« Les animaux fantastiques »

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Nous revoilà dans le même univers de fiction que la saga Harry Potter. Sauf que cette fois, l’histoire se passe à New York, dans les année 1920, soit septante ans avant les aventures du jeune sorcier. La ville américaine est secouée par une série de catastrophes inexplicables. Les sorciers, tout comme le spectateur, devinent très vite que ces dernières ont une cause magique. Il y a donc une opposition centrale dans cette série dérivée d’Harry Potter : l’opposition entre magiciens et non-magiciens.

Chez les « non-mages » (appelés « moldus » par les Britanniques), c’est l’inquiétude et la méfiance qui règnent. La secte des Fidèles de Salem se bat même pour une extermination des sorciers. Du côté du congrès américain de la magie, le mot d’ordre est simple : il ne faut pas se dévoiler, afin d’éviter une guerre avec les non-mages. Le décor du premier épisode écrit par J. K. Rowling est donc avant tout politique ; les allusions historiques au destin des Juifs, à la chasse aux sorcières ou au totalitarisme ne sont évidemment pas absentes. Continuer la lecture de « Les animaux fantastiques »

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Du renoncement

Le Regard Libre N° 22 – Sébastien Oreiller

La philosophie orientale, notamment la Baghavad Gita, met souvent en avant le principe du renoncement, renoncement aux désirs et aux attaches matérielles. Hermann Hesse, dans son Siddharta, s’inspire de cette idée du renoncement, tout en l’adaptant à notre optique occidentale, judéo-chrétienne : la conclusion du roman, à travers l’image du fleuve, nous laisse entrevoir le cours de la vie comme étant véritablement le sens du Tout et de l’Un. Exit donc l’idée d’un ermite, à moitié nu, dans une grotte de l’Himalaya. Cette interprétation me paraît attrayante, car elle s’écarte du dessèchement matériel et émotionnel, tout en mettant l’accent sur l’acceptation de son propre sens de la vie, indépendant et pourtant intrinsèquement lié à la vie des autres.

La « Maya » est l’illusion du monde, l’illusion de la réalité des choses. Sans entrer dans un débat platonicien sur les idées, la caverne et autres, restons concrets et disons simplement que la Maya, à notre niveau de tous les jours, peut être l’illusion de l’importance que l’on donne à certaines choses, nous-mêmes, mais surtout les autres. Tous les groupes, qu’il s’agisse de groupes d’âge, de groupes sociaux ou culturels, définissent certains éléments comme ayant plus ou moins de valeur. Sans aller jusqu’à parler d’inconscient collectif pour des faits qui restent, somme toute, bien triviaux, il serait assez justifié de qualifier ces éléments d’habitus, à la suite de Bourdieu, que je n’aime pourtant pas beaucoup. On est bien dans tel groupe, parce que l’on possède ceci, parce que l’on fait cela ; paradoxalement, ceux qui prétendent le plus à l’indépendance, voire à l’irrévérence face aux exigences sociales, peuvent peut-être se le permettre parce que ce sont ceux qui répondent le mieux à ces mêmes critères, des poissons dans l’eau pourrions-nous dire, qui n’ont rien de guérilleros, quoiqu’ils s’en donnent les apparences… Continuer la lecture de Du renoncement

« Polina, danser sa vie »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« C’est quoi pour vous danser ?
Ça vient tout seul. »

Au rythme de la musique et du sang chaud en singularité, Polina, danser