Archives de catégorie : Littérature

L’« Orestie », une tragédie familiale

Promenades théâtrales (4/6)

Le Regard Libre N° 17 – Loris S. Musumeci

« ELECTRE. Ô souci bien-aimé du foyer de ton père, espoir longtemps pleuré d’un rejeton sauveur, va, fais appel à ta vaillance et tu recouvreras le foyer paternel. Ô doux objet, qui retiens quatre parts de ma tendresse ! le Destin veut qu’en toi je salue un père, à toi revient l’amour dû à ma mère – elle, je la hais de toute mon âme – et à ma sœur immolée sans pitié ; et voici qu’en toi je trouve le frère fidèle qui va me rendre le respect des mortels ! Que seulement, avec la Force et le Droit, Zeus très grand me prête aussi son secours ! »

Le roi Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie ; Clytemnestre, femme de ce premier, tue son mari pour venger sa fille ; Oreste, fils du roi, revient de son exil pour venger la mémoire de son père en assassinant sa mère ; et les Erinyes, déesses partisanes de Clytemnestre, persécutent Oreste pour la mémoire de leur protégée. Si les drames d’Agamemnon, des Choéphores et des Euménides, qui dans l’ensemble font une seule tragédie, l’Orestie, peuvent se résumer en ces meurtres familiaux, le chef-d’œuvre d’Eschyle présenté dans la noble et haute Grèce du printemps de l’an 458 avant Jésus-Christ demeure plus profond et important qu’il ne semble. Continuer la lecture de L’« Orestie », une tragédie familiale

Dérèglements de contes

Promenades théâtrales (3/6)

Le Regard Libre N° 16 – Loris S. Musumeci

« LE BARDE. Si j’abonde dans le sens de Javotte, certains d’entre vous veulent que les contes changent et d’autres non ? »

[…]

« LE BARDE. On pourrait combiner les deux. On garde les mêmes histoires pour que la tradition soit maintenue. Et en contrepartie vous vous échangez les costumes et les rôles. Comme ça, ceux qui veulent changer, vont pouvoir vivre des aventures qui ne sont pas les leurs et ceux qui ne veulent pas changer vont se retrouver avec des histoires qui perpétuent la tradition. Et les générations à venir vont continuer à lire les contes de fées qu’on a toujours lus ! »

Loin des enjeux vitaux et graves d’une tragédie, nous passons à la légèreté d’une comédie inédite : Dérèglements de Contes à Pergrimland. Cette pièce a été écrite dernièrement par Cédric Jossen, un valaisan passionné de théâtre, qui, peu à peu, est en train de devenir un véritable professionnel. Quatre représentations sillonnèrent le Valais entre février et mars de cette année à la plus grande joie du public qui ne manqua pas de passer un beau moment de rires et de divertissement. Continuer la lecture de Dérèglements de contes

Le récit de Sion par son président (Rencontre avec Marcel Maurer)

Le Regard Libre N° 16 – Jonas Follonier

Marcel Maurer est le président de Sion depuis janvier 2009. Il finira son mandat en fin d’année 2016 et a déjà annoncé qu’il ne se représenterait pas. Il y aurait beaucoup à dire sur son bilan très positif, mais c’est pour son livre « Sion… La Vie » paru en décembre 2015 que Monsieur Maurer nous a aimablement reçus dans son bureau.

Jonas Follonier : Tout d’abord, d’où est née l’idée de réaliser un ouvrage sur Sion ?

Marcel Maurer : Cela fait longtemps que l’idée me trotte dans la tête. Sion est une belle ville, dotée de bons photographes, et il se trouve que j’aime écrire. Quand j’étais plus jeune, j’écrivais déjà dans des petites revues par exemple. Je prévoyais d’écrire quelque chose à la retraite. Il y a eu ensuite la rencontre avec Claude Coeudevez, et l’aventure est donc arrivée plus vite que prévu. Continuer la lecture de Le récit de Sion par son président (Rencontre avec Marcel Maurer)

En pleines « Forêts »

Promenades théâtrales (2/6)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

« EDMOND. Ma mémoire est une forêt dont on a abattu les arbres. »

Forêts. Une quête tragique pour retrouver les arbres abattus et ainsi reconstruire l’histoire de femmes, d’hommes, de fils, de pères, de frères : d’une famille à l’héritage en ruines, tel un crâne fracassé dont il faut recomposer les morceaux.

