Tous les articles par Le Regard Libre

Revue mensuelle, depuis 2014 Pour la culture et le débat d’idées

« Marine Le Pen vous dit MERCI ! »

Le Regard Libre N° 5 – Jonas Follonier

On ne peut qu’espérer que le succès du Front national aux élections européennes déclenche une puissante dynamique d’auto-questionnement de la part des différents partis politiques français, surtout PS et UMP. Cela fait maintenant plusieurs décennies que nous assistons en France au creusement d’un intervalle de plus en plus significatif entre les élites politiques et la population.

Tout ce que le peuple ne peut plus supporter – en particulier les dérives du néocapitalisme financier et les abus du libertarisme soixante-huitard – les partis traditionnels n’en tiennent pas compte, bien trop bien dans leur bain constant : à la gauche dure, un anti-capitalisme purement et naïvement économique qui ne tient pas compte des exagérations de la gauche bobo-libertaire ; à la droite dite « classique », un « conservatisme libéral » qui leur fait s’exprimer sur des problèmes sociétaux (la laïcité ou la sécurité par exemple) mais qui se satisfait d’un libéralisme exclusivement financier et copieusement critiqué par les citoyens.

Tout cela, Jean-François Kahn, journaliste et essayiste, le dénonce et le développe dans son dernier ouvrage, Marine Le Pen vous dit MERCI !. Il y explique notamment en quoi les abandons respectifs des différents partis ont érigé un escalier au parti lepéniste ; un escalier roulant, puisque le FN n’avait presque pas besoin de s’avancer pour gagner ! Continuer la lecture de « Marine Le Pen vous dit MERCI ! »

Non, les hommes ne sont pas égaux. Et encore moins égaux aux femmes.

Le Regard Libre N° 5 – Jonas Follonier

Non, les hommes ne sont pas égaux. Et encore moins égaux aux femmes. En effet, poser une telle égalité, c’est parler d’une égalité stricte, d’une parité quantitative. Les êtres humains ont les mêmes droits, certes, mais ils ne sont pas égaux, mesurables, interchangeables, ils ne se valent pas : chaque homme a une individualité propre. Un homme sera toujours différent d’un autre, et encore plus d’une femme !

Humains et donc raisonnés que nous sommes devrions utiliser le mot « égalité » de façon analogue et non exclusive pour éviter des confusions ridicules, à l’instar de lois pathétiques – portées par la gauche moderne – obligeant un pourcentage de 40% de femmes dans les conseils d’administration. Ces dernières bénéficient non plus de leurs compétences, mais de leur prétendue égalité aux hommes, de « leur droit à être autant ». A partir de ce calcul, exigeons aussi un quota d’hommes dans les salons de coiffure… Continuer la lecture de Non, les hommes ne sont pas égaux. Et encore moins égaux aux femmes.

L’amitié chez les antiques philosophes

Le Regard Libre N° 4 – SOΦIAMICA

« Ami » ou « amitié », des termes que nous utilisons quotidiennement sans toutefois avoir conscience de l’immensité que cela peut représenter : qui de nous en a-t-il déjà ressenti la profondeur ?

Un ami, c’est tout d’abord une relation recherchée et choisie, à la différence des membres d’une famille ou d’un cadre social prédéfini ; il n’y a aucune optique de gain ou de profit matériel : le plaisir qu’on ressent se justifie par lui-même. On y assouvit deux des plus grands besoins humains : aimer, et peut-être avant tout, être aimé. L’amitié semble alors une des plus grandes joies ou consolations de l’existence, si importante qu’elle devient parfois un sens, un soutien pour affronter les rudesses de la vie.

Il est intéressant d’observer la conception qu’en avaient les Anciens, dont nous gardons étonnement les mêmes préceptes, malgré les années ou plutôt les millénaires qui nous séparent. Continuer la lecture de L’amitié chez les antiques philosophes

Faut-il être lu pour écrire ?

Le Regard Libre N° 4 – Sébastien Oreiller

Voici une entrevue sur le thème de l’écriture, réalisée auprès d’un jeune écrivain qui, par modestie, a tenu à garder l’anonymat.

Sébastien Oreiller : Cher ami écrivain, un grand merci d’avoir accepté cet entretien. Tout d’abord, pourquoi cet anonymat ?

Pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il ne serait pas très décent de s’afficher publiquement lorsque l’on n’est qu’un néophyte dans le monde de la littérature, et encore… Deuxièmement, parce qu’il est toujours difficile de parler de ce que l’on écrit, comme l’avait déjà relevé Corinna Bille, et que l’anonymat permet une franchise et une liberté de cœur impossibles à découvert. Continuer la lecture de Faut-il être lu pour écrire ?

La noblesse de la transmission

Le Regard Libre N° 4 – Jonas Follonier

Nous arrivons donc à la dernière édition de cette année scolaire. Quel plaisir avons-nous eu que de mettre par écrit des idées et des intérêts qui nous étaient chers !

