Archives pour la catégorie Entretiens

« Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

Le Regard Libre N° 33 – Loris S. Musumeci et Jonas Follonier

Ploukitudes donne matière à penser. L’ouvrage est bouleversant tant il touche un point intime de l’homme, à savoir son côté plouc. Il a fallu qu’un philosophe (Jean Romain) et un journaliste (Stéphane Berney) travaillent ensemble pour peindre la société dans ses revers les plus absurdes et tragiques, à travers leur analyse sociologique. Rencontre dans un café plouc de la gare de Genève.

L. M. et J. F. : Qu’est-ce qui vous a poussés à écrire ensemble le livre Ploukitudes ?

Jean Romain : Je publiais des billets sur Facebook, pour constituer une sorte de manuel pratique de ploukitudes par petits épisodes. Stéphane Berney m’a alors contacté pour m’exposer son idée de transformer cette succession de billets assez disparates en un ouvrage plus structuré.

Stéphane Berney : Il y avait quelque chose de très puissant dans ses billets. Je trouvais que c’était dommage de ne les laisser qu’à Facebook, car ce sont des idées qui résument beaucoup de choses sur la société actuelle, et on voit d’ailleurs que le livre est en train de prendre son envol.

L’idée de base, c’est le plouc. Qui est-il ?

J. R. : Le plouc n’est ni le beauf, ni le con. C’est une personne qui essaie de se mettre à la mode parce qu’elle se sent larguée. Lire la suite « Ploukitudes » : rencontre avec Jean Romain et Stéphane Berney

Rencontre avec Guillaume Gallienne, pour son nouveau film « Maryline »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Guillaume Gallienne est un comédien et cinéaste qui s’est forgé une place de premier choix dans le paysage cinématographique français. Sociétaire de la Comédie-Française, il a été récompensé de deux Molières en 2010 et en 2011 ainsi que de quatre Césars en 2014 pour son premier film, aussi touchant qu’hilarant, Les Garçons et Guillaume, à table !. Cette année, Guillaume Gallienne livre un second long métrage puisant dans la veine dramatique, avec toujours en arrière-fond la thématique du jeu d’acteur. Rencontre à Lausanne quelques jours avant la sortie de Maryline.

Jonas Follonier : Maryline est un film sur le cinéma, sur le mutisme et sur l’alcoolisme notamment. Vous êtes-vous inspiré d’éléments réels, que vous avez vus ou vécus, pour la conception de ce film ?

Guillaume Gallienne : Ce film m’a été inspiré par une femme que j’ai rencontrée il y a quinze ans. Il s’agit d’une personne d’une grande humilité, qui m’a beaucoup touché. Elle m’a raconté sa vie. Son histoire m’a bouleversé, je la porte en moi depuis quinze ans. C’est avant tout l’histoire d’une femme qui n’a pas les mots pour se défendre et qui, malgré les humiliations et grâce à la bienveillance, va trouver son envol. J’ai choisi le cinéma et le théâtre comme un contexte, qui m’a permis d’exacerber mon propos. C’est en effet l’un des rares métiers où l’on vous dit : « Il faut tourner ici et maintenant, action ! »

Qu’est-ce qui vous a fait choisir Adeline d’Hermy, elle aussi sociétaire de la Comédie-Française, pour le rôle principal ?

J’ai rencontré Adeline lorsqu’elle est entrée à la Comédie-Française il y a six ans. Ce qui m’a d’abord impressionné chez elle, c’est l’humilité du personnage. Je pense que c’est quelque chose qui ne se compose pas. Ensuite, le film est construit comme une chronique, mais je visais le drame. Je savais qu’Adeline porterait ce drame de part en part et qu’elle tirerait le fil dramatique jusqu’au bout. Aussi, Adeline vient de la danse ; elle peut donc exprimer sans parler, et elle a l’art de s’exprimer dans le minuscule : dans un cou qui se tend, dans un mouvement d’épaule, dans une position du corps. Enfin, on sent que c’est une personne qui vient de sa campagne. Lire la suite Rencontre avec Guillaume Gallienne, pour son nouveau film « Maryline »

L’identité saviésanne à l’honneur cette année

Le Regard Libre N° 32 – Jonas Follonier

Cela fait vingt ans qu’Anne-Gabrielle Bretz-Héritier et son époux Nicola se donnent pour mission de sauvegarder le patrimoine de leur commune, Savièse. Pour cela, ils ont créé la Fondation Bretz-Héritier. Afin de fêter cet anniversaire, la Fondation organise ses Troisièmes Rencontres avec pour thème l’identité saviésanne. Voici l’histoire d’une aventure locale hors du commun.

