{"id":9642,"date":"2017-07-03T11:44:21","date_gmt":"2017-07-03T09:44:21","guid":{"rendered":"http:\/\/leregardlibre.com\/?p=9642"},"modified":"2025-12-13T22:54:56","modified_gmt":"2025-12-13T21:54:56","slug":"le-discours-de-la-loi-veil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leregardlibre.com\/de\/politik\/frankreich\/le-discours-de-la-loi-veil\/","title":{"rendered":"Die Rede zum Veil-Gesetz"},"content":{"rendered":"<p><em>Blick auf die Gegenwart - Loris S. Musumeci<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">78651. Simone Veil re\u00e7ut ce num\u00e9ro \u00e0 l\u2019\u00e2ge de seize ans. Elle ne le quitta plus depuis. Jusqu\u2019au vendredi 30 juin dernier, la m\u00e9moire vivante de la Shoah demeurait en cette femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommages d\u00e9bordent des journaux, radios et plateaux de t\u00e9l\u00e9vision. C\u2019est un symbole qui s\u2019est \u00e9teint. Incarnant le courage, la force et la sagesse. Mais aussi la renaissance: une Juive destin\u00e9e \u00e0 br\u00fbler, qui finit par porter l\u2019Europe occidentale dans un sac d\u2019union et de paix.<\/p>\n\n\n\n<!--more Lire la suite de la chronique (en libre acc\u00e8s)-->\n\n\n\n<p>Simone Veil est compl\u00e8te; rien ne manque \u00e0 son parcours. La f\u00e9condit\u00e9 regroupe toute trace de vie que les d\u00e9funts ont laiss\u00e9 sur leurs pairs. En ce sens, la f\u00e9condit\u00e9 de Simone est g\u00e9n\u00e9reuse, tant par ses enfants, que par son t\u00e9moignage de rescap\u00e9e ou la loi Veil.<\/p>\n\n\n\n<p>Le discours de cette r\u00e9volution politique et sociale remonte au 26 novembre 1974. Dans une France o\u00f9 les anciens n\u2019avaient pas encore \u00e9touff\u00e9 sous la mar\u00e9e mai 68, un tel changement ne manqua pas d\u2019en bouleverser plus d\u2019un. Madame le Ministre de la Sant\u00e9 fut insult\u00e9e, trait\u00e9e entre autres d\u2019assassine. Pourtant, la situation tragique de trois cent mille femmes pratiquant des avortements clandestins chaque ann\u00e9e ne pouvait laisser dans l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ancienne d\u00e9port\u00e9e, sous le gouvernement giscardien, dut agir. Faute morale ou justice accouch\u00e9e, l\u2019heure n\u2019est pas au jugement \u2013 que les politiques s\u2019en chargent. Comme l\u2019heure n\u2019est pas non plus \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie. Ce serait rendre un hommage saccad\u00e9 que de faire dire au texte rendant l\u00e9gal l\u2019avortement ce qu\u2019il ne veut pas dire. Le propos de Simone Veil est clair. Dans son int\u00e9gralit\u00e9, voici un discours qui continue de marquer l\u2019Histoire contemporaine:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>\u00abMonsieur le pr\u00e9sident, Mesdames, Messieurs,<\/p><p>Si j&#8217;interviens aujourd&#8217;hui \u00e0 cette tribune, ministre de la Sant\u00e9, femme et non parlementaire, pour proposer aux \u00e9lus de la nation une profonde modification de la l\u00e9gislation sur l&#8217;avortement, croyez bien que c&#8217;est avec un profond sentiment d&#8217;humilit\u00e9 devant la difficult\u00e9 du probl\u00e8me, comme devant l&#8217;ampleur des r\u00e9sonances qu&#8217;il suscite au plus intime de chacun des Fran\u00e7ais et des Fran\u00e7aises, et en pleine conscience de la gravit\u00e9 des responsabilit\u00e9s que nous allons assumer ensemble.<\/p><p>Mais c&#8217;est aussi avec la plus grande conviction que je d\u00e9fendrai un projet longuement r\u00e9fl\u00e9chi et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 par l&#8217;ensemble du gouvernement, un projet qui, selon les termes m\u00eames du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, a pour objet de &#8216;mettre fin \u00e0 une situation de d\u00e9sordre et d&#8217;injustice et d&#8217;apporter une solution mesur\u00e9e et humaine \u00e0 un des probl\u00e8mes les plus difficiles de notre temps&#8217;.<\/p><p>Si le gouvernement peut aujourd&#8217;hui vous pr\u00e9senter un tel projet, c&#8217;est gr\u00e2ce \u00e0 tous ceux d&#8217;entre vous \u2013 et ils sont nombreux et de tous horizons \u2013 qui, depuis plusieurs ann\u00e9es, se sont efforc\u00e9s de proposer une nouvelle l\u00e9gislation, mieux adapt\u00e9e au consensus social et \u00e0 la situation de fait que conna\u00eet notre pays.<\/p><p>C&#8217;est aussi parce que le gouvernement de M. Messmer avait pris la responsabilit\u00e9 de vous soumettre un projet novateur et courageux. Chacun d&#8217;entre nous garde en m\u00e9moire la tr\u00e8s remarquable et \u00e9mouvante pr\u00e9sentation qu&#8217;en avait faite M. Jean Taittinger.<\/p><p>C&#8217;est enfin parce que, au sein d&#8217;une commission sp\u00e9ciale pr\u00e9sid\u00e9e par M. Berger, nombreux sont les d\u00e9put\u00e9s qui ont entendu, pendant de longues heures, les repr\u00e9sentants de toutes les familles d&#8217;esprit, ainsi que les principales personnalit\u00e9s comp\u00e9tentes en la mati\u00e8re.<\/p><p>Pourtant, d&#8217;aucuns s&#8217;interrogent encore : une nouvelle loi est-elle vraiment n\u00e9cessaire ? Pour quelques-uns, les choses sont simples : il existe une loi r\u00e9pressive, il n&#8217;y a qu&#8217;\u00e0 l&#8217;appliquer. D&#8217;autres se demandent pourquoi le Parlement devrait trancher maintenant ces probl\u00e8mes : nul n&#8217;ignore que depuis l&#8217;origine, et particuli\u00e8rement depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, la loi a toujours \u00e9t\u00e9 rigoureuse, mais qu&#8217;elle n&#8217;a \u00e9t\u00e9 que peu appliqu\u00e9e.