Tous les articles par Le Regard Libre

Revue mensuelle, depuis 2014 Pour la culture et le débat d’idées

Regard libre sur le Valais

Le Regard Libre N° 5 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Monsieur Pascal Couchepin, conseiller fédéral de 1998 à 2009, a très aimablement accepté de répondre aux questions du Regard Libre, et nous a donc reçus chez lui, dans le jardin de sa maison à Martigny.

S. O. et J. F. : Tout d’abord, un grand merci pour le temps consacré à cet entretien qui nous tenait à cœur. Cela fait maintenant cinq ans que vous n’êtes plus conseiller fédéral. Etes-vous toujours autant passionné par la politique, ou est-ce que votre regard sur celle-ci a changé ?

Pascal Couchepin : Le regard s’est détendu. Il est peut-être plus critique, pour des raisons objectives sans doute, par le fait même que je ne suis plus au cœur de la politique, par exemple. En tout cas, les problèmes actuels sont plus difficiles à résoudre. Le corps électoral réagit par vagues d’émotions.

Si l’on se replonge dans le passé de notre canton, force est de constater que les mouvements radicaux et libéraux de la Suisse moderne, devenus rapidement importants dans le Bas-Valais, ont été à l’origine d’une dynamique de modernisation, d’industrialisation et de socialisation du Vieux Pays. Selon vous, quelles ont été les grandes étapes qui ont érigé le Valais moderne ?

Le Valais fut conquis par les Romains vers 50 après J.-C. Puis, l’époque savoyarde influença fortement le Bas-Valais. Rappelons que le Prince-Evêque fut nommé Comte du Valais ; le Bas-Valais constituait un pays sujet. Si l’on regarde le patrimoine architectural de ce dernier, il est plus modeste que celui de Loèche, de Rarogne ou encore de la Vallée de Conches, ce qui témoigne de la prospérité du Haut. Continuer la lecture de Regard libre sur le Valais

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Un étudiant sédunois romancier et romantique

Le Regard Libre N° 5 – Pierre Loretan

Nous interrogeons aujourd’hui Vincent Gauye, qui présentait il y a quelque temps de cela son premier ouvrage au Salon du livre. Depuis toujours fasciné par les mots, plusieurs fois primé, il nous livre sa vision de l’écriture et de la finalité d’une publication.

Pierre Loretan : Parlez-nous en peu de vous pour commencer.

Vincent Gauye : Comme déjà dit plus haut, je m’appelle Vincent Gauye et je vis à Sion. Il est évident que le contexte historique et culturel de cette ancienne cité médiévale n’est pas sans m’influencer et il est même parfois difficile de la clarifier face à cette pléthore d’éléments susceptibles de m’intéresser ! J’ai donc très vite couché des mots qui cumulés à des règles de grammaires ont fait naître des phrases. (rires)

Abordons la question du Règne Tourmenté Des Douzièmes Harald, qui est votre premier ouvrage publié. Si vous deviez le résumer en quelques mots ?

Hélas ! il m’est difficile d’accomplir cet exercice ! En effet, il y a tant d’éléments qui s’entremêlent pour former le tissu narratif ! Je vais donc en donner la couleur, ce qui me semble être plus aisé. Il s’agit avant tout d’une fiction, ce qui ne lui empêche pas d’avoir une multitude de liens avec une réalité historique. Il s’inscrit dans une époque médiévale, néogothique, qui fait donc apparaître une société sous la houlette d’un Roy et d’un ordre hiérarchique. Le personnage principal est un Duc. Le lecteur évolue donc dans ce contexte d’honneur, de vertus et de grandeur propre à ces temps hélas achevés ! Enrichi d’éléments d’architecture historique, le récit conte un royaume puissant qui se trouve subitement déstabilisé. Continuer la lecture de Un étudiant sédunois romancier et romantique

