Archives de catégorie : Cinéma

« Sully », du grand Clint Eastwood

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Sully retrace l’épisode réel du pilote américain Chesley Sullenberger, qui, le 15 janvier 2009, à New York, dut faire face à une situation inédite dans toute l’histoire de l’aviation : une collision avec des oiseaux avait provoqué la perte des deux réacteurs de l’avion, quelques instants après le décollage. Sullenberger, entre instinct et expérience, opta pour un amerrissage d’urgence sur le fleuve Hudson. Un choix fou, s’inscrivant contre le protocole. Tous les passagers survécurent.

Rien que cet événement aurait pu inspirer à Clint Eastwood le chef d’oeuvre actuellement sur les écrans. Or ce sont les conséquences du 15 janvier 2009 qui restent les plus intéressantes et qui se trouvent au centre de l’intrigue de Sully : si la presse comme l’opinion populaire saluèrent dès le début l’exploit du commandant Sullenberger, le Conseil national de la sécurité des transports, lui, estime que le pilote aurait pu choisir une option moins dangereuse que celle d’un amerrissage sur le fleuve, et ouvre l’enquête. Continuer la lecture de « Sully », du grand Clint Eastwood

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« Les animaux fantastiques »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Nous revoilà dans le même univers de fiction que la saga Harry Potter. Sauf que cette fois, l’histoire se passe à New York, dans les année 1920, soit septante ans avant les aventures du jeune sorcier. La ville américaine est secouée par une série de catastrophes inexplicables. Les sorciers, tout comme le spectateur, devinent très vite que ces dernières ont une cause magique. Il y a donc une opposition centrale dans cette série dérivée d’Harry Potter : l’opposition entre magiciens et non-magiciens.

Chez les « non-mages » (appelés « moldus » par les Britanniques), c’est l’inquiétude et la méfiance qui règnent. La secte des Fidèles de Salem se bat même pour une extermination des sorciers. Du côté du congrès américain de la magie, le mot d’ordre est simple : il ne faut pas se dévoiler, afin d’éviter une guerre avec les non-mages. Le décor du premier épisode écrit par J. K. Rowling est donc avant tout politique ; les allusions historiques au destin des Juifs, à la chasse aux sorcières ou au totalitarisme ne sont évidemment pas absentes. Continuer la lecture de « Les animaux fantastiques »

« Polina, danser sa vie »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« C’est quoi pour vous danser ?
Ça vient tout seul. »

Au rythme de la musique et du sang chaud en singularité, Polina, danser sa vie raconte l’histoire éternelle et banale d’une ballerine russe, dans les années 1990, en plein post-communisme.

Le corps de Polina est fin, son mouvement gracieux, et danser lui « vient tout seul ». Ses modestes parents, au moyen de nombreux sacrifices, l’inscrivent alors aux cours de l’exigeant Bojinski pour devenir un jour l’étoile du symbole de la fierté russe : le théâtre du Bolchoï.

La petite fille grandit, sa silhouette devient plus fortement délicate et son regard et ses lèvres plus sensuels. Après plusieurs années dures et fermes chez le maître, il est temps de passer l’audition pour pénétrer le rêve du Bolchoï. Polina passe remarquablement l’audition, mais, du haut de ses dix-huit ans, elle tombe amoureuse d’un charmant danseur français, de passage à Moscou. A la triste amertume de sa mère, la petite étoile décide de s’envoler pour Aix-en-Provence en compagnie de son âme sœur. Continuer la lecture de « Polina, danser sa vie »

« Le client »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Le bâtiment tremble, se fissure de toutes parts. Il faut l’évacuer. Emad, digne et responsable, fait sortir Rana, son épouse, affolée telle la plus normale des femmes.

Téhéran est en pleine transformation. Les anciennes constructions croulent pour laisser place à une ville nouvelle, bétonnée, morne et moderne.

C’est dans un Iran en mutation qu’Asghar Farhadi ambiance sa dernière œuvre, Le client. Ce contexte est présent tout le film durant en racontant l’histoire sombre et douloureuse du couple protagoniste. Continuer la lecture de « Le client »

« Mal de pierres »

Le Regard Libre N° 22 – Loris S. Musumeci

La plus banale des tragédies amoureuses est ici présentée dans la première partie de Mal de pierres. Pourtant, face à ce chef-d’œuvre de Nicole Garcia, présenté actuellement au cinématographe, on ne reste pas indifférent. On ne le visionne pas comme un simple bon film pour lequel on versera, au mieux, quelques larmes à la fin de la séance. La sélection des acteurs, l’impeccable et libre esthétique de la prise d’images ainsi que les primordiaux détails de fond qui trouvent un sens à l’amour, font de ce métrage de l’existence une excellente réussite.