Jonas Follonier : D’où vous était venue l’idée de créer une Fondation ?

Anne-Gabrielle Bretz-Héritier : Mes parents étaient des gens de Savièse et ont toujours été passionnés par les choses de village, autant matérielles qu’immatérielles. Ils m’ont transmis cette passion. Je me suis mariée en 1988 avec mon époux Nicola, et cela a d’abord été une petite occupation privée. Comme les villageois ont commencé à venir nous demander des archives, des livres, des informations, l’idée de fonder un organisme a germé en nous. En 1997, par notre volonté de séparer le public du privé, nous avons décidé de créer une entité autonome et claire. Nous avons choisi la forme d’une fondation, et non d’une association, car nous voulions fonder quelque chose qui soit de nous et qui puisse devenir pérenne. Lire la suite L’identité saviésanne à l’honneur cette année

Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Le Regard Libre N° 30 – Jonas Follonier

Chaque été, depuis quelques années, les châteaux de Valère et Tourbillon, véritables emblêmes de la ville de Sion, se prêtent au jeu des sons et lumières. Illuminés en bleu, en rouge, en vert, ces beaux monuments se révèlent au rythme de la musique. Le même spectacle que l’édition précédente se tient cette année, basé sur Feodalia, une symphonie composée par le Valaisan Thierry Epiney. C’est l’histoire du canton qui l’a inspiré. Notre entretien.

Jonas Follonier : Pour être compositeur de symphonies (notamment) à votre âge, faut-il avoir grandi dans un milieu musical ?

Thierry Epiney : Il est difficile de parler d’autres cas que du mien. Il doit être plus aisé d’avoir baigné dans la musique durant son enfance, mais j’imagine aussi très bien qu’il y ait des personnes géniales qui se forment de façon totalement autodidacte. Quoi qu’il en soit, il faut être passionné.

Estimez-vous que les Hautes Ecoles de Musique par lesquelles vous êtes passé, celles de Genève et de Zurich, offrent une bonne formation ? De manière générale, la Suisse est-elle bien cotée en termes de formation musicale ?

J’ai été très heureux de la formation que j’ai reçue. Mon premier master à Genève, plutôt orienté composition concertante, m’a permis d’approfondir mes connaissances en orchestration et en théorie de manière générale. Le second (master en composition de musique de film, théâtre et média), passé à la Haute Ecole des Arts de Zurich, a été une révélation. Depuis mon plus jeune âge, j’apprécie la musique de film. J’en écoute beaucoup, et j’ai de la peine à regarder un film sans prêter une oreille concentrée à la musique. Les « papiers » que nous acquérons sont une chose, mais nous apprenons en permanence dans ce métier. Chaque projet est différent et amène de nouvelles perspectives, de nouvelles façons de travailler, de nouvelles couleurs. Lire la suite Thierry Epiney et sa symphonie féodale

Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Le Regard Libre N° 31 – Jonas Follonier

Dracula : un personnage fameux surtout pour ses diverses apparitions au cinéma. C’est cette fois sur les planches que l’on peut voir le célèbre vampire, et c’est une première. Le roman épistolaire Dracula de Bram Stoker a été revisité par le metteur en scène Stéphane Albelda, bien connu pour son talent en Valais et au-delà.

Le résultat est époustouflant. La troupe de Nova Malacuria a bien atteint les objectifs que se fixe cette institution culturelle depuis plus de trente ans : faire se rencontrer les différents arts de la scène. Mais c’est avant tout à la frontière des genres que se situe cette création.