La pièce appartient à la tétralogie du Sang des promesses de Wajdi Mouawad. Elle en est la troisième tragédie, réalisée en 2006 ; la première étant Littoral (1997), la deux-ième Incendies (2003), la quatrième Ciels (2009). Selon l’auteur, sans comporter « une suite narrative, ces histoires, puisqu’il s’agit d’histoires avant tout, abordent, de manière différente et, j’ose l’espérer, de manière à chaque fois plus complexe et plus précise, la question de l’héritage. Celui dont on hérite et celui que l’on transmet à notre tour. » Continuer la lecture de En pleines « Forêts »

Bienvenue au théâtre

Promenades théâtrales (1/6)

Le Regard Libre N° 14 – Loris S. Musumeci

Dans l’obscurité, la salle se remplit peu à peu. Les murmures et le bruit sourd des pas discrets annoncent un début qui, dans l’excitation incomprise, l’émotion douteuse mais aussi l’appréhension, s’approche ; lorsque soudain, telle une vague surgissant d’une mer silencieuse, tel un coq chantant trop tôt, avant l’aube d’un nouveau jour, surgissent, de la profondeur du cœur des coulisses, les fameux et décisifs trois coups. Le rideau d’un rouge épais et dense s’ouvre ; c’est sur les planches que commence une nouvelle réalité, celle de vies appelées à être ressuscitées sur la scène par la représentation. L’art dramatique s’actualise alors à nouveau. Le corps d’un homme s’apprête à revivre l’existence d’un autre, tout en l’offrant à un public unique et éphémère ; cela par la présence temporelle du comédien qui réanime une histoire intemporelle. Bienvenue au théâtre, lieu de mystère continu.

Ils seraient si nombreux, les éléments théoriques, techniques et philosophiques à évoquer pour réaliser une introduction au théâtre, qu’un seul livre aurait déjà quelques difficultés à les contenir. De fait, Henri Gouhier, notamment éminent penseur de l’art, en toute humilité, affirme, à la fin de son ouvrage Le théâtre et l’existence, qui cherche à aller du théâtre à la philosophie par la pensée de l’essence même de ce premier – thèse qu’il aborde dans un essai précédent L’essence du théâtre – : « La philosophie et l’esthétique du théâtre doivent se constituer à travers une histoire comparée des arts du théâtre et en faisant appel à de multiples sciences, psychologie et psychanalyse, sociologie et ethnographie. Toutefois, une vue d’ensemble peut être commode, permettant de poser, de situer et de soupeser les problèmes fondamentaux. Une telle esquisse, par sa nature même, s’adresse simplement à tous ceux qui aiment le théâtre et qui ne refusent pas l’effort de réfléchir sur ce qu’ils aiment, sachant que la meilleure façon d’aimer est encore de chercher à comprendre. ‘Conclusion’ ne conviendrait pas plus ici que ‘dénouement’ à la fin d’un premier acte. Ces pages ne sont rien de plus qu’une scène d’exposition. » Continuer la lecture de Bienvenue au théâtre

« L’adversaire »

Le Regard Libre N° 9 – Loris S. Musumeci

« Qu’il ne joue pas la comédie pour les autres, j’en suis sûr, mais est-ce que le menteur qui est en lui ne la lui joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d’être aimé malgré tout fait couler sur ces joues des larmes de joie, est-ce que ce n’est pas encore l’Adversaire qui le trompe ?
J’ai pensé qu’écrire cette histoire ne pouvait être qu’un crime ou une prière.
Paris, janvier 1999 »

Jean-Claude Romand : Père de famille idéal, fils consciencieux, grand médecin à succès… et menteur, assassin, fou.

