Archives pour la catégorie Cinéma

« Normandie Nue »

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Curieusement, à la sortie du cinéma Studio de Neuchâtel, sous la pluie presque normande, piquante et froide, les mots du poète belge Emile Verhaeren clapotaient dans la tête comme un rayon de soleil poétique réchauffant la gouille triste de l’arrêt de bus :

« Je marche avec l’orgueil d’aimer l’air et la terre »

Essentiel, simple et direct comme les thèmes qu’aborde Philippe Le Guay dans Normandie Nue. Ce vers du poème Un matin colle parfaitement au propos du film. Il fait assurément écho à l’amour qu’ont les habitants du village de Mêle-sur-Sarthe pour leurs contrées. Celui que le réalisateur – aussi de l’excellente comédie Les femmes du 6ème étage – a filmé entourant de son baume François Cluzet, interprétant le maire du village. Parce que oui ! certains agriculteurs qui apparaissent à l’écran, à l’image de la famille Roguet, ne sont point acteurs et exercent quotidiennement, avec fierté, le plus vieux métier du monde. Oui, il y en a un deuxième. Cette présence de vrais paysans au milieu des acteurs est inédite.

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« Downsizing », où l’homme raccourci laisse place au film allongé

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Un scientifique norvégien réussit une expérience qui va changer la donne au niveau mondial : il est désormais possible de réduire un être humain à une taille d’environ douze centimètres. L’opération de raccourcissement (downsizing) n’a presque aucun risque, mais surtout, c’est une occasion en or pour sauver la planète ! Si l’humanité fait le choix du rétrécissement, elle fait le choix d’une baisse drastique du nombre de déchets et résout le problème de la surpopulation.

Inutile de dire que ce n’est pas l’argument écologique qui va convaincre un nombre important de citoyens de se lancer dans cette métamorphose irréversible. Au sein de cette nouvelle société des petits hommes, un dollar en équivaut à mille dans le monde normal. C’est l’univers de tous les possibles, et d’une espérance de vie attrayante. Par cette idée remarquable, le nouveau film d’Alexander Payne se comprend comme une critique du mode de vie américain et de la consommation, qui se reproduisent dans le monde miniature. Lire la suite « Downsizing », où l’homme raccourci laisse place au film allongé

« The Florida Project », un contraste entre la joie des enfants et la réalité sociale américaine

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Je vois quand les adultes ont envie de pleurer. »

C’est l’été. Moonee et Scooty, deux enfants espiègles, courent, s’appellent de loin en criant et rient de bon cœur. Ils vivent au Magic Castle Motel, à proximité du Disney World en Floride. Le décor donne plutôt à rêver : le ciel est bleu, les bâtiments pastel. Mais voici que les enfants commencent à parler et surgit une vulgarité aussi drôle qu’étonnante. Les « fuck » rythment les phrases de la petite fille de six ans, et son ami ne semble point troublé à la suivre dans ce langage. Ils aperçoivent une voiture bleue au Futureland, le motel voisin. L’occasion est idéale pour faire comprendre au nouveau locataire que les enfants veulent s’amuser, sans limites. Ils crachent aux gros mollards sur l’auto.

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« Les Heures sombres », de Joe Wright

Les mercredis du cinéma – Marina De Toro

10 mai 1940, Winston Churchill devient le Premier Ministre du Royaume-Uni. Mais il n’est pas le premier choix, et l’heure est grave, car l’Europe est en guerre. C’est un Gary Oldman métamorphosé qui a eu la tâche exigeante, mais très réussie, d’endosser le rôle de l’indomptable et déterminé Churchill. L’acteur rend un hommage inimaginable à cette figure à la fois forte, mais aussi en proie à des moments de faiblesse et de vulnérabilité que le film met en scène avec brio.