Passant des larmes les plus glacées au rire le plus entier, le public peut assister jusqu’au 2 septembre à un spectacle total sous la lune des jardins du Collège des Creusets, à Sion, du mercredi au samedi, à 20h30. Portés par une musique décapante composée par Baptiste Mayoraz et interprétée en direct, les acteurs, jeunes pour la plupart, témoignent d’un jeu subtil, réaliste et tragique. Rencontre avec l’un d’entre eux, Thibault Hugentobler. Lire la suite Un « Dracula » inédit proposé au théâtre

Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Le Regard Libre N° 29 – Loris S. Musumeci

En plus d’être jeune et charmante, Elisa Shua Dusapin apparaît sur la scène des lettres romandes comme une révélation envoûtante, pour sa plume délicate et son sens du métissage. De mère coréenne et père français, l’écrivain a grandi à la frontière de ces deux cultures. Ce qui a donné une tonalité multiculturelle à son premier roman, Hiver à Sokcho (2016). Il y est question de la rencontre entre une narratrice franco-coréenne dont on ne connaît le nom et Kerrand, un auteur de bande-dessinée normand. Elle, travaille dans une pension miteuse pour financer ses études ; lui, devient son hôte en quête d’inspiration. Se tisse entre ces deux êtres, que tout semble séparer, un lien empreint d’angoisse et de sensualité, de lassitude et de pudeur. Cette œuvre simple et percutante connaît un vrai succès, qui lui a valu récemment de nombreux prix.

Loris S. Musumeci : Vos origines familiales ne sont pas sans liens avec le roman. De quel joyeux métissage êtes-vous issue ?

Elisa S. Dusapin : D’emblée, il est pour moi fondamental d’établir qu’Hiver à Sokcho n’est pas une autobiographie. Le seul point commun que l’on retrouve entre la narratrice et moi, c’est l’origine franco-coréenne. Ma mère étant Coréenne et mon père Français. Je suis née en France, mais la plus grande partie de ma vie s’est déroulée ici, à Porrentruy. Ma protagoniste est en revanche née en Corée et ne connaît la France que par la littérature. Lire la suite Rencontre avec Elisa Shua Dusapin, une révélation métissée des lettres romandes

Rencontre avec Philippe Zumbrunn, l’homme le plus fou de jazz

Le Regard Libre N° 28 – Jonas Follonier

Cheveux blancs tirés en arrière, lunettes jaune rétro sur le nez, moustache et, si on a de la chance, cravate extravagante. Les milieux de la radio suisse romande et du jazz le reconnaissent aussitôt. Philippe Zumbrunn, huitante-six ans, est une véritable mémoire vivante. Passionné de jazz et de radio, il est l’initiateur technique de RTN, le fondateur de Radio Framboise (et des annonces radars), mais aussi un photographe bien connu pour avoir immortalisé les grandes figures du jazz il y a plus de soixante ans. Durant tout le mois d’avril, on peut découvrir une sélection de ses plus belles photographies exposées à la Galerie YD, à Neuchâtel, dans le cadre de Jazzzed, un festival construit sur le surnom de Philippe Zumbrunn : Z. Rencontre dans les lumières sombres du Bar King à Neuchâtel.

Jonas Follonier : De quelle époque datent les photographies que vous exposez en ce moment à la Galerie YD ?

Philippe Zumbrunn : Ce sont surtout les photographies de mes débuts. Pour une raison simple : ce sont les plus rares. Elles mettent en lumière des monstres du jazz, qui tous sont morts actuellement, à savoir Louis Armstrong, Billie Holiday ou encore Lionel Hampton. J’ai eu la chance de les côtoyer dans les années 1950. J’avais vingt-et-un ans lorsque j’ai pris ma première photo de jazz ; c’était en 1952. J’ai donc démarré très vite.

Cette exposition doit être importante pour vous. D’où est venue l’idée de ce projet ?

Cette exposition a d’abord eu lieu pendant trois mois à la FNAC de Lausanne. Ce fut l’événement déclencheur. Cela fait au moins trois ans que Denis Juvet, le propriétaire de la Galerie YD, me parle de son projet de monter une exposition-festival sur le jazz avec une série de concerts et de témoignages. Tout cela a mûri, et le résultat est très satisfaisant. Lire la suite Rencontre avec Philippe Zumbrunn, l’homme le plus fou de jazz