<\/p><p>En quoi les choses ont-elles donc chang\u00e9, qui oblige \u00e0 intervenir ? Pourquoi ne pas maintenir le principe et continuer \u00e0 ne l&#8217;appliquer qu&#8217;\u00e0 titre exceptionnel ? Pourquoi consacrer une pratique d\u00e9lictueuse et, ainsi, risquer de l&#8217;encourager ? Pourquoi l\u00e9gif\u00e9rer et couvrir ainsi le laxisme de notre soci\u00e9t\u00e9, favoriser les \u00e9go\u00efsmes individuels au lieu de faire revivre une morale de civisme et de rigueur ? Pourquoi risquer d&#8217;aggraver un mouvement de d\u00e9natalit\u00e9 dangereusement amorc\u00e9 au lieu de promouvoir une politique familiale g\u00e9n\u00e9reuse et constructive qui permette \u00e0 toutes les m\u00e8res de mettre au monde et d&#8217;\u00e9lever les enfants qu&#8217;elles ont con\u00e7us ?<\/p><p>Parce que tout nous montre que la question ne se pose pas en ces termes. Croyez-vous que ce gouvernement, et celui qui l&#8217;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 se seraient r\u00e9solus \u00e0 \u00e9laborer un texte et \u00e0 vous le proposer s&#8217;ils avaient pens\u00e9 qu&#8217;une autre solution \u00e9tait encore possible ?<\/p><p>Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un point o\u00f9, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus \u00e9luder leurs responsabilit\u00e9s. Tout le d\u00e9montre : les \u00e9tudes et les travaux men\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es, les auditions de votre commission, l&#8217;exp\u00e9rience des autres pays europ\u00e9ens. Et la plupart d&#8217;entre vous le sentent, qui savent qu&#8217;on ne peut emp\u00eacher les avortements clandestins et qu&#8217;on ne peut non plus appliquer la loi p\u00e9nale \u00e0 toutes les femmes qui seraient passibles de ses rigueurs.<\/p><p>Pourquoi donc ne pas continuer \u00e0 fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai m\u00eame qu&#8217;elle est d\u00e9plorable et dramatique.<\/p><p>Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafou\u00e9e, pire m\u00eame, ridiculis\u00e9e. Lorsque l&#8217;\u00e9cart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu&#8217;il n&#8217;y a plus \u00e0 proprement parler de r\u00e9pression, c&#8217;est le respect des citoyens pour la loi, et donc l&#8217;autorit\u00e9 de l&#8217;Etat, qui sont mis en cause.<\/p><p>Lorsque les m\u00e9decins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font conna\u00eetre publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invit\u00e9s \u00e0 en r\u00e9f\u00e9rer dans chaque cas au minist\u00e8re de la Justice, lorsque des services sociaux d&#8217;organismes publics fournissent \u00e0 des femmes en d\u00e9tresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux m\u00eames fins, sont organis\u00e9s ouvertement et m\u00eame par charter des voyages \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de d\u00e9sordre et d&#8217;anarchie qui ne peut plus continuer.<\/p><p>Mais ? Me direz-vous, pourquoi avoir laiss\u00e9 la situation se d\u00e9grader ainsi et pourquoi la tol\u00e9rer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?<\/p><p>Parce que si des m\u00e9decins, si des personnels sociaux, si m\u00eame un certain nombre de citoyens participent \u00e0 ces actions ill\u00e9gales, c&#8217;est bien qu&#8217;ils s&#8217;y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confront\u00e9s \u00e0 des situations de fait qu&#8217;ils ne peuvent m\u00e9conna\u00eetre. Parce qu&#8217;en face d&#8217;une femme d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 interrompre sa grossesse, ils savent qu&#8217;en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l&#8217;angoisse d&#8217;un acte perp\u00e9tr\u00e9 dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutil\u00e9e \u00e0 jamais. Ils savent que la m\u00eame femme, si elle a de l&#8217;argent, si elle sait s&#8217;informer, se rendra dans un pays voisin ou m\u00eame en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune p\u00e9nalit\u00e9, mettre fin \u00e0 sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas n\u00e9cessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300.000 chaque ann\u00e9e. Ce sont celles que nous c\u00f4toyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la d\u00e9tresse et les drames.<\/p><p>C&#8217;est \u00e0 ce d\u00e9sordre qu&#8217;il faut mettre fin. C&#8217;est cette injustice qu&#8217;il convient de faire cesser.<\/p><p>Je voudrais tout d\u2019abord vous faire partager une conviction de femme \u2013 je m\u2019excuse de le faire devant cette Assembl\u00e9e presque exclusivement compos\u00e9e d\u2019hommes : aucune femme ne recourt de gaiet\u00e9 de c\u0153ur \u00e0 l\u2019avortement. Il suffit d\u2019\u00e9couter les femmes. C\u2019est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C\u2019est pourquoi, si le projet qui vous est pr\u00e9sent\u00e9 tient compte de la situation de fait existante, s\u2019il admet la possibilit\u00e9 d\u2019une interruption de grossesse, c\u2019est pour la contr\u00f4ler et, autant que possible, en dissuader la femme. Nous pensons ainsi r\u00e9pondre au d\u00e9sir conscient ou inconscient de toutes les femmes qui se trouvent dans cette situation d\u2019angoisse, si bien d\u00e9crite et analys\u00e9e par certaines des personnalit\u00e9s que votre commission sp\u00e9ciale a entendues au cours de l\u2019automne 1973. Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation ce d\u00e9tresse, qui s\u2019en pr\u00e9occupe ? La loi les rejette non seulement dans l\u2019opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l\u2019anonymat et l\u2019angoisse des poursuites. Contraintes de cacher leur \u00e9tat, trop souvent elles ne trouvent personne pour les \u00e9couter, les \u00e9clairer et leur apporter un appui et une protection.