Archives pour la catégorie Editoriaux

L’été, pour renouer avec le désir

Le Regard Libre N° 30 – Loris S. Musumeci

Une jeune femme marche dans la rue. Sa robe légère donne aux deux jambes fines et sveltes qu’elle promène un mouvement de valse. Languissante. Strié jaune pastel et bleu clair, le vêtement de lin complète la poésie du bas de son corps. Par une taille modelée tout en grâce et subtilité, ainsi qu’un buste épousant la peau mais aéré. Pour laisser respirer la vie qui bat en son plein.

La fille discrète s’assied doucement à la terrasse d’un café. Ses pieds, chaussés de luisantes ballerines, se croisent sous la chaise de bois tressé. Une fois celle-ci installée avec pudeur, l’instant est à la révélation d’une ineffable face. A peine le voile de lunettes noires retiré, quelques taches de beauté s’envolent vers le soleil brûlant, immobile. Lire la suite L’été, pour renouer avec le désir

Simone Weil et le sentiment national

Le Regard Libre N° 29 – Jonas Follonier

En cette veille du mois d’août et de la célébration de notre belle Suisse, jetons un regard sur une grande femme du XXe siècle, qui à travers sa vie et son œuvre a marqué à jamais la philosophie européenne. Simone Weil, avec un W, à ne pas confondre avec la femme politique qui vient de nous quitter.

Née d’une famille juive-alsacienne, Simone Adolphine Weil côtoie dès son plus jeune âge la réalité de la Première Guerre mondiale. Son père étant chirurgien militaire, elle se trouve confrontée à la misère humaine, à laquelle elle se montre très vite sensible. Son combat, toute sa vie durant, se réfèrera au sort des plus faibles, des opprimés, des déracinés.

Le déracinement : l’un des grands thèmes, si ce n’est le plus central, de la pensée de Weil. Convaincue qu’il s’agit de la principale cause des tragédies qui sont celles de son temps, nazisme en tête, la jeune philosophe française consacra à cette question un ouvrage renversant de lucidité et d’autorité, qui fut hélas également son dernier : L’Enracinement. Lire la suite Simone Weil et le sentiment national

Manuel Valls, symbole d’un monde qui meurt

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

Le grand perdant de la primaire de la gauche, qui avait pris ses distances avant même le premier tour avec sa famille politique, semble perdu. Isolé. Lâché par son ancien parti, logiquement courroucé pour son infidélité, le voici (à nouveau) refoulé par En Marche! qu’il pensait rejoindre, empruntant un tapis rouge. Mais rien n’y fait, le prétendant ne trouvait pas, et ne trouve toujours pas, malgré son passé, son expérience, ses relations, son rôle de Premier Ministre, grâce aux yeux du symbole du renouveau. Pris entre le marteau et l’enclume, Manuel est seul, abandonné.

Triste sort pour celui qui avait milité auprès du Président sortant pour faire entrer ce technocrate ambitieux dans son gouvernement. Avec lui, il allait faire des réformes, pouvoir se profiler comme le « Schröder » français. Quelques mois et quelques impertinences distillées dans une presse complaisante plus tard, voilà Valls dépassé. Ringardisé par ce nouveau venu qui contrairement à lui sait convaincre, sait plaire et écouter. Bref, incarner ce renouveau qu’il voulait porter. La loi Macron, qui avait une majorité pour la faire passer par simple votation, servira de réponse. Valls emploie le 49-3 pour torpiller l’image et le travail de titan fourni en coulisse par le jeune arrogant. Mais rien n’y fait, la dynamique ne s’inverse pas. Valls est piégé. Entre un Président en disgrâce et la coqueluche des médias, il ne reste que peu de place pour celui qui se rêvait en synthèse des deux. Il voit l’étau se refermer. Lire la suite Manuel Valls, symbole d’un monde qui meurt

Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

Le Regard Libre N° 27 – Jonas Follonier

Nous l’attendions, au Regard Libre, cette fin de l’ancien clivage gauche-droite, tant désuet. Nous l’attendions, ce coup de poing aux partis traditionnels français, surtout au PS. Quels que soient ceux des onzes candidats que nous aurions voulu voir accéder au second tour, une joie nous saisit. Celle de voir enfin s’affronter deux candidats autour de la vraie opposition idéologique qui marque notre temps : le libéralisme contre la souverainisme ; le progressisme contre le conservatisme.