Pour beaucoup de spécialistes, un des comportements propres à l’Homme est sa capacité de transmettre plus qu’il ne reçoit ou innove, contrairement aux simples animaux, chez qui l’apprentissage d’une innovation individuelle se perd au bout de quelques générations ; ils possèdent donc toujours les mêmes mœurs. La présence de la culture, cette capacité de transmettre, chez l’espèce humaine et elle seule, résulte d’un phénomène des plus impressionnants qu’on ait vus sur terre : l’émergence subite, depuis quelques millénaires, d’une capacité culturelle dépassant le seuil de base auquel nous resterions toujours, comme dans certaines tribus jusqu’il n’y a pas si longtemps. Continuer la lecture de La noblesse de la transmission

Le grand Charles a nonante ans

Le Regard Libre N° 4 – Jonas Follonier

Ce mois-ci marque l’anniversaire d’un des plus grands noms que la chanson française ait jamais connus ; Charles, le grand Charles, a fêté ses nonante ans le 22 mai 2014. Nonante ans, et toujours toutes ses dents !

C’est cela même qui caractérise la teneur incroyable de ce phénomène : il est toujours là. A l’instar de Johnny Hallyday, Aznavour fascine par sa longévité imperturbable, son amour pour la vie et pour la passion qui l’anime, cette fameuse passion plus forte que la mort. Or contrairement à Johnny, son jeune disciple septuagénaire, Charles a maintenu durant toute sa carrière une ligne qui lui est propre – les deux situations sont admirables, il suffit d’en retenir le positif : la curiosité artistique et l’évolution chez l’un, la constance et l’authenticité chez l’autre. Continuer la lecture de Le grand Charles a nonante ans

L’importance de la durée

Le Regard Libre N° 3 – Jonas Follonier

Le 20 mars dernier, Ovide, poète latin d’excellence, aurait eu 2057 ans – un âge relativement avancé. Sa poésie, quant à elle, n’a pas pris une ride.

En m’imprégnant, un soir parmi d’autres, de cette merveilleuse traduction des fameuses Métamorphoses faite en alexandrin par M. Desaintange, je ne peux m’empêcher de ressentir en moi une grande admiration, tout d’abord pour cette esthétique, mais aussi pour cette pulsion d’immortalité, de génie soucieux de la postérité, à chaque fois que j’en relis les premiers vers :

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L’intégration dans l’Antiquité

Le Regard Libre N° 3 – Sébastien Oreiller

Il est à déplorer, à l’issue d’une enrichissante semaine Babel pourtant promue chantre du langage unificateur, que la notion même d’intégration ait été privée d’exégèse. Tant de conférences, d’étymologie si peu. « O tempora, o mores ! » Comment les Grecs et les Romains auraient-ils jugé notre manière d’appréhender la cohésion sociale ? Suspecte sans doute. Petite anamnèse : le mot intégration dérive directement du verbe latin integro, réparer, renouveler. Ici, rien à voir avec les candides concepts de pédagogues débonnaires : dès le départ, nous avons affaire à une sémantique médicale, presque chirurgicale. Pour les Anciens, il n’y a point d’intégration sans fracture.

Commençons par les Hellènes. Le Manuel des Etudes Grecques et Latines, de L. Laurand, véritable référence en la matière, nous indique de prime abord que « tous les habitants d’Athènes et de l’Attique ne sont pas citoyens ». Ne peuvent prétendre à cet honneur que « les descendants des anciennes familles attiques ou ceux qui ont obtenu le droit de cité d’Athènes ». Les autres sont les métèques, des hommes libres sans droits civiques, et bien sûr les indispensables esclaves ; quant aux femmes, elles n’avaient pas de rôle politique mais transmettaient la citoyenneté. Continuer la lecture de L’intégration dans l’Antiquité

Royalisme, la question française

Le Regard Libre N° 3 – Vincent Gauye

Qui n’a jamais rêvé aux grandeurs disparues de l’Ancien Régime ? Qui n’a jamais imaginé ce que serait la France aujourd’hui si un monarque la régissait ? Mais quel roi ? Qui aujourd’hui peut se déclarer souverain légitime du trône de France ? A les entendre, certains clameraient le nom du Comte de Paris. D’autres prôneraient un gentilhomme espagnol. Mais qu’en est-il réellement ? Il convient désormais de revivre les événements qui ont ébranlé la France au lendemain de la Révolution Française.

Nous sommes en 1830. Un monarque absolu, Charles X, régit la France. Il succède au « roi fauteuil », Louis XVIII. Tous deux frères de Louis XVI, ils incarnent la continuité de la dynastie des Bourbons qui succède aux Valois. J’ai tantôt caractérisé le régime de Charles X d’absolu. En effet, son royalisme conservateur l’appelait à régner selon les principes omnipotents de son illustrissime ancêtre Louis XIV. « J’aimerais mieux scier du bois que de régner à la façon du Roy d’Angleterre. » disait-il. Continuer la lecture de Royalisme, la question française

«Le rossignol et l’épervier»

Le Regard Libre N° 3 – SOΦIAMICA

« Un rossignol perché sur un chêne élevé chantait à son ordinaire. Un épervier l’aperçut, et, comme il manquait de nourriture, il fondit sur lui et le lia. Se voyant près de mourir, le rossignol le pria de le laisser aller, alléguant qu’il n’était pas capable de remplir à lui seul le ventre d’un épervier, que celui-ci devait, s’il avait besoin de nourriture, s’attaquer à des oiseaux plus gros. L’épervier répliqua : « Mais je serais stupide, si je lâchais la pâture que je tiens pour courir après ce qui n’est pas encore en vue. » »

Cette fable d’Esope, grand fabuliste grec et piètre fabulateur, vu la justesse de ces propos, donne à réfléchir : qui parmi nous se serait contenté de la petite proie ? Continuer la lecture de «Le rossignol et l’épervier»