«Goodbye, my love, goodbye»

Le Regard Libre N° 67 – Loris S. Musumeci

Le début de l’aventure remonte à plus de six ans. Nous étions jeunes – nous le sommes toujours! Nous étions fous – nous le sommes toujours davantage! Nous étions beaux – nous le sommes différemment; «des goûts et des couleurs», diraient les beaufs. Un camarade de classe, donc, décide de fonder un magazine. Jusque-là, rien de spécial. Le camarade en question, vous le connaissez bien: un certain Jonas Follonier, ou Jo’ Follo’ pour les intimes, ou M’sieur le rédac’ réac’ en chef pour les pros.

Et c’est là qu’intervient la première bizarrerie de l’histoire: Jonas me propose d’écrire un article pour le premier numéro de son bébé, Le Regard Libre. J’en fus bien surpris: outre le fait que je ne savais pas écrire – mes dissertations n’étaient pas très fameuses –, Jonas et moi n’étions à peu près d’accord sur rien. Et pourtant… prêts à débattre de tout, selon la formule de Zemmour et Naulleau.

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Pas très sûr de moi, je me lance quand même – et pas peu fier, en fait, que ce soit le camarade le plus brillant de la classe qui me propose d’intégrer son journal. On verra bien ce que ça donnera. J’écris un premier article, puis un deuxième, un troisième et ainsi de suite. Et je commence à prendre mon pied. Et je commence peu à peu à apprendre à écrire. Et je commence à mieux connaître Jonas. De copains, bien que farouches adversaires lors de certains débats, nous sommes devenus amis. L’amitié n’a cessé de grandir, cependant que Le Regard Libre devenait de plus en plus fourni et de plus en plus élégant.

Aujourd’hui, Jonas et moi sommes des amis de cœur. Le Regard Libre est devenu un magazine de qualité, et même de qualité premium, si vous voyez ce que je veux dire. Je trouve ce magazine tout simplement magnifique, tant sur le plan esthétique, avec un design qui s’affine d’édition en édition, que sur le plan rédactionnel, avec des articles profonds, originaux, parfois cérébraux, souvent drôles. Sans parler de cette grande équipe de bénévoles un brin fêlés, en tout cas franchement décalés, qui composent la substantifique moelle du magazine, qui en dessinent l’identité.

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Aujourd’hui je m’en vais, vers de nouveaux horizons, pour que l’équipe se renouvelle, pour me consacrer à de nouveaux projets – ce que je raconte pour faire bien, sans avouer qu’il s’agit surtout de libérer du temps pour me consacrer davantage à mes études calamiteuses. Je suis entré au Regard Libre en loser, sans statut, sans situation stable, sans-le-sou; j’en sors toujours aussi loser, toujours sans statut, toujours sans situation stable, toujours sans-le-sou. Et pourtant, je me suis enrichi à en devenir richissime. Cette richesse, je l’ai acquise grâce à mon chef, grâce à l’équipe, grâce à l’effort, grâce au Regard Libre, qui m’a offert depuis 2014 une plume et une opportunité idéale pour l’aiguiser.

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Je quitte la rédaction comblé: j’ai appris à écrire, à lire, je me suis découvert une passion quasiment sexuelle pour le cinéma, j’ai développé mon sens de l’analyse et… j’ai appris aussi à débattre sans modération – les séances de rédaction étant très animées, très inspirées, très inspirantes, sans égales. J’ai appris également ce qu’il faut de courage, d’audace et d’inventivité pour faire connaître un titre. Quelle folle aventure que Le Regard Libre!

Ce n’est pas sans émotion, ni sans une nostalgie qui s’installe déjà en moi, que je dis au revoir à la rédaction, que je vous dis au revoir, chers lecteurs. Et puisqu’un ringard reste un ringard, même lorsqu’il est ému aux larmes, je vous salue avec les paroles d’une chanson de ce démodé de Demis Roussos: «Goodbye, my love, goodbye. Goodbye and ‘‘au revoir’’.»

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Nicolas Locatelli pour Le Regard Libre

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