J’ai pour ma part la particularité, ou peut-être la naïveté, de penser que ces deux tendances ne sont pas inconciliables. Oui, je crois au progès, et oui, j’estime qu’il existe des choses à conserver urgemment. De la même façon, je suis convaincu que les étiquettes de « libéral » et de « réactionnaire » ne sont pas antinomiques, mais peuvent former une position très intéressante. Qu’y aurait-il d’incohérent à soutenir le libre marché tout en militant pour revenir en arrière sur des questions liées à l’éducation, par exemple ? Lire la suite Macron – Le Pen, enfin un vrai duel !

Mort de Chuck Berry, père de notre identité

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Nous avons parfois tendance à penser que les évolutions, qu’elles soient sociétales, musicales, techniques, se font au jour le jour, petit à petit, de par une série de minuscules changements qui, une fois additionnés, en forment un grand. Mais il n’en est rien : les grandes révolutions se font à des moments précis de l’Histoire. La mort de Chuck Berry survenue ce samedi 18 mars 2017 nous invite à voyager vers la fin des années 50, un moment charnière dans l’histoire du rock and roll, pour comprendre ce que cet homme-là a changé dans la destinée de la musique la plus influente qu’il y ait jamais eue.

Les différents médias qui ont rendu hommage à Chuck Berry l’on présenté comme l’un des Pères tantôt du rock ‘n’ roll, tantôt du rock, ne sachant même pas eux-mêmes quelle est la définition de ces deux termes. En réalité, si l’on considère le rock and roll comme une évolution de rhythm and blues avec une synthèse du blues et de la country, alors Chuck Berry n’est pas l’inventeur du rock and roll, mais il reste incontestablement (avec Fats Domino et Little Richard) l’un des trois créateurs d’une certaine forme de rock and roll. Lire la suite Mort de Chuck Berry, père de notre identité

La civilité, condition de la civilisation

Le Regard Libre N° 25 – Jonas Follonier

En pleine période de débats autour de la notion de civilisation – ne pensons qu’au bruit médiatique et populaire que fait le dernier livre de Michel Onfray, Décadence –, un aspect semble avoir été oublié, délaissé, ignoré : la valeur de la civilité.

Outre le lien évident qui unit étymologiquement la civilisation à la civilité, ces deux notions entretiennent une relation bien plus profonde que celle de leur appellation : l’une ne semble pas pouvoir s’exercer sans l’autre, et inversement. Je dirais même que si la civilisation est bien sûr porteuse de civilité, la civilité constitue une condition sine qua non de la civilisation.

Beaucoup d’auteurs définissent à leur façon l’élément structurant qui a fait passer l’être humain de l’état de nature à l’état de société. La version d’Okakura Kakuzô me plaît particulièrement : « En offrant la première guirlande de fleur à sa compagne, l’homme primitif a transcendé la brute. Par ce geste qui l’élevait au-dessus des nécessités grossières de la nature, il est devenu humain. » En somme, l’humanité est née avec (et dans) l’art. Lire la suite La civilité, condition de la civilisation

Les trois petits cochons

Le Regard Libre N° 24 – Jonas Follonier

Le 29 janvier dernier, Benoît Hamon a donc été choisi pour être le candidat socialiste à la présidence de la République française, devançant de beaucoup son adversaire, Manuel Valls. Cet événement atteste que les nostalgiques d’une gauche bien à gauche ne sont pas tous partis du Parti socialiste français pour aller rejoindre Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Ils se trouvent également à l’intérieur même du parti. On les appelle les frondeurs. Et cette élection nous montre qu’ils sont majoritaires au sein de leur camp.

Je déplore le choix des militants socialistes.Manuel Valls, malgré tous ses défauts, incarnait la réunion de deux tendances : un certain libéralisme sur les questions économiques et une approche très ferme en ce qui concerne les valeurs républicaines. En somme, tout comme Hollande, Valls semble regarder la réalité d’aujourd’hui telle qu’elle est. Pendant ce temps, Benoît Hamon croit être moderne en promettant un revenu de base universel. Lire la suite Les trois petits cochons