophie analytique, soit un affreux dédale absurde de logique pure, de calculs et de fonctions, qui a pour différentes variables et inconnues des sentiments ou des passions, eux-mêmes par définition irrationnels. La caricature peut paraître forte, mais elle retranscrit hélas assez fidèlement la mentalité actuelle. Continuer la lecture de La philosophie a-t-elle encore une place dans notre société ?