Son histoire est celle d’un homme banal, qui pendant dix-huit ans a menti sur tout à tout le monde. Et tout éclate le 9 janvier 1993, lorsqu’il tue sa femme, ses enfants, ses parents et tente, sans succès, de se suicider. On découvre alors qu’il n’était pas médecin à l’OMS comme il le prétendait. Il n’était rien. Durant toutes ces années, sans l’ombre d’un doute, sa famille, ses amis le crurent dans ce mensonge d’une vie, mais au moment où la vérité s’apprêta à déchirer le voile de l’imposture pour ressurgir à la lumière, Jean-Claude Romand ne trouva d’autre issue que d’assassiner « ceux qu’il aimait », ceux qui eussent été meurtris par cette vérité étouffée, si vieille et nouvelle à la fois. Continuer la lecture de « L’adversaire »

Un étudiant sédunois romancier et romantique

Le Regard Libre N° 5 – Pierre Loretan

Nous interrogeons aujourd’hui Vincent Gauye, qui présentait il y a quelque temps de cela son premier ouvrage au Salon du livre. Depuis toujours fasciné par les mots, plusieurs fois primé, il nous livre sa vision de l’écriture et de la finalité d’une publication.

Pierre Loretan : Parlez-nous en peu de vous pour commencer.

Vincent Gauye : Comme déjà dit plus haut, je m’appelle Vincent Gauye et je vis à Sion. Il est évident que le contexte historique et culturel de cette ancienne cité médiévale n’est pas sans m’influencer et il est même parfois difficile de la clarifier face à cette pléthore d’éléments susceptibles de m’intéresser ! J’ai donc très vite couché des mots qui cumulés à des règles de grammaires ont fait naître des phrases. (rires)

Abordons la question du Règne Tourmenté Des Douzièmes Harald, qui est votre premier ouvrage publié. Si vous deviez le résumer en quelques mots ?

Hélas ! il m’est difficile d’accomplir cet exercice ! En effet, il y a tant d’éléments qui s’entremêlent pour former le tissu narratif ! Je vais donc en donner la couleur, ce qui me semble être plus aisé. Il s’agit avant tout d’une fiction, ce qui ne lui empêche pas d’avoir une multitude de liens avec une réalité historique. Il s’inscrit dans une époque médiévale, néogothique, qui fait donc apparaître une société sous la houlette d’un Roy et d’un ordre hiérarchique. Le personnage principal est un Duc. Le lecteur évolue donc dans ce contexte d’honneur, de vertus et de grandeur propre à ces temps hélas achevés ! Enrichi d’éléments d’architecture historique, le récit conte un royaume puissant qui se trouve subitement déstabilisé. Continuer la lecture de Un étudiant sédunois romancier et romantique

Faut-il être lu pour écrire ?

Le Regard Libre N° 4 – Sébastien Oreiller

Voici une entrevue sur le thème de l’écriture, réalisée auprès d’un jeune écrivain qui, par modestie, a tenu à garder l’anonymat.

Sébastien Oreiller : Cher ami écrivain, un grand merci d’avoir accepté cet entretien. Tout d’abord, pourquoi cet anonymat ?

Pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il ne serait pas très décent de s’afficher publiquement lorsque l’on n’est qu’un néophyte dans le monde de la littérature, et encore… Deuxièmement, parce qu’il est toujours difficile de parler de ce que l’on écrit, comme l’avait déjà relevé Corinna Bille, et que l’anonymat permet une franchise et une liberté de cœur impossibles à découvert. Continuer la lecture de Faut-il être lu pour écrire ?

« Deux petits pas sur le sable mouillé »

Le Regard Libre N° 3 – Loris S. Musumeci

L’histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d’un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l’extérieur.

Après une séries d’examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d’une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l’auteur fait une promesse à sa fille : « Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour. »

Ce livre raconte l’histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu’un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner.

« Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. » Continuer la lecture de « Deux petits pas sur le sable mouillé »