<\/p><p>Parmi ceux qui combattent aujourd\u2019hui une \u00e9ventuelle modification de la loi r\u00e9pressive, combien sont-ils ceux qui se sont pr\u00e9occup\u00e9s d\u2019aider ces femmes dans leur d\u00e9tresse ? Combien sont-ils ceux qui au-del\u00e0 de ce qu\u2019ils jugent comme une faute, ont su manifester aux jeunes m\u00e8res c\u00e9libataires la compr\u00e9hension et l\u2019appui moral dont elles avaient grand besoin ?<\/p><p>Je sais qu\u2019il en existe et je me garderai de g\u00e9n\u00e9raliser. Je n\u2019ignore pas l\u2019action de ceux qui, profond\u00e9ment conscients de leurs responsabilit\u00e9s, font tout ce qui est \u00e0 leur port\u00e9e pour permettre \u00e0 ces femmes d\u2019assumer leur maternit\u00e9. Nous aiderons leur entreprise ; nous ferons appel \u00e0 eux pour nous aider \u00e0 assurer les consultations sociales pr\u00e9vues par la loi. Mais la sollicitude et l\u2019aide, lorsqu\u2019elles existent, ne suffisent pas toujours \u00e0 dissuader. Certes, les difficult\u00e9s auxquelles sont confront\u00e9es les femmes sont parfois moins graves qu\u2019elles ne les per\u00e7oivent. Certaines peuvent \u00eatre d\u00e9dramatis\u00e9es et surmont\u00e9es ; mais d\u2019autres demeurent qui font que certaines femmes se sentent accul\u00e9es \u00e0 une situation sans autre issue que le suicide, la ruine de leur \u00e9quilibre familial ou le malheur de leurs enfants. C\u2019est l\u00e0, h\u00e9las, la plus fr\u00e9quente des r\u00e9alit\u00e9s, bien davantage que l\u2019avortement dit &#8220;de convenance&#8221;. S\u2019il n\u2019en \u00e9tait pas ainsi, croyez-vous que tous les pays, les uns apr\u00e8s les autres, auraient \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 r\u00e9former leur l\u00e9gislation en la mati\u00e8re et \u00e0 admettre que ce qui \u00e9tait hier s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9 soit d\u00e9sormais l\u00e9gal ?<\/p><p>Ainsi, conscient d\u2019une situation intol\u00e9rable pour l\u2019Etat et injuste aux yeux de la plupart, le gouvernement a renonc\u00e9 \u00e0 la voie de la facilit\u00e9, celle qui aurait consist\u00e9 \u00e0 ne pas intervenir. C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 cela le laxisme. Assumant ses responsabilit\u00e9s, il vous soumet un projet de loi propre \u00e0 apporter \u00e0 ce probl\u00e8me une solution \u00e0 la fois r\u00e9aliste, humaine et juste. Certains penseront sans doute que notre seule pr\u00e9occupation a \u00e9t\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de la femme, que c\u2019est un texte qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 dans cette seule perspective. Il n\u2019y est gu\u00e8re question ni de la soci\u00e9t\u00e9 ou plut\u00f4t de la nation, ni du p\u00e8re de l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre et moins encore de cet enfant. Je me garde bien de croire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une affaire individuelle ne concernant que la femme et que la nation n\u2019est pas en cause. Ce probl\u00e8me la concerne au premier chef, mais sous des angles diff\u00e9rents et qui ne requi\u00e8rent pas n\u00e9cessairement les m\u00eames solutions.<\/p><p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de la nation, c\u2019est assur\u00e9ment que la France soit jeune, que sa population soit en pleine croissance. Un tel projet, adopt\u00e9 apr\u00e8s une loi lib\u00e9ralisant la contraception, ne risque-t-il pas d\u2019entra\u00eener une chute importante de notre taux de natalit\u00e9 qui amorce d\u00e9j\u00e0 une baisse inqui\u00e9tante ? Ce n\u2019est l\u00e0 ni un fait nouveau, ni une \u00e9volution propre \u00e0 la France : un mouvement de baisse assez r\u00e9gulier des taux de natalit\u00e9 et de f\u00e9condit\u00e9 est apparu depuis 1965 dans tous les pays europ\u00e9ens, quelle que soit leur l\u00e9gislation en mati\u00e8re d\u2019avortement ou m\u00eame de contraception. Il serait hasardeux de chercher des causes simples \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi g\u00e9n\u00e9ral. Aucune explication ne peut y \u00eatre apport\u00e9e au niveau national. Il s\u2019agit d\u2019un fait de civilisation r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019\u00e9poque que nous vivons et qui ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e8gles complexes que d\u2019ailleurs nous connaissons mal. Les observations faites dans de nombreux pays \u00e9trangers par les d\u00e9mographes ne permettent pas d\u2019affirmer qu\u2019il existe une corr\u00e9lation d\u00e9montr\u00e9e entre une modification de la l\u00e9gislation de l\u2019avortement et l\u2019\u00e9volution des taux de natalit\u00e9 et surtout de f\u00e9condit\u00e9. Il est vrai que l\u2019exemple de la Roumanie semble d\u00e9mentir cette constatation, puisque la d\u00e9cision prise par le gouvernement de ce pays, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1966, de revenir sur des dispositions non r\u00e9pressives adopt\u00e9es dix ans plus t\u00f4t a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019une forte explosion de natalit\u00e9. Cependant, ce qu\u2019on omet de dire, c\u2019est qu\u2019une baisse non moins spectaculaire s\u2019est produite ensuite et il est essentiel de remarquer que dans ce pays, o\u00f9 n\u2019existait aucune forme de contraception moderne, l\u2019avortement a \u00e9t\u00e9 le mode principal de limitation des naissances.<\/p><p>L\u2019intervention brutale d\u2019une l\u00e9gislation restrictive explique bien dans ce contexte un ph\u00e9nom\u00e8ne qui est demeur\u00e9 exceptionnel et passager. Tout laisse \u00e0 penser que l\u2019adoption du projet de loi n\u2019aura que peu d\u2019effets sur le niveau de fatalit\u00e9 en France, les avortements l\u00e9gaux rempla\u00e7ant en fait les avortements clandestins, une fois pass\u00e9e une p\u00e9riode d\u2019\u00e9ventuelles oscillations \u00e0 court terme. Il n\u2019en reste pas moins que la baisse de notre natalit\u00e9, si elle est ind\u00e9pendante de l\u2019\u00e9tat de la l\u00e9gislation sur l\u2019avortement, est un ph\u00e9nom\u00e8ne inqui\u00e9tant, \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel les pouvoirs publics ont l\u2019imp\u00e9rieux devoir de r\u00e9agir.