Voyage au Tibet

Le Regard Libre N° 5 – Cassandre Villar

Quelques mois après le retour d’un voyage bouleversant, une rétrospection s’impose. Cet été, les étudiants et accompagnants de l’Association Tête Au Cœur ont pris leur envol vers des terres lointaines et pourtant si proches. En effet, les paysages comme le mode de vie rustique du Tibet rappelaient le Valais de nos grands-parents. Plus qu’une impression de retour sur nos origines, il s’agissait également de redécouvrir la spiritualité à la base de notre culture. Nous avons eu l’occasion de suivre les pas du Valaisan Bhx Maurice Tornay et ainsi de découvrir, au cas où nous l’aurions oublié, que la religion chrétienne n’est pas seulement un système dogmatique et moralisateur ou, pire encore, naïvement angélique, comme le montre malheureusement parfois certains prêtres ou religieux en Occident, mais d’avantage un ensemble de valeurs humaines et un questionnement de la conscience.

Croyant, athée ou agnostique, chaque étudiant a su trouver dans ce voyage un lieu d’ouverture au monde, à une réalité différente de la nôtre et à un questionnement personnel. L’assemblage de l’effort physique engagé durant l’ascension des sommets et de la prise de conscience face à la réalité des Tibétains persécutés par le communisme chinois fut l’occasion pour chacun d’entre nous de grandir en maturité. Continuer la lecture de Voyage au Tibet

«Marine Le Pen vous dit MERCI!»

Le Regard Libre N° 5 – Jonas Follonier

On ne peut qu’espérer que le succès du Front national aux élections européennes déclenche une puissante dynamique d’auto-questionnement de la part des différents partis politiques français, surtout PS et UMP. Cela fait maintenant plusieurs décennies que nous assistons en France au creusement d’un intervalle de plus en plus significatif entre les élites politiques et la population.

Tout ce que le peuple ne peut plus supporter – en particulier les dérives du néocapitalisme financier et les abus du libertarisme soixante-huitard – les partis traditionnels n’en tiennent pas compte, bien trop bien dans leur bain constant: à la gauche dure, un anti-capitalisme purement et naïvement économique qui ne tient pas compte des exagérations de la gauche bobo-libertaire; à la droite dite «classique», un «conservatisme libéral» qui leur fait s’exprimer sur des problèmes de société (la laïcité ou la sécurité par exemple) mais qui se satisfait d’un libéralisme exclusivement financier et copieusement critiqué par les citoyens.

Tout cela, Jean-François Kahn, journaliste et essayiste, le dénonce et le développe dans son dernier ouvrage, Marine Le Pen vous dit MERCI!. Il y explique notamment en quoi les abandons respectifs des différents partis ont érigé un escalier au parti lepéniste; un escalier roulant, puisque le FN n’avait presque pas besoin de s’avancer pour gagner!

Personne ne présentait une véritable alternative à ce ridicule bipolarisme UMP-PS, une alternative qui eût une vision complète et cohérente. Personne ne s’intéressait aux maux des citoyens; on leur expliquait que l’insécurité n’existait pas, qu’il y avait seulement un sentiment d’insécurité; l’intelligentsia politico-médiatique les traitaient en somme d’imbéciles. Car c’est bien la gauche petite-bourgeoise qui est la grande responsable de ce qui devait arriver, à savoir 25% de voix à la voie frontiste pour les élections européennes.

Cette problématique gauloise est passionnante en soi; elle l’est encore plus pour nous, Suisses, qui nous intéressons à la politique française mais ne nous trouvons pas dans un aussi piètre état que nos voisins. Cette analyse peut donc nous servir d’avertissement, d’anticipation, de préparation à une catastrophe qui pourrait bien aussi arriver dans nos contrées. Que nos partis (re)trouvent une ligne sociétale et socio-économique, voilà mon souhait! Et puisse en particulier quelque mouvement éclairé sortir de son sommeil, afin qu’il redirige l’homme vers la responsabilité et le sens du bien commun.

