Archives de catégorie : Entretiens

Un local culturel ouvre à Neuchâtel

Le Regard Libre N° 20 – Jonas Follonier

En plein centre-ville de Neuchâtel, dans l’un des nombreux beaux immeubles de cette cité estimable, ce n’est pas un appartement d’habitation, un « open space » ou un salon de massage qui vient d’ouvrir ses portes, mais un local aménagé par des jeunes de la région soucieux de créer un espace culturel. Et pas n’importe lequel. Ni élitiste ni alternatif, le Lokart a pour vocation de servir de lieu de création et de présentation de toute forme d’art. Lors du week-end d’inauguration les 27 et 28 août derniers, j’ai pu échanger des propos avec l’un des membres fondateurs du collectif artistique.

Jonas Follonier : Bonjour, pouvez-vous nous dire d’où est née l’idée de créer un tel local ?

Mehdi Berdai : L’origine se trouve clairement dans des intérêts communs pour la culture, notamment neuchâteloise. Le noyau s’est créé autour de la danse, avec Héloïse Marcacci et moi. D’autres personnes se sont vite montrées intéressées par notre projet : Virginia Eufemi et Thierry Fivaz, tous deux passionnés de théâtre, de cinéma et d’art pictural ; Lisa Mazenauer, interessée par la photographie et l’approche du corps, ainsi que Sacha Dubois, qui nous a rejoints par la suite et qui lui a apporté la dimension théâtrale.

Ce local dans lequel nous nous trouvons me paraît être un endroit rêvé pour les amoureux de soirées culturelles et de débats (j’en fais partie). A quoi sera-t-il destiné ?

Tout d’abord, il va nous servir à donner des cours dans les domaines où nous avons une certaine expérience. Héloïse donnera des cours de danse orientale et de tribal fusion, pour ma part ce sera la danse classique. Des leçons de renforcement corporel seront proposées par nous deux. Ensuite, la salle peut aussi très bien se prêter à des soirées débats, à des vernissages d’ouvrages, etc. Enfin, le local a un potentiel cinématographique vu qu’il possède un écran. Le studio peut servir à d’autres compagnies et associations que nous, cela va de soi. Continuer la lecture de Un local culturel ouvre à Neuchâtel

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La situation des gays en Suisse

Le Regard Libre N° 19 – Loris S. Musumeci

Le 25 juin dernier eut lieu l’événement de la Gay Pride à Fribourg. Me baladant d’un pavillon à un autre, dégustant une bière de ci, de là, contemplant la sensualité de charmantes « drag queens » ou de viriles demoiselles, j’aperçois également des personnes de tous types : jeunes et vieux, hommes et femmes sont là pour festoyer tous ensemble. Dansant au rythme de « Voyage, voyage » chantée par son auteure Desireless qui était présente pour l’événement, je finis par m’arrêter au stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT. J’échange quelques propos avec sa représentante.

Loris S. Musumeci : Vous êtes responsable du stand de la Fédération Genevoise des Associations LGBT ici à la Gay Pride de Fribourg. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’œuvre de votre association ?

Delphine Roux : Je coordonne la Fédération Genevoise des Associations LGBT – lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres – qui est composée de cinq associations : « Association 360 », « Dialogai », « Lestime », « Parents d’homos » et « Think out ». Chacune de ces dernières a ses spécificités, et elles se sont fédérées en 2008 pour porter des projets communs. « Association 360 » a un groupe Bi, un groupe Trans, un groupe Homoparents et un groupe Tamalou (pour les aînés LGBT). « Dialogai » concerne les hommes homosexuels et bisexuels, « Lestime » est pour les femmes lesbiennes et bisexuelles, « Parents d’homos » se tient au service des parents d’homosexuels et « Think out » est l’association des étudiants LGBT de l’université ainsi que des hautes écoles de Genève. Un des projets de la Fédération consiste en l’écoute, le soutien et la rencontre par notre groupe « Totem » qui concerne spécifiquement les jeunes LGBT jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Continuer la lecture de La situation des gays en Suisse

Deux jeunes politiciens discutent autour d’un verre

Le Regard Libre N° 17 – Jonas Follonier

Nombreux sont les jeunes engagés en politique. Le Regard Libre est allé à la rencontre de deux d’entre eux, dans un bar de Neuchâtel : Luc Bourquin, représentant des Jeunes socialistes neuchâtelois au niveau suisse, et Michele Barone, vice-président des Jeunes libéraux-radicaux suisses. Quand babord et tribord s’affrontent amicalement autour d’un verre, cela donne naissance à d’intéressantes discussions.

Jonas Follonier : Le 5 juin, voterez-vous pour ou contre l’initiative demandant l’instauration d’un revenu de base inconditionnel (RBI) et pourquoi ?

Luc Bourquin : Il faut savoir que le RBI est une question sensible, car au sein même du PS, il y a une division. Le PS suisse tout comme le PS neuchâtelois sont contre, alors que les Jeunes socialistes suisses et neuchâtelois sont pour. Pour ma part, je pense que c’est un enjeu très important, dans la mesure où pour une fois, on a une votation qui remet en cause le système. Ce qu’il y a de très intéressant dans cette proposition, c’est qu’elle veut séparer le travail de la subsistance. Il s’agit de dire que tout le monde a le droit à une vie décente, quelles que soient ses qualités ou ses ambitions. Beaucoup ont peur que les gens arrêtent de travailler : un sondage montre qu’au contraire, très peu de gens cesseraient d’avoir un travail. Je pense aussi qu’économiquement, le RBI serait positif à long terme, car on arrive actuellement à un stade où on ne peut plus garantir le plein emploi. Cela est dû aux avancées technologiques et à la quatrième révolution industrielle. Le RBI serait une solution face à ce phénomène. A ceux qui disent que le RBI est contre le capitalisme, j’ai envie de répondre que non, le RBI permet de sauver le capitalisme ! Continuer la lecture de Deux jeunes politiciens discutent autour d’un verre

Le récit de Sion par son président (Rencontre avec Marcel Maurer)

Le Regard Libre N° 16 – Jonas Follonier

Marcel Maurer est le président de Sion depuis janvier 2009. Il finira son mandat en fin d’année 2016 et a déjà annoncé qu’il ne se représenterait pas. Il y aurait beaucoup à dire sur son bilan très positif, mais c’est pour son livre « Sion… La Vie » paru en décembre 2015 que Monsieur Maurer nous a aimablement reçus dans son bureau.

Jonas Follonier : Tout d’abord, d’où est née l’idée de réaliser un ouvrage sur Sion ?

Marcel Maurer : Cela fait longtemps que l’idée me trotte dans la tête. Sion est une belle ville, dotée de bons photographes, et il se trouve que j’aime écrire. Quand j’étais plus jeune, j’écrivais déjà dans des petites revues par exemple. Je prévoyais d’écrire quelque chose à la retraite. Il y a eu ensuite la rencontre avec Claude Coeudevez, et l’aventure est donc arrivée plus vite que prévu. Continuer la lecture de Le récit de Sion par son président (Rencontre avec Marcel Maurer)

Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

Pour cette édition, Le Regard Libre vous propose un long entretien avec une personnalité valaisanne, l’abbé François-Xavier Amherdt. Par où commencer pour le présenter ? Laissez-vous simplement guider par cette longue entrevue réalisée au début de ce mois.

Loris S. Musumeci : Vous êtes un de ces hommes que l’on peut vraiment désigner de polyvalent. Vos activités, en effet, sont aussi nombreuses que diverses, mais vous demeurez avant tout prêtre, cela depuis le 17 juin 1984, jour de votre ordination par le Pape Jean-Paul II à Sion. Dès votre plus tendre jeunesse, quelles raisons et circonstances vous ont-elles poussé à le devenir ?

François-Xavier Amherdt : J’ai toujours nourri une quête d’absolu et très vite j’ai eu la conviction intime que seul Dieu pouvait la combler. Depuis ma tendre enfance – ma vocation est née dès l’âge de cinq ans – je me suis senti appelé à tout donner pour celui qui seul était à même de remplir mon cœur et mon âme. Et devenir prêtre, c’était pour moi la possibilité de « donner Dieu » aux hommes et aux femmes de ce temps.

Jamais à aucun instant je n’ai été déçu de ce choix, car le Seigneur des Écritures bibliques, sous le regard duquel j’ai grandi et dans le message d’amour duquel j’ai baigné, n’a cessé de veiller sur moi et de me donner la force d’exercer mon ministère pour mes frères et sœurs. De plus, l’Église catholique-romaine qui m’a offert le cadeau du baptême et à qui je dois tout est la seule institution ecclésiale et religieuse au monde à offrir un réseau unifié et universel, « catholique » voulant d’ailleurs signifier « universel ». Toutes les autres Églises et traditions religieuses sont en réalité morcelées en une multitude de groupes ou d’identités autonomes, alors que le pape, l’évêque de Rome, est le serviteur de la communion de l’ensemble des Églises catholiques locales, qui ainsi ne forment qu’une seule Église.

Enfin, elle s’enracine dans une tradition bimillénaire ininterrompue qui, malgré les erreurs commises par le passé, m’inscrit dans une lignée susceptible de donner sens au présent et de garder confiance pour l’avenir. Elle bénéficie également des richesses de la tradition juive, puisque le Canon des Écritures catholiques partage avec nos frères et sœurs juifs ce que nous appelons le Premier ou Ancien Testament. Continuer la lecture de Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Pour une démocratie directe de qualité (Rencontre avec Tibère Adler)

Le Regard Libre N° 14 – Jonas Follonier

Nous retournons ce mois-ci vers des horizons libéraux avec le directeur romand d’Avenir Suisse, qui propose de réformer le droit d’initiative pour améliorer la qualité de notre démocratie. Après des études de droit à l’Université de Genève, Tibère Adler a exercé la fonction d’avocat et de manager. Il est le directeur romand d’Avenir Suisse depuis 2014.

Jonas Follonier : Pouvez-vous nous présenter la fondation Avenir Suisse ?

Avenir Suisse est un think tank, un laboratoire d’idées. Plus précisément, nous sommes un institut de recherche privé à but non lucratif. Notre mission est de proposer des études prospectives sur l’avenir notamment économique de la Suisse. Nos études se veulent objectives et sont très orientées vers les chiffres. Nous nous réclamons de valeurs libérales, dont la plus importante est la liberté ainsi que la responsabilité qui lui est consubstantielle. Nous souhaitons que les individus et les entreprises déterminent eux-mêmes leur existence et assument les conséquences de leurs choix. Continuer la lecture de Pour une démocratie directe de qualité (Rencontre avec Tibère Adler)

Noël optimiste (Rencontre avec Suzette Sandoz)

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Sébastien Oreiller

Tout d’abord un grand merci à Mme Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale vaudoise, qui a gentiment accepté de répondre aux questions du Regard Libre pour son édition de Noël ! Durant cette entrevue, les questions ont tourné autour de trois thèmes : Noël comme fête religieuse, comme fête familiale et comme fête consumériste.

Sébastien Oreiller : Madame, que répondre à ceux qui trouvent que le rôle de Noël est déplacé, étant donné que beaucoup de gens ne croient pas en Dieu ? Peut-on partager des valeurs chrétiennes sans être croyant ?

Suzette Sandoz : Tout à fait. Noël est une fête de lumière et de générosité, y compris pour une personne qui n’en partage pas la raison d’être. C’est la célébration d’une naissance, reprise de la fête païenne de la lumière, la renaissance de la vie. Il s’agit donc d’une valeur tout à fait conciliable, même pour celui qui ne croit pas. Mais Noël, c’est aussi la fête de cette valeur éminemment chrétienne qu’est le don. Pour la population, cela se traduit par le fait d’offrir des cadeaux, indépendamment du consumérisme sur lequel nous reviendrons plus tard.

Selon vous, quelle est la place de Noël dans un Etat laïque ?

Noël est une fête ; si quelqu’un la refuse et préfère aller travailler, très bien ! Il n’y a aucun problème quant à cette célébration dans un Etat laïque : notre culture est marquée par le christianisme depuis deux mille ans. Les fêtes qui ont été instaurées sont devenues des jours fériés, ce qui a contribué, comme tout ce qui est chrétien par ailleurs, à une amélioration du sort des travailleurs. Quant à la polémique récente sur les cantiques de Noël en Italie, celle sur le crucifix ou les crèches, par exemple, j’appelle cela le syndrome de Palmyre, en référence aux destructions de Daesh. Il s’agit de renier toute culture, et nous faisons la même chose. Aujourd’hui, nous tendons à ne reconnaître l’importance de la culture qu’à partir du moment où elle est morte. Continuer la lecture de Noël optimiste (Rencontre avec Suzette Sandoz)

Noël 2015 vu par un théologien protestant (Rencontre avec Félix Moser)

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Jonas Follonier

Docteur en théologie de l’Université de Neuchâtel, Félix Moser a d’abord été pasteur et aumônier des prisons en France pendant quatre ans, puis pasteur dans le canton de Neuchâtel durant onze ans. Après avoir passé huit ans à la Faculté autonome de théologie de Genève, il est revenu à l’Université de Neuchâtel en tant que professeur. Voici notre entretien réalisé à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UniNE.

Jonas Follonier : Nous allons commencer par la question la plus importante : quelle est l’histoire de Noël et quelle est sa signification, pour le théologien que vous êtes ?

Félix Moser : Au départ, historiquement, les premiers chrétiens se sont rassemblés autour de ce qui était le noyau de la foi chrétienne, à savoir l’amour et la résurrection du Christ ainsi que le cycle festif de Pâques. La fête de Noël est vraiment tard venue puisqu’elle est intervenue au IVe siècle où elle s’est généralisée. Continuer la lecture de Noël 2015 vu par un théologien protestant (Rencontre avec Félix Moser)

François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Loris S. Musumeci

François-Xavier Putallaz est professeur de philosophie à l’Université de Fribourg notamment, membre du Comité national d’éthique et membre du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

Loris S. Musumeci : Nous approchons de la grande fête de Noël. Les rues sont illuminées, les centres commerciaux se transforment en étouffants labyrinthes desquels on ne peut sortir tant que l’on n’a pas trouvé, haletant en folie, tous les cadeaux parfaits pour nos proches. Dans cette période d’affolement, il nous plairait de comprendre le véritable sens du Noël. Pourriez-vous nous décrire ce que cette fête est originellement ?

François-Xavier Putallaz : Noël est inouï ! La naissance d’un être humain, déjà, est magnifique, car c’est l’éclosion d’une vie nouvelle. Alors pensez : une seule fois dans l’histoire, un homme est né, dont la personne est Dieu lui-même. A Noël, Dieu est né en tant qu’homme. Celui qui n’a pas de commencement, Celui par qui tout a été fait, Celui qui tient toute chose au-dessus du néant, le voici qu’il naît petit enfant : pauvre, fragile et dépouillé. Noël, c’est ce mystère de l’amour. Comment ne pas le célébrer chaque année ? C’est l’événement le plus inouï de l’histoire humaine ! Continuer la lecture de François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

« Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Professeur de littérature, musicien, Stéphane Albelda est aussi metteur en scène : il dirige depuis 2006 la troupe du Lycée-Collège des Creusets à Sion (Valais) et assure la mise en scène de nombreux autres spectacles. En 2015, il a monté la tragédie « Phèdre » de Racine, un classique qui a eu du succès dans la capitale valaisanne.

Jonas Follonier : Pourquoi le choix de Racine ? Etait-ce la première fois que vous vous attaquiez à une tragédie classique ?

Stéphane Albelda : C’est la première fois que je me suis attaqué à une pièce en alexandrin. C’est une telle entreprise que j’y ai toujours renoncé. Mandaté par le Théâtre des Collines, je m’y suis rendu pour refuser leur proposition. Mais la rencontre humaine m’a fait changer d’avis et a précédé l’entreprise artistique : il s’agit d’une troupe extrêmement hétérogène, de milieux différents et d’expériences différentes. Le fait que ces gens se soient fédérés pour faire vivre un texte classique m’a touché et a laissé augurer une entreprise pure.

Quels sont les grands défis dans la mise en scène d’une tragédie de Racine ?

Il y a deux défis majeurs. Le premier porte sur le sens : que raconte Phèdre ? Que raconte un mythe au XXIe siècle ? On sait que les mythes ont une parole fondamentale. L’enjeu de la mise en scène consiste à trouver le pont entre un texte et un public actuel. Le deuxième défi est formel : comment révéler la langue de l’alexandrin aujourd’hui ? Car il faut la garder : je ne crois pas aux processus de modernisation par la destruction. Pour que l’alexandrin se révèle, il faut une certaine écoute. L’effet contemporain s’est surtout porté sur les césures : en les travaillant bien, le jeu des silences devient fondamental. Il s’agit donc d’un grand travail sur le rythme. Ce travail se rapproche de celui du chef d’orchestre, qui doit faire jouer de manière actuelle une composition classique ou baroque. Continuer la lecture de « Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda