Archives de catégorie : Cinéma

Les « Flatliners » auraient mieux fait de rester dans leurs tombes

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« C’est un beau jour pour mourir. »

Sous l’impulsion de Courtney (Ellen Paige), étudiante en médecine, quatre de ses confrères la rejoignent et participent à une expérience pour le moins étrange ; ils provoquent sur leurs propres personnes un arrêt cardiaque, laissent le cœur arrêté quelques minutes… avant que les autres ne se chargent de ramener à la vie celui qui se sera laissé partir.

Après l’expérience, Courtney, Jamie (James Norton), Marlo (Nina Dobrev) et Sophia (Kiersey Clemons)  verront leurs capacités intellectuelles modifiées, différemment selon chacun. Seul Ray – interprété par Diego Luna –, méfiant, se garde de jouer avec la mort. A raison ? Peut-être, car des événements effrayants et surnaturels s’immisceront petit à petit dans la vie de ses amis, jusqu’au drame…

La nouvelle version du film Flatliners – L’expérience interdite constitue un échec sur différents plans. Tout d’abord, et c’est l’une des erreurs majeures de la distribution, le long-métrage est interdit aux moins de seize ans et apparaît sous la catégorie horreur. Certes, la bande-son mène à l’appréhension et parfois même à l’angoisse. Néanmoins, pas une once d’imagination, de nouveauté ou d’inattendu ne parvient à habiter les cent-dix minutes passées dans la salle de cinéma. Les amateurs de films d’horreur se retrouveront sans doute déçus. Continuer la lecture de Les « Flatliners » auraient mieux fait de rester dans leurs tombes

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« Jalouse », une Karin Viard en pleine crise de la cinquantaine

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Jalouse est le nouveau long-métrage de David et Stéphane Foenkinos. S’inscrivant dans la comédie dramatique française, il met en scène la tourmente d’une femme s’approchant de la ménopause. Comme le note Le Figaro, cette thématique commence à devenir récurrente en France : « De L’Aurore de Blandine Lenoir à Retour chez ma mère d’Eric Lavaine en passant par L’Avenir de Mia Hansen-Love, le cinéma hexagonal ne paraît pas réfractaire à l’idée de traiter de ce sujet a priori casse-gueule ».

Casse-geule ? Le terme est bien choisi par le quotidien de droite. En effet, si le sujet abordé est grave, et intéressant, il comporte un risque cinématographique du fait de son caractère unilatéral. C’est bien le désavantage de toutes les œuvres à tendance psychologique, qui étendent sur la durée d’un film une question touchant au caractère d’un des protagonistes. Les frères Foenkinos sont tombés à moitié dans le piège, soignant la distribution au détriment de l’intrigue. Explications. Continuer la lecture de « Jalouse », une Karin Viard en pleine crise de la cinquantaine

« La ligue des justiciers » : le bien triomphe du mal

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le film de Zack Snyder présente une composition hétéroclite de héros qui se battent pour sauver le monde. Ou du moins, à éviter de le voir sombrer dans l’obscurité. Face à Steppenwolf, alias le “super-vilan”, les affrontements s’enchaînent. Jusqu’ici, rien de déroutant. Le casting habituel. L’ennemi et ses combattants, qui se nourrissent de la peur d’autrui, semblent imbattables.

Mais, comme souvent, et c’est peut-être la limite de ce genre de films, le “bien”, incarné par Superman (mort au début du film mais qui, ressuscité, vient apporter son aide à la mission), Batman, Wonder Woman, Aquaman, Flash et Cyborg, finit par triompher du mal. Exprimant au passage, peut-être de façon involontaire, une suite de clichés bien à la mode. Le groupe bat l’individu. Le groupe mixte, coloré, ouvert d’esprit, bat l’individu seul, qui semble se battre par égoïsme pour ses intérêts maléfiques, alors qu’en face, même le richissime Bruce Wayne se bat pour le bien commun. Continuer la lecture de « La ligue des justiciers » : le bien triomphe du mal

« Mise à mort du cerf sacré »

Les mercredis du cinéma – Elias Jutzet

Une opération à cœur ouvert dans un gros plan interminable qui ne donne qu’une seule envie : détourner le regard. C’est la première image que l’on voit ; elle donne parfaitement le ton pour tout ce qui va suivre. Mise à mort du cerf sacré est un film qui va vous prendre aux tripes, qui va vous mettre mal à l’aise et qui va faire de vous le témoin d’événements dérangeants que vous aimeriez n’avoir jamais vus. C’est un film intense dont les échos vont vous suivre bien au-delà de la séance.