Voici, pour vous faire goûter au style tordant et à la réflexion excellente de Jean-François Kahn, un florilège de son dernier essai Marine Le Pen vous dit MERCI!:

«Le changement, c’est maintenant. Le changement du changement, c’est après.»

«Pourquoi [Hollande] a-t-il voulu être président? Pour être président.»

«Marine Le Pen chauve-souris clame d’un côté: écoutez ce que je dis sur l’immigration et l’insécurité, je suis plus à droite que l’UMP, voyez mes poils; et, de l’autre: écoutez ce que je dis sur l’Etat, le social, la mondialisation néolibérale, je suis plus à gauche que le PS, voyez mes ailes!»

«[Hollande] se rengorge et (applaudi en cela par sa petite cour) proclame à la camarade cantonade: « Je suis social-démocrate. Je veux prendre exemple sur eux. Ce qui a échoué partout ailleurs, je vais le faire- » L’héritière n’avait plus qu’à engranger. Inespéré. La soupe lui était servie toute chaude. Ave César, ceux par qui tu vas mourir te saluent!»

«Hollande, hyperprésident mais de carton-pâte, fait du Sarkozy sans la folie ni le talent.»

«Comment, en outre, a-t-on pu lier dans le même paquet cadeau – c’est à se les mordre! – d’un côté, les mesures de restriction de dépenses publiques et de l’autre, les allégements d’impôts et de charges en faveur des entreprises?»

«Des socialistes, qui sont au socialisme ce que DSK est à l’abstinence et qui ont remplacé L’internationale par Viens poupoule!, tombent le masque et redécouvrent les vertus d’Antoine Pinay; sur Internet, les réseaux sociaux trouvent peu à peu leur équilibre entre haine de l’autre et détestation de soi.»

«On fait obsessionnellement la chasse aux expressions incorrectement déviantes, mais interdire la mendicité dans les wagons du métro serait le début du totalitarisme.»

«Leur vote a donc, d’abord, la signification d’un crachat. D’un rot de dégoût.»

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © France Info

L’amitié chez les antiques philosophes

Le Regard Libre N° 4 – SOΦIAMICA

« Ami » ou « amitié », des termes que nous utilisons quotidiennement sans toutefois avoir conscience de l’immensité que cela peut représenter : qui de nous en a-t-il déjà ressenti la profondeur ?

Un ami, c’est tout d’abord une relation recherchée et choisie, à la différence des membres d’une famille ou d’un cadre social prédéfini ; il n’y a aucune optique de gain ou de profit matériel : le plaisir qu’on ressent se justifie par lui-même. On y assouvit deux des plus grands besoins humains : aimer, et peut-être avant tout, être aimé. L’amitié semble alors une des plus grandes joies ou consolations de l’existence, si importante qu’elle devient parfois un sens, un soutien pour affronter les rudesses de la vie.

Il est intéressant d’observer la conception qu’en avaient les Anciens, dont nous gardons étonnement les mêmes préceptes, malgré les années ou plutôt les millénaires qui nous séparent. Continuer la lecture de L’amitié chez les antiques philosophes

Faut-il être lu pour écrire ?

Le Regard Libre N° 4 – Sébastien Oreiller

Voici une entrevue sur le thème de l’écriture, réalisée auprès d’un jeune écrivain qui, par modestie, a tenu à garder l’anonymat.

Sébastien Oreiller : Cher ami écrivain, un grand merci d’avoir accepté cet entretien. Tout d’abord, pourquoi cet anonymat ?

Pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il ne serait pas très décent de s’afficher publiquement lorsque l’on n’est qu’un néophyte dans le monde de la littérature, et encore… Deuxièmement, parce qu’il est toujours difficile de parler de ce que l’on écrit, comme l’avait déjà relevé Corinna Bille, et que l’anonymat permet une franchise et une liberté de cœur impossibles à découvert. Continuer la lecture de Faut-il être lu pour écrire ?