En effet, le réalisateur Joe Wright a su insister sur le fait que Churchill est aussi un homme qui demeure seul dans ses idées et ses actes. Personne ne le soutient en ce début mai 1940. Ces heures sombres sont esthétiquement présentes, la plupart des scènes politiques se déroule en intérieur, avec des lumières tamisées et dans des pièces étroites. Du côté privé, Churchill se trouve dans de grands espaces avec de hautes fenêtres qui laissent généreusement le soleil illuminer le visage de ses proches. Lire la suite « Les Heures sombres », de Joe Wright

« Brooklyn Yiddish », une photographie sublime épouse l’histoire d’un veuf

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Les rabbins ont-ils droit de regard sur tout ? »

Menashe a l’air perdu. Il marche dans son quartier sans sembler savoir où il va. Pourtant, il est en retard, comme d’habitude. A peine arrivé à l’épicerie kasher où il travaille, il reçoit une remarque de son supérieur. Par ailleurs, Menashe est veuf depuis une année. La garde de son fils unique, Rieven, a été confiée au frère de sa défunte épouse, jusqu’à ce qu’il ne se trouve une nouvelle femme. Seulement, il n’est pas très désireux de se marier. Ce qui compte pour lui, c’est son fils. Miséricordieux, le rabbin lui accorde de pouvoir reprendre Rieven chez lui pendant une semaine. Le père se donnera la plus grande peine pour prouver que lui et l’enfant peuvent être heureux.

Une histoire touchante

Joshua Z. Weinstein a plongé dans sa propre judéité pour donner un aperçu de la vie dans un quartier juif. Si Brooklyn Yiddish rend parfaitement compte de l’atmosphère régnant au sein de la communauté hassidique de Brooklyn, il offre en réalité beaucoup plus. L’histoire raconte l’amour aussi banal qu’immense de l’amour d’un père pour son fils. Le père est certes très maladroit, néanmoins le petit n’a d’yeux que pour lui.

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« Le Grand Jeu » et son grand ennui

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le poker, c’est de l’habileté. »

Molly Bloom descend la piste avec force et détermination. Dès son plus âge, elle est poussée par son père à devenir une championne de ski de bosses. A douze ans, ses espoirs comme son dos se brisent. Pourtant, malgré la recommandation des médecins à cesser la pratique sportive de haut niveau, elle s’y relance à corps perdu un an après son opération. A deux doigts des jeux olympiques, un nouvel accident change sa vie. Désormais incapable de sport, elle part à Los Angeles pour des études de droit. Entretemps, le père autrefois adoré s’est détourné de sa fille, amer.

Nouvelle ville, nouvelle vie. L’ancienne skieuse gagne un peu d’argent dans un bar guindé. Elle y rencontre un pulsionnel homme d’affaire. Cupide de s’offrir une vie plus aisée, elle devient tant son assistante que sa servante. Là, elle est appelée à organiser les parties de poker de son patron, où se rend toute la jet set du jeu. Les rencontres foisonnent. De fil en aiguille, Molly Bloom, se fait un nom. Elle commence à organiser ses propres parties de poker illégales avec de richissimes joueurs. Le succès est grandissant, mais le malheur frappera.

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« Maria by Callas »

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Où cesse la parole, commence la musique, a dit l’admirable Hoffman. Et vraiment la musique est une chose trop grande pour pouvoir en parler mais, en revanche, on peut toujours la servir et toujours la respecter avec Humilité ; chanter pour moi n’est pas un acte d’Orgueil mais seulement une tentative d’élévation vers ces cieux où tout est harmonie. »

C’est en janvier 2013, seul dans sa chambre d’hôtel, que Tom Volf découvre Maria Callas, grande soprano du XXe siècle. A peine introduit à l’univers de l’opéra à ce moment-là, une véritable passion pour la chanteuse naît, lui inspirant un projet gargantuesque : faire parler « la » Callas, avec ses propres mots, et ouvrir au public la personne qu’il découvrit, différente à bien des égards de celle décrite par les médias de l’époque.

Après des années de recherches, récoltant des archives aux quatre coins de la planète, Tom Volf devient l’un des plus grands spécialistes de Maria Callas. Peu prompts à parler aux journalistes, les membres de la famille s’ouvrent pourtant à lui et lui confient des documents privés tels que lettres, photos ou films.

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