<\/p><p>Une des premi\u00e8res r\u00e9unions du conseil de planification que pr\u00e9sidera le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique va \u00eatre consacr\u00e9e \u00e0 un examen d\u2019ensemble des probl\u00e8mes de la d\u00e9mographie fran\u00e7aise et des moyens de mettre un frein \u00e0 une \u00e9volution inqui\u00e9tante pour l\u2019avenir du pays. Quant \u00e0 la politique familiale, le gouvernement a estim\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un probl\u00e8me distinct de celui de la l\u00e9gislation sur l\u2019avortement et qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de lier ces deux probl\u00e8mes dans la discussion l\u00e9gislative.<\/p><p>Cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y attache pas une extr\u00eame importance. D\u00e8s vendredi, l\u2019Assembl\u00e9e aura \u00e0 d\u00e9lib\u00e9rer d\u2019un projet de loi tendant \u00e0 am\u00e9liorer tr\u00e8s sensiblement les allocations servies en mati\u00e8re des frais de garde et les allocations dites d\u2019orphelin, qui sont notamment destin\u00e9es aux enfants des m\u00e8res c\u00e9libataires. Ce projet r\u00e9formera, en outre, le r\u00e9gime de l\u2019allocation maternit\u00e9 et les conditions d\u2019attribution des pr\u00eats aux jeunes m\u00e9nages.<\/p><p>En ce qui me concerne, je m\u2019appr\u00eate \u00e0 proposer \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e divers projets. L\u2019un d\u2019entre eux tend \u00e0 favoriser l\u2019action des travailleuses familiales en pr\u00e9voyant leur intervention \u00e9ventuelle au titre de l\u2019aide sociale. Un autre a pour objet d\u2019am\u00e9liorer les conditions de fonctionnement et de financement des centres maternels, o\u00f9 sont accueillies les jeunes m\u00e8res en difficult\u00e9 pendant leur grossesse et les premiers mois de la vie de leur enfant. J\u2019ai l\u2019intention de faire un effort particulier pour la lutte contre la st\u00e9rilit\u00e9, par la suppression du ticket mod\u00e9rateur pour toutes les consultations en cette mati\u00e8re. D\u2019autre part, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 l\u2019Inserm de lancer, d\u00e8s 1975, une action th\u00e9matique de recherche sur ce probl\u00e8me de la st\u00e9rilit\u00e9 qui d\u00e9sesp\u00e8re tant de couples. Avec M. le garde des Sceaux, je me pr\u00e9pare \u00e0 tirer les conclusions du rapport que votre coll\u00e8gue, M. Rivierez, parlementaire en mission, vient de r\u00e9diger sur l\u2019adoption.<\/p><p>R\u00e9pondant aux v\u0153ux de tant de personnes qui souhaitent adopter un enfant, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019instituer un Conseil sup\u00e9rieur de l\u2019adoption qui sera charg\u00e9 de soumettre aux pouvoirs publics toutes suggestions utiles sur ce probl\u00e8me. Enfin et surtout, le gouvernement s\u2019est publiquement engag\u00e9, par la voix de M. Durafour, \u00e0 entamer d\u00e8s les toutes prochaines semaines avec les organisations familiales la n\u00e9gociation d\u2019un contrat de progr\u00e8s dont le contenu sera arr\u00eat\u00e9 d\u2019un commun accord avec les repr\u00e9sentants des familles, sur la base de propositions qui seront soumises au Conseil consultatif de la famille que je pr\u00e9side.<\/p><p>En r\u00e9alit\u00e9, comme le soulignent tous les d\u00e9mographes, ce qui importe, c\u2019est de modifier l\u2019image que se font les Fran\u00e7ais du nombre id\u00e9al d\u2019enfants par couple. Cet objectif est infiniment complexe et la discussion de l\u2019avortement ne saurait se limiter \u00e0 des mesures financi\u00e8res n\u00e9cessairement ponctuelles.<\/p><p>Le second absent dans ce projet pour beaucoup d\u2019entre vous sans doute, c\u2019est le p\u00e8re. La d\u00e9cision de l\u2019interruption de grossesse ne devrait pas, chacun le ressent, \u00eatre prise par la femme seule, mais aussi par son mari ou son compagnon. Je souhaite, pour ma part, que dans les faits il en soit toujours ainsi et j\u2019approuve la commission de nous avoir propos\u00e9 une modification en ce sens ; mais, comme elle l\u2019a fort bien compris, il n\u2019est pas possible d\u2019instituer en cette mati\u00e8re une obligation juridique.<\/p><p>Enfin, le troisi\u00e8me absent, n\u2019est-ce pas cette promesse de vie que porte en elle la femme ? Je me refuse \u00e0 entrer dans les discussions scientifiques et philosophiques dont les auditions de la commission ont montr\u00e9 qu\u2019elles posaient un probl\u00e8me insoluble. Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement m\u00e9dical, l\u2019embryon porte en lui d\u00e9finitivement toutes les virtualit\u00e9s de l\u2019\u00eatre humain qu\u2019il deviendra. Mais il n\u2019est encore qu\u2019un devenir, qui aura \u00e0 surmonter bien des al\u00e9as avant de venir \u00e0 terme, un fragile cha\u00eenon de la transmission de la vie. Faut-il rappeler que, selon les \u00e9tudes de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9, sur cent conceptions, quarante-cinq s\u2019interrompent d\u2019elles-m\u00eames au cours des deux premi\u00e8res semaines et que, sur cent grossesses au d\u00e9but de la troisi\u00e8me semaine, un quart n\u2019arrivent pas \u00e0 terme, du seul fait de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels ?<\/p><p>La seule certitude sur laquelle nous puissions nous appuyer, c\u2019est le fait qu\u2019une femme ne prend pleine conscience qu\u2019elle porte un \u00eatre vivant \nqui sera un jour son enfant que lorsqu\u2019elle ressent en elle les premi\u00e8res manifestations de cette vie. Et c\u2019est, sauf pour les femmes qu\u2019anime une profonde conviction religieuse, ce d\u00e9calage entre ce qui n\u2019est qu\u2019un devenir pour lequel la femme n\u2019\u00e9prouve pas encore de sentiment profond et ce qu\u2019est l\u2019enfant d\u00e8s l\u2019instant de sa naissance qui explique que certaines, qui repousseraient avec horreur l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 monstrueuse de l\u2019infanticide, se r\u00e9signent \u00e0 envisager la perspective de l\u2019avortement. Combien d\u2019entre nous, devant le cas d\u2019un \u00eatre cher dont l\u2019avenir serait irr\u00e9m\u00e9diablement compromis, n\u2019ont pas eu le sentiment que les principes devaient parfois c\u00e9der le pas ! Il n\u2019en serait pas de m\u00eame \u2013 c\u2019est \u00e9vident \u2013 si cet acte \u00e9tait v\u00e9ritablement per\u00e7u comme un crime analogue aux autres.<\/p><p>Certains, parmi ceux qui ont les plus oppos\u00e9s au vote de ce projet, acceptent qu\u2019en fait on n\u2019exerce plus de poursuites et s\u2019opposeraient m\u00eame avec moins de vigueur au vote d\u2019un texte qui se bornerait \u00e0 pr\u00e9voir la suspension des poursuites p\u00e9nales. C\u2019est donc qu\u2019eux-m\u00eames per\u00e7oivent qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un acte d\u2019une nature particuli\u00e8re, ou, en tout cas, d\u2019un acte qui appelle une solution sp\u00e9cifique. L\u2019Assembl\u00e9e ne m\u2019en voudra pas d\u2019avoir abord\u00e9 longuement cette question. Vous sentez tous que c\u2019est l\u00e0 un point essentiel, sans doute, le fond m\u00eame du d\u00e9bat. Il convenait de l\u2019\u00e9voquer avant d\u2019en venir \u00e0 l\u2019examen du contenu du projet.<\/p><p>En pr\u00e9parant le projet qu\u2019il vous soumet aujourd\u2019hui, le gouvernement s\u2019est fix\u00e9 un triple objectif : faire une loi r\u00e9ellement applicable ; faire une loi dissuasive ; faire une loi protectrice. Ce triple objectif explique l\u2019\u00e9conomie du projet. Une loi applicable d\u2019abord. Un examen rigoureux des modalit\u00e9s et des cons\u00e9quences de la d\u00e9finition de cas dans lesquels serait autoris\u00e9e l\u2019interruption de grossesse r\u00e9v\u00e8le d\u2019insurmontables contradictions. Si ces conditions sont d\u00e9finies en termes pr\u00e9cis \u2013 par exemple, l\u2019existence de graves menaces pour la sant\u00e9 physique ou mentale de la femme, ou encore, par exemple, les cas de viol ou d\u2019inceste v\u00e9rifi\u00e9s par un magistrat \u2013, il est clair que la modification de la l\u00e9gislation n\u2019atteindra pas son but quand ces crit\u00e8res seront r\u00e9ellement respect\u00e9s, puisque la proportion d\u2019interruptions de grossesse pour de tels motifs est faible. Au surplus, l\u2019appr\u00e9ciation de cas \u00e9ventuels de viol ou d\u2019inceste soul\u00e8verait des probl\u00e8mes de preuve pratiquement insolubles dans un d\u00e9lai adapt\u00e9 \u00e0 la situation. Si, au contraire, c\u2019est une d\u00e9finition large qui est donn\u00e9e \u2013 par exemple, le risque pour la sant\u00e9 physique ou l\u2019\u00e9quilibre psychologique ou la difficult\u00e9 des conditions mat\u00e9rielles ou morales d\u2019existence \u2013, il est clair que les m\u00e9decins ou les commissions qui seraient charg\u00e9s de d\u00e9cider si ces conditions sont r\u00e9unies auraient \u00e0 prendre leur d\u00e9cision sur la base de crit\u00e8res insuffisamment pr\u00e9cis pour \u00eatre objectifs.<\/p><p>Dans de tels syst\u00e8mes, l\u2019autorisation de pratiquer l\u2019interruption de grossesse n\u2019est en pratique donn\u00e9e qu\u2019en fonction des conceptions personnelles des m\u00e9decins ou des commissions en mati\u00e8re d\u2019avortement et ce sont les femmes les moins habiles \u00e0 trouver le m\u00e9decin le plus compr\u00e9hensif ou la commission la plus indulgente qui se trouveront encore dans une situation sans issue. Pour \u00e9viter cette injustice, l\u2019autorisation est donn\u00e9e dans bien des pays de fa\u00e7on quasi automatique, ce qui rend une telle proc\u00e9dure inutile, tout en laissant \u00e0 elles-m\u00eames un certain nombre de femmes qui ne veulent pas encourir l\u2019humiliation de se pr\u00e9senter devant une instance qu\u2019elles ressentent comme un tribunal.<\/p><p>Or, si le l\u00e9gislateur est appel\u00e9 \u00e0 modifier les textes en vigueur, c\u2019est pour mettre fin aux avortements clandestins qui sont le plus souvent le fait de celles qui, pour des raisons sociales, \u00e9conomiques ou psychologiques, se sentent dans une telle situation de d\u00e9tresse qu\u2019elles sont d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 mettre fin \u00e0 leur grossesse dans n\u2019importe quelles conditions. C\u2019est pourquoi, renon\u00e7ant \u00e0 une formule plus ou moins ambigu\u00eb ou plus ou moins vague, le gouvernement a estim\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019affronter la r\u00e9alit\u00e9 et de reconna\u00eetre qu\u2019en d\u00e9finitive la d\u00e9cision ultime ne peut \u00eatre prise que par la femme.<\/p><p>Remettre la d\u00e9cision \u00e0 la femme, n\u2019est-ce pas contradictoire avec l\u2019objectif de dissuasion, le deuxi\u00e8me des trois que s\u2019assigne ce projet ?<\/p><p>Ce n\u2019est pas un paradoxe que de soutenir qu\u2019une femme sur laquelle p\u00e8se l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de son geste h\u00e9sitera davantage \u00e0 l\u2019accomplir que celle qui aurait le sentiment que la d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 sa place par d\u2019autres.