Les genoux de Gabrielle sont cloués à la banquette de la chapelle, ses yeux coulent et ses mains s’étouffent dans la prière, lorsqu’elle demande au Christ encore souffrant, du haut de sa misérable croix : « Donnez-moi la chose principale ou laissez-moi mourir. » Continuer la lecture de « Mal de pierres »

Les dernières sorties cinéma

Article inédit – Jonas Follonier

Les dernières sorties cinématographiques ont offert un large panel d’ambiances, d’images, de scénarios… Loris S. Musumeci, dans notre édition de novembre, a fait une très bonne critique de Mal de pierres. Trois autres films, actuellement sur les écrans, valent le détour.

le-ciel-attendraLe ciel attendra (10/10) – Ce drame français est tout d’abord une grande oeuvre artistique : l’esthétique est au rendez-vous avec des acteurs talentueux, un scénario et une réalisation parfaites, signées Marie-Castile Mention, et une musique remarquable. C’est ensuite un film actuel et universel : le thème de la radicalisation islamiste de jeunes Françaises (musulmanes ou non) est traité de manière bouleversante. Un film qui évite l’engagement bateau, enfin, car il ne fait ressortir de ces tragédies qu’un sentiment de totale incompréhension magnifiquement interprété par Sandrine Bonnaire, Zinedine Soualem et Clotilde Courau. Continuer la lecture de Les dernières sorties cinéma

« Victoria » ou l’écriture d’un genre

Un article inédit de Jonas Follonier

Il est difficile de se prononcer sur le film Victoria sorti le mois dernier. La critique n’est pas unanime, les parents ne partagent pas l’avis de leurs enfants, les voisins ne sont pas d’accord entre eux. Normalement, cette situation résulte d’un clivage opposant d’un côté un public populaire à la recherche de divertissement et, de l’autre, des spectateurs ouverts à la poésie et au cinéma d’auteur.

Ici, il n’en est rien. Dans le camp des satisfaits aussi bien que dans le camp des mécontents, on trouve des vieux et des jeunots, des lourdauds et des intellos, des beaufs et des bobos. La subtile division de la presse et du public semble exprimer ce qui pourrait bien être la force de ce film : un brouillage des pistes. Continuer la lecture de « Victoria » ou l’écriture d’un genre

« Moka »

Le Regard Libre N° 20 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Quête existentielle et angoisse se présentent sur les écrans depuis le 17 août dernier par le deuxième long métrage de Frédéric Mermoud, « Moka ». Adapté du roman homonyme de Tatiana de Rosnay, le film raconte la recherche infatigable d’une mère pour retrouver le meurtrier de son fils. Ce dernier est en effet mort subitement après avoir été renversé par une voiture de couleur moka qui ne s’est même pas arrêtée après l’accident.

Tout est inattendu dans « Moka ». D’une scène à l’autre, Emanuelle Devos, qui interprète Diane, la mère, agit et réagit de la manière la plus opposée possible à l’évidence. Cela passe autant par son texte que par son jeu. Le regard fuyant, la démarche floue, elle étourdit le spectateur. C’est dérangeant ; il y a cependant là le reflet d’une psychologie justement dérangée, bouleversée par la perte du fils. La critique n’est pas négative, sans être positive pour autant. Elle constate un fait qui peut plaire ou non : une telle manière d’incarner la mère perturbée peut envoûter comme poser difficulté à entrer émotionnellement dans l’histoire. C’est là un risque que l’on retrouve souvent dans les films d’auteur. Continuer la lecture de « Moka »

Du sang et des larmes : « that’s entertainment » !

Le Regard Libre N° 19 – Thierry Fivaz

C’est un moment très attendu durant l’année. Qu’ils soient retraités, étudiants ou travailleurs, les amateurs de films fantastiques se sont donné rendez-vous, pour la seizième fois, au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFFF), et ont pu profiter une fois de plus d’une programmation riche et variée qui, pour cette édition, comptait quelque 130 films (101 longs métrages et 29 courts métrages), dont cinq premières mondiales et pas moins de cinquante-deux premières suisses.

Pourtant, malgré une météo clémente, une programmation réussie et un afflux record, il subsiste une certaine retenue, un malaise, auprès des citoyens vis-à-vis dudit festival. Nombreux préfèrent en effet (par paresse, par désintérêt, par peur de ne pas comprendre, par peur d’avoir peur) passer l’entier de leurs soirées aux bars du festival plutôt que d’aller, d’oser, voir les films projetés. Certains d’ailleurs pensaient même que le NIFFF ne se résumait finalement qu’aux bars provisoires disposés pour l’occasion aux Jardins Anglais, et furent particulièrement étonnés lorsque, vantant leur soirée de la veille au NIFFF, il leur fut posé la question : « – Mais quel film avez-vous donc vu ? ». Continuer la lecture de Du sang et des larmes : « that’s entertainment » !

« Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »

Le Regard Libre N° 13 – Sébastien Oreiller

Inspiré du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard est sûrement l’une des créations iconiques du cinéaste italien Luchino Visconti, un film de 1963 comme on n’en fait plus, 205 minutes de chef d’œuvre. Une bande son de Nino Rota et un casting de rêve : Burt Lancaster dans le rôle du prince de Salina, Alain Delon dans celui de Tancredi, Claudia Cardinale pour Angelica, et la Sicile, immortelle, en 1860 comme aujourd’hui. Car c’est bien dans la tourmente de l’unification italienne que s’ouvre le film.

Don Fabrizio Corbera, prince de Salina, c’est lui, le Guépard, dur et serein face à la révo-lution, mais c’est aussi l’auteur, Tomasi, et, dans une certaine mesure, Visconti lui-même. Comme dans tous ses films, comme dans Les Damnés, Ludwig ou le Crépuscule des Dieux et tant d’autres, le thème de la décadence d’une aristocratie obsède le cinéaste-prince milanais, devenu militant rouge. C’est tout un monde qui s’effondre avec la chute du royaume des Bourbons, quand le trouble Don Calogero, un paysan enrichi, parvient à fiancer sa fille Angelica au neveu du prince, Tancredi Falconeri. Continuer la lecture de « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change »