La noblesse de la transmission

Le Regard Libre N° 4 – Jonas Follonier

Nous arrivons donc à la dernière édition de cette année scolaire. Quel plaisir avons-nous eu que de mettre par écrit des idées et des intérêts qui nous étaient chers !

Pour beaucoup de spécialistes, un des comportements propres à l’Homme est sa capacité de transmettre plus qu’il ne reçoit ou innove, contrairement aux simples animaux, chez qui l’apprentissage d’une innovation individuelle se perd au bout de quelques générations ; ils possèdent donc toujours les mêmes mœurs. La présence de la culture, cette capacité de transmettre, chez l’espèce humaine et elle seule, résulte d’un phénomène des plus impressionnants qu’on ait vus sur terre : l’émergence subite, depuis quelques millénaires, d’une capacité culturelle dépassant le seuil de base auquel nous resterions toujours, comme dans certaines tribus jusqu’il n’y a pas si longtemps. Continuer la lecture de La noblesse de la transmission

Le grand Charles a nonante ans

Le Regard Libre N° 4 – Jonas Follonier

Ce mois-ci marque l’anniversaire d’un des plus grands noms que la chanson française ait jamais connus ; Charles, le grand Charles, a fêté ses nonante ans le 22 mai 2014. Nonante ans, et toujours toutes ses dents !

C’est cela même qui caractérise la teneur incroyable de ce phénomène : il est toujours là. A l’instar de Johnny Hallyday, Aznavour fascine par sa longévité imperturbable, son amour pour la vie et pour la passion qui l’anime, cette fameuse passion plus forte que la mort. Or contrairement à Johnny, son jeune disciple septuagénaire, Charles a maintenu durant toute sa carrière une ligne qui lui est propre – les deux situations sont admirables, il suffit d’en retenir le positif : la curiosité artistique et l’évolution chez l’un, la constance et l’authenticité chez l’autre. Continuer la lecture de Le grand Charles a nonante ans

L’importance de la durée

Le Regard Libre N° 3 – Jonas Follonier

Le 20 mars dernier, Ovide, poète latin d’excellence, aurait eu 2057 ans – un âge relativement avancé. Sa poésie, quant à elle, n’a pas pris une ride.

En m’imprégnant, un soir parmi d’autres, de cette merveilleuse traduction des fameuses Métamorphoses faite en alexandrin par M. Desaintange, je ne peux m’empêcher de ressentir en moi une grande admiration, tout d’abord pour cette esthétique, mais aussi pour cette pulsion d’immortalité, de génie soucieux de la postérité, à chaque fois que j’en relis les premiers vers :

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L’intégration dans l’Antiquité

Le Regard Libre N° 3 – Sébastien Oreiller

Il est à déplorer, à l’issue d’une enrichissante semaine Babel pourtant promue chantre du langage unificateur, que la notion même d’intégration ait été privée d’exégèse. Tant de conférences, d’étymologie si peu. « O tempora, o mores ! » Comment les Grecs et les Romains auraient-ils jugé notre manière d’appréhender la cohésion sociale ? Suspecte sans doute. Petite anamnèse : le mot intégration dérive directement du verbe latin integro, réparer, renouveler. Ici, rien à voir avec les candides concepts de pédagogues débonnaires : dès le départ, nous avons affaire à une sémantique médicale, presque chirurgicale. Pour les Anciens, il n’y a point d’intégration sans fracture.

Commençons par les Hellènes. Le Manuel des Etudes Grecques et Latines, de L. Laurand, véritable référence en la matière, nous indique de prime abord que « tous les habitants d’Athènes et de l’Attique ne sont pas citoyens ». Ne peuvent prétendre à cet honneur que « les descendants des anciennes familles attiques ou ceux qui ont obtenu le droit de cité d’Athènes ». Les autres sont les métèques, des hommes libres sans droits civiques, et bien sûr les indispensables esclaves ; quant aux femmes, elles n’avaient pas de rôle politique mais transmettaient la citoyenneté. Continuer la lecture de L’intégration dans l’Antiquité