<\/p><p>Le gouvernement a choisi une solution marquant clairement la responsabilit\u00e9 de la femme parce qu\u2019elle est plus dissuasive au fond qu\u2019une autorisation \u00e9manant d\u2019un tiers qui ne serait ou ne deviendrait vite qu\u2019un faux-semblant.<\/p><p>Ce qu\u2019il faut, c\u2019est que cette responsabilit\u00e9, la femme ne l\u2019exerce pas dans la solitude ou dans l\u2019angoisse.<\/p><p>Tout en \u00e9vitant d\u2019instituer une proc\u00e9dure qui puisse la d\u00e9tourner d\u2019y avoir recours, le projet pr\u00e9voit donc diverses consultations qui doivent la conduire \u00e0 mesurer toute la gravit\u00e9 de la d\u00e9cision qu\u2019elle se propose de prendre.<\/p><p>Le m\u00e9decin peut jouer ici un r\u00f4le capital, d\u2019une part, en informant compl\u00e8tement la femme des risques m\u00e9dicaux de l\u2019interruption de grossesse qui sont maintenant bien connus, et tout sp\u00e9cialement des risques de pr\u00e9maturit\u00e9 de ses enfants futurs, et, d\u2019autre part, en la sensibilisant au probl\u00e8me de la contraception.<\/p><p>Cette t\u00e2che de dissuasion et de conseil revient au corps m\u00e9dical de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e et je sais pouvoir compter sur l\u2019exp\u00e9rience et le sens de l\u2019humain des m\u00e9decins pour qu\u2019ils s\u2019efforcent d\u2019\u00e9tablir au cours de ce colloque singulier le dialogue confiant et attentif que les femmes recherchent, parfois m\u00eame inconsciemment.<\/p><p>Le projet pr\u00e9voit ensuite une consultation aupr\u00e8s d\u2019un organisme social qui aura pour mission d\u2019\u00e9couter la femme, ou le couple lorsqu\u2019il y en a un, de lui laisser exprimer sa d\u00e9tresse, de l\u2019aider \u00e0 obtenir des aides si cette d\u00e9tresse est financi\u00e8re, de lui faire prendre conscience de la r\u00e9alit\u00e9 des obstacles qui s\u2019opposent ou semblent s\u2019opposer \u00e0 l\u2019accueil d\u2019un enfant. Bien des femmes apprendront ainsi \u00e0 l\u2019occasion de cette consultation qu\u2019elles peuvent accoucher anonymement et gratuitement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et que l\u2019adoption \u00e9ventuelle de leur enfant peut constituer une solution.<\/p><p>Il va sans dire que nous souhaitons que ces consultations soient le plus diversifi\u00e9es possible et que, notamment, les organismes qui se sont sp\u00e9cialis\u00e9s pour aider les jeunes femmes en difficult\u00e9 puissent continuer \u00e0 les accueillir et \u00e0 leur apporter l\u2019aide qui les incite \u00e0 renoncer \u00e0 leur projet. Tous ces entretiens auront naturellement lieu seul \u00e0 seule, et il est bien \u00e9vident que l\u2019exp\u00e9rience et la psychologie des personnes appel\u00e9es \u00e0 accueillir les femmes en d\u00e9tresse pourront contribuer de fa\u00e7on non n\u00e9gligeable \u00e0 leur apporter un soutien de nature \u00e0 les faire changer d\u2019avis. Ce sera, en outre, une nouvelle occasion d\u2019\u00e9voquer avec la femme le probl\u00e8me de la contraception et la n\u00e9cessit\u00e9, dans l\u2019avenir, d\u2019utiliser des moyens contraceptifs pour ne plus jamais avoir \u00e0 prendre la d\u00e9cision d\u2019interrompre une grossesse pour les cas o\u00f9 la femme ne d\u00e9sirerait pas avoir d\u2019enfant. Cette information en mati\u00e8re de r\u00e9gulation des naissances \u2013 qui est la meilleure des dissuasions \u00e0 l\u2019avortement \u2013 nous para\u00eet si essentielle que nous avons pr\u00e9vu d\u2019en faire une obligation, sous peine de fermeture administrative, \u00e0 la charge des \u00e9tablissements o\u00f9 se feraient les interruptions de grossesse. Les deux entretiens qu\u2019elle aura eus, ainsi que le d\u00e9lai de r\u00e9flexion de huit jours qui lui sera impos\u00e9, ont paru indispensables pour faire prendre conscience \u00e0 la femme de ce qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un acte normal ou banal, mais d\u2019une d\u00e9cision grave qui ne peut \u00eatre prise sans en avoir pes\u00e9 les cons\u00e9quences et qu\u2019il convient d\u2019\u00e9viter \u00e0 tout prix. Ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s cette prise de conscience, et dans le cas o\u00f9 la femme n\u2019aurait pas renonc\u00e9 \u00e0 sa d\u00e9cision, que l\u2019interruption de grossesse pourrait avoir lieu. Cette intervention ne doit toutefois pas \u00eatre pratiqu\u00e9e sans de strictes garanties m\u00e9dicales pour la femme elle-m\u00eame et c\u2019est le troisi\u00e8me objectif du projet de loi : prot\u00e9ger la femme.<\/p><p>Tout d\u2019abord, l\u2019interruption de grossesse ne peut \u00eatre que pr\u00e9coce, parce que ses risques physiques et psychiques, qui ne sont jamais nuls, deviennent trop s\u00e9rieux apr\u00e8s la fin de la dixi\u00e8me semaine qui suit la conception pour que l\u2019on permette aux femmes de s\u2019y exposer.<\/p><p>Ensuite, l\u2019interruption de grossesse ne peut \u00eatre pratiqu\u00e9e que par un m\u00e9decin, comme c\u2019est la r\u00e8gle dans tous les pays qui ont modifi\u00e9 leur l\u00e9gislation dans ce domaine. Mais il va de soi qu\u2019aucun m\u00e9decin ou auxiliaire m\u00e9dical ne sera jamais tenu d\u2019y participer.<\/p><p>Enfin, pour donner plus de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la femme, l\u2019intervention ne sera permise qu\u2019en milieu hospitalier, public ou priv\u00e9.