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« Calabria », un retour à soi

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

Le rapatriement d’un ressortissant italien, depuis la Suisse où il travailla vers son village natal de Calabre, donne le prétexte à un road movie dans lequel naît un dialogue entre les deux croque-morts chargés de ramener le défunt. Jovan et José ont, tout comme l’italien qu’ils ramènent à son origine, émigrés en Suisse.

L’un tzigane et anciennement chanteur à Belgrade, l’autre originaire du Portugal, intéressé par la culture et avare de paroles, se rencontrent et échangent à mesure que les kilomètres les séparant du cimetière s’amenuisent. De station service en hôtel, d’autoroutes en chemins de campagne, le corbillard créé un espace d’intimité et de confiance, permettant à une complicité toute tolérante de naître, presqu’en huis clos.

Un voyage dans le temps

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« Borg/McEnroe »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Au tennis, l’important c’est comment on gagne. »

Björn Borg est la superstar du tennis. Après avoir remporté quatre Wimbledon d’affilée, il vise le cinquième. La pression qui l’habite est telle, que le tennisman, de nature impassible, en vient à douter de lui, au point de souffrir physiquement d’angoisse et de remettre en cause la totalité de son parcours de champion. Face à lui, se trouve l’intempestif mais non moins talentueux John McEnroe. Les deux dieux du court, s’affrontèrent en finale du prestigieux tournoi le 5 juillet 1980.

Janus Metz Pedersen réussit à rendre son film accessible à tout étranger du tennis. Certes, les passionnées y trouvent davantage leurs marques ; pourtant l’histoire tient quasiment le sport pour prétexte. C’est principalement la quête de deux hommes face à la gloire qui est racontée. Et le scénario léger mais ponctué de puissantes sentences le laisse bien transparaître. Sa construction par de nombreuses analepses sur les jeunesses respectives de Borg et McEnroe accentue encore le trait. Continuer la lecture de « Borg/McEnroe »

« Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Le cancer c’est… un mot insupportable. »

Françoise Maye vit sa phase terminale. Son fils, David, l’accompagne dans la traversée caméra sur l’épaule, par un documentaire sans prétentions. Alors qu’une existence en est à son crépuscule, une autre voit le jour. La sœur de David met au monde une petite-fille, qui comble de bonheur les derniers mois de vie de la grand-mère. Le mari de Françoise, quant à lui, s’attèle à la restructuration de la cuisine.

Le petit film de soixante-six minutes pourrait faire penser à une vidéo d’amateur, publiée en guise de témoignage. En réalité, même si la forme reste des plus sobres, le réalisateur devenu orphelin de sa mère raconte non seulement l’union d’une famille toute entière face à la maladie, mais aussi le bilan d’une vie simple qui s’éteint dégustant aux souvenirs ineffaçables par des photographies. Continuer la lecture de « Les Grandes Traversées », du cancer au grand passage

Rencontre avec Guillaume Gallienne, pour son nouveau film « Maryline »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Guillaume Gallienne est un comédien et cinéaste qui s’est forgé une place de premier choix dans le paysage cinématographique français. Sociétaire de la Comédie-Française, il a été récompensé de deux Molières en 2010 et en 2011 ainsi que de quatre Césars en 2014 pour son premier film, aussi touchant qu’hilarant, Les Garçons et Guillaume, à table !. Cette année, Guillaume Gallienne livre un second long métrage puisant dans la veine dramatique, avec toujours en arrière-fond la thématique du jeu d’acteur. Rencontre à Lausanne quelques jours avant la sortie de Maryline.