<\/p><p>Il ne faut pas dissimuler que le respect de ces dispositions que le gouvernement juge essentielles, et qui restent sanctionn\u00e9es par les p\u00e9nalit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 317 du code p\u00e9nal maintenues en vigueur \u00e0 cet \u00e9gard, implique une s\u00e9rieuse remise en ordre que le gouvernement entend mener \u00e0 bien. Il sera mis fin \u00e0 des pratiques qui ont re\u00e7u r\u00e9cemment une f\u00e2cheuse publicit\u00e9 et qui ne pourront plus \u00eatre tol\u00e9r\u00e9es d\u00e8s lors que les femmes auront la possibilit\u00e9 de recourir l\u00e9galement \u00e0 des interventions accomplies dans de r\u00e9elles conditions de s\u00e9curit\u00e9. De m\u00eame, le gouvernement est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 appliquer fermement les dispositions nouvelles qui remplaceront celles de la loi de 1920 en mati\u00e8re de propagande et de publicit\u00e9. Contrairement \u00e0 ce qui est dit ici ou l\u00e0, le projet n\u2019interdit pas de donner des informations sur la loi et sur l\u2019avortement ; il interdit l\u2019incitation \u00e0 l\u2019avortement par quelque moyen que ce soit car cette incitation reste inadmissible.<\/p><p>Cette fermet\u00e9, le gouvernement la montrera encore en ne permettant pas que l\u2019interruption de grossesse donne lieu \u00e0 des profits choquants ; les honoraires et les frais d\u2019hospitalisation ne devront pas d\u00e9passer des plafonds fix\u00e9s par d\u00e9cision administrative en vertu de la l\u00e9gislation relative aux prix. Dans le m\u00eame souci, et pour \u00e9viter de tomber dans les abus constat\u00e9s dans certains pays, les \u00e9trang\u00e8res devront justifier de conditions de r\u00e9sidence pour que leur grossesse puisse \u00eatre interrompue.<\/p><p>Je voudrais enfin expliquer l\u2019option prise par le gouvernement, qui a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e par certains, sur le non-remboursement de l\u2019interruption de grossesse par la S\u00e9curit\u00e9 sociale.<\/p><p>Lorsque l\u2019on sait que les soins dentaires, les vaccinations non obligatoires, les verres correcteurs ne sont pas ou sont encore tr\u00e8s incompl\u00e8tement rembours\u00e9s par la S\u00e9curit\u00e9 sociale, comment faire comprendre que l\u2019interruption de grossesse soit, elle, rembours\u00e9e ? Si l\u2019on s\u2019en tient aux principes g\u00e9n\u00e9raux de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, l\u2019interruption de grossesse, lorsqu\u2019elle n\u2019est pas th\u00e9rapeutique, n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre prise en charge. Faut-il faire exception \u00e0 ce principe ? Nous ne le pensons pas, car il nous a paru n\u00e9cessaire de souligner la gravit\u00e9 d\u2019un acte qui doit rester exceptionnel, m\u00eame s\u2019il entra\u00eene dans certains cas une charge financi\u00e8re pour les femmes. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est que l\u2019absence de ressources ne puisse pas emp\u00eacher une femme de demander une interruption de grossesse lorsque cela se r\u00e9v\u00e8le indispensable ; c\u2019est pourquoi l\u2019aide m\u00e9dicale a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue pour les plus d\u00e9munies. Ce qu\u2019il faut aussi, c\u2019est bien marquer la diff\u00e9rence entre la contraception qui, lorsque les femmes ne d\u00e9sirent pas un enfant, doit \u00eatre encourag\u00e9e par tous les moyens et dont le remboursement par la S\u00e9curit\u00e9 sociale vient d\u2019\u00eatre d\u00e9cid\u00e9, et l\u2019avortement que la soci\u00e9t\u00e9 tol\u00e8re mais qu\u2019elle ne saurait ni prendre en charge ni encourager.<\/p><p>Rares sont les femmes qui ne d\u00e9sirent pas d\u2019enfant ; la maternit\u00e9 fait partie de l\u2019accomplissement de leur vie et celles qui n\u2019ont pas connu ce bonheur en souffrent profond\u00e9ment. Si l\u2019enfant une fois n\u00e9 est rarement rejet\u00e9 et donne \u00e0 sa m\u00e8re, avec son premier sourire, les plus grandes joies qu\u2019elle puisse conna\u00eetre, certaines femmes se sentent incapables, en raison de difficult\u00e9s tr\u00e8s graves qu\u2019elles connaissent \u00e0 un moment de leur existence, d\u2019apporter \u00e0 un enfant l\u2019\u00e9quilibre affectif et la sollicitude qu\u2019elles lui doivent. A ce moment, elles feront tout pour l\u2019\u00e9viter ou ne pas le garder. Et personne ne pourra les en emp\u00eacher. Mais les m\u00eames femmes, quelques mois plus tard, leur vie affective ou mat\u00e9rielle s\u2019\u00e9tant transform\u00e9e, seront les premi\u00e8res \u00e0 souhaiter un enfant et deviendront peut-\u00eatre les m\u00e8res les plus attentives. C\u2019est pour celles-l\u00e0 que nous voulons mettre fin \u00e0 l\u2019avortement clandestin, auquel elles ne manqueraient pas de recourir, au risque de rester st\u00e9riles ou atteintes au plus profond d\u2019elles-m\u00eames.<\/p><p>J\u2019en arrive au terme de mon expos\u00e9. Volontairement, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 m\u2019expliquer sur la philosophie g\u00e9n\u00e9rale du projet plut\u00f4t que sur le d\u00e9tail de ses dispositions que nous examinerons \u00e0 loisir au cours de la discussion des articles.<\/p><p>Je sais qu\u2019un certain nombre d\u2019entre vous estimeront en conscience qu\u2019ils ne peuvent voter ce texte, pas davantage qu\u2019aucune loi faisant sortir l\u2019avortement de l\u2019interdit et du clandestin. Ceux-l\u00e0, j\u2019esp\u00e8re les avoir au moins convaincus que ce projet est le fruit d\u2019une r\u00e9flexion honn\u00eate et approfondie sur tous les aspects du probl\u00e8me et que, si le gouvernement a pris la responsabilit\u00e9 de le soumettre au Parlement, ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s en avoir mesur\u00e9 la port\u00e9e imm\u00e9diate aussi bien que les cons\u00e9quences futures pour la nation Je ne leur donnerai qu\u2019une preuve, c\u2019est qu\u2019usant d\u2019une proc\u00e9dure tout \u00e0 fait exceptionnelle en mati\u00e8re l\u00e9gislative, le gouvernement vous propose d\u2019en limiter l\u2019application \u00e0 cinq ann\u00e9es. Ainsi dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 il appara\u00eetrait au cours de ce laps de temps que la loi que vous auriez vot\u00e9e ne serait plus adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique ou au progr\u00e8s m\u00e9dical, le Parlement aurait \u00e0 se prononcer \u00e0 nouveau dans cinq ans en tenant compte de ces nouvelles donn\u00e9es.<\/p><p>D\u2019autres h\u00e9sitent encore. Ils sont conscients de la d\u00e9tresse de trop de femmes et souhaitent leur venir en aide ; ils craignent toutefois les effets et les cons\u00e9quences de la loi. A ceux-ci je veux dire que, si la loi est g\u00e9n\u00e9rale et donc abstraite, elle est faite pour s\u2019appliquer \u00e0 des situations individuelles souvent angoissantes ; que si elle n\u2019interdit plus, elle ne cr\u00e9e aucun droit \u00e0 l\u2019avortement et que, comme le disait Montesquieu : &#8216;La nature des lois humaines est d\u2019\u00eatre soumise \u00e0 tous les accidents qui arrivent et de varier \u00e0 mesure que les volont\u00e9s des hommes changent. Au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien, la religion sur le meilleur.&#8217; C\u2019est bien dans cet esprit que depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, gr\u00e2ce au pr\u00e9sident de votre commission des Lois, avec lequel j\u2019ai eu l\u2019honneur de collaborer lorsqu\u2019il \u00e9tait garde des Sceaux, a \u00e9t\u00e9 rajeuni et transform\u00e9 notre prestigieux code civil. Certains ont craint alors qu\u2019en prenant acte d\u2019une nouvelle image de la famille, on ne contribue \u00e0 la d\u00e9t\u00e9riorer. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9 et notre pays peut s\u2019honorer d\u2019une l\u00e9gislation civile d\u00e9sormais plus juste, plus humaine, mieux adapt\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons. Je sais que le probl\u00e8me dont nous d\u00e9battons aujourd\u2019hui concerne des questions infiniment plus graves et qui troublent beaucoup plus la conscience de chacun. Mais en d\u00e9finitive il s\u2019agit aussi d\u2019un probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9.<\/p><p>Je voudrais enfin vous dire ceci : au cours de la discussion, je d\u00e9fendrai ce texte, au nom du gouvernement, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e, et avec toute ma conviction, mais il est vrai que personne ne peut \u00e9prouver une satisfaction profonde \u00e0 d\u00e9fendre un tel texte \u2013 le meilleur possible \u00e0 mon avis \u2013 sur un tel sujet : personne n\u2019a jamais contest\u00e9, et le ministre de la Sant\u00e9 moins que quiconque, que l\u2019avortement soit un \u00e9chec quand il n\u2019est pas un drame.<\/p><p>Mais nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les trois cent mille avortements qui, chaque ann\u00e9e, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours.<\/p><p>L\u2019histoire nous montre que les grands d\u00e9bats qui ont divis\u00e9 un \nmoment les Fran\u00e7ais apparaissent avec le recul du temps comme une \u00e9tape n\u00e9cessaire \u00e0 la formation d\u2019un nouveau consensus social, qui s\u2019inscrit dans la tradition de tol\u00e9rance et de mesure de notre pays.<\/p><p>Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l\u2019avenir.<\/p><p>Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations nous surprennent parfois en ce qu\u2019elles diff\u00e8rent de nous ; nous les avons nous-m\u00eames \u00e9lev\u00e9es de fa\u00e7on diff\u00e9rente de celle dont nous l\u2019avons \u00e9t\u00e9. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d\u2019enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver \u00e0 la vie sa valeur supr\u00eame.\u00bb<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Schreiben Sie dem Autor: <a href=\"mailto:loris.musumeci@leregardlibre.com\">loris.musumeci@leregardlibre.com<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Fotokredit: <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Simone_Veil_par_Claude_Truong-Ngoc_1979.jpeg\">Wikimedia<\/a> CC 3.0<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hommage an Simone Veil<\/p>","protected":false},"author":18,"featured_media":39733,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[644357280],"tags":[713350,585428,25921,50192,820016],"class_list":["post-9642","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-france","tag-avortement","tag-nazisme","tag-sante","tag-shoah","tag-simone-veil"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v26.9 (Yoast SEO v26.9) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Le discours de la loi Veil<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/leregardlibre.com\/de\/politik\/frankreich\/le-discours-de-la-loi-veil\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"de_DE\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le discours de la loi Veil\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Hommage \u00e0 Simone Veil\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/leregardlibre.com\/de\/politik\/frankreich\/le-discours-de-la-loi-veil\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Le Regard Libre\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/leregardlibre\/\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2017-07-03T09:44:21+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-12-13T21:54:56+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/leregardlibre.com\/wp-content\/uploads\/2017\/07\/Simone_Veil_par_Claude_Truong-Ngoc_1979.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1246\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"821\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Loris S. 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