Jonas Follonier : Maryline est un film sur le cinéma, sur le mutisme et sur l’alcoolisme notamment. Vous êtes-vous inspiré d’éléments réels, que vous avez vus ou vécus, pour la conception de ce film ?

Guillaume Gallienne : Ce film m’a été inspiré par une femme que j’ai rencontrée il y a quinze ans. Il s’agit d’une personne d’une grande humilité, qui m’a beaucoup touché. Elle m’a raconté sa vie. Son histoire m’a bouleversé, je la porte en moi depuis quinze ans. C’est avant tout l’histoire d’une femme qui n’a pas les mots pour se défendre et qui, malgré les humiliations et grâce à la bienveillance, va trouver son envol. J’ai choisi le cinéma et le théâtre comme un contexte, qui m’a permis d’exacerber mon propos. C’est en effet l’un des rares métiers où l’on vous dit : « Il faut tourner ici et maintenant, action ! »

Qu’est-ce qui vous a fait choisir Adeline d’Hermy, elle aussi sociétaire de la Comédie-Française, pour le rôle principal ?

J’ai rencontré Adeline lorsqu’elle est entrée à la Comédie-Française il y a six ans. Ce qui m’a d’abord impressionné chez elle, c’est l’humilité du personnage. Je pense que c’est quelque chose qui ne se compose pas. Ensuite, le film est construit comme une chronique, mais je visais le drame. Je savais qu’Adeline porterait ce drame de part en part et qu’elle tirerait le fil dramatique jusqu’au bout. Aussi, Adeline vient de la danse ; elle peut donc exprimer sans parler, et elle a l’art de s’exprimer dans le minuscule : dans un cou qui se tend, dans un mouvement d’épaule, dans une position du corps. Enfin, on sent que c’est une personne qui vient de sa campagne. Continuer la lecture de Rencontre avec Guillaume Gallienne, pour son nouveau film « Maryline »

« Jigsaw » – Le tueur au puzzle serait-il de retour ?

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

La saga Saw continue. Après le septième volet de la sangolinante série de films, pourtant sous-titré « Chapitre final », voilà qu’éclôt sur les écrans un huitième épisode, basé sur le méchant de l’histoire… pourtant mort il y a dix ans. Contre toute attente, Jigsaw, le tueur au puzzle, semble être de retour, à en juger par sa voix que la police détecte dans de nouveaux enregistrements audio et par son sang que les scientifiques retrouvent sur une victime.

Voilà la trame d’un film qui n’a rien perdu du voyeurisme gore de ses grands frères. Une boucherie perpétuelle, mais variée dans ses modes de faire. C’est ce à quoi doit s’attendre le spectateur qui n’aurait pas assisté à ce phénomène du cinéma d’horreur de 2004 à 2010. Tués par balle, brûlés par l’acide, déchiquetés par des scies ou pendus, les participants au nouveau « jeu » de Jigsaw (ou de son successeur) sont voués aux pires ignominies, pourtant préparées avec talent et minutie.

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Roman Polanski – « D’après une histoire vraie »

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Certains films nécessitent un vers pour être commentés et résumés. Parce qu’ils laissent dubitatif. Parce qu’ils laissent l’étrange sensation d’une œuvre incomplète.

C’est bien l’impression dominante à la sortie du film D’après une histoire vraie de Roman Polanski, librement adapté du roman de Delphine de Vigan. La bande-annonce intriguait. Le résultat final ne satisfait qu’à moitié. C’est l’histoire de Delphine, auteur d’un roman à succès, qui est interprétée par Emmanuelle Seigner. Elle n’arrive plus à écrire et rencontre dans ce moment de doute profond une femme forte, séduisante mais aussi manipulatrice, l’actrice Eva Green. D’abord Elle, puisque c’est son surnom, est réelle et puis la confusion gagne autant Delphine que le spectateur.

« Un livre de plus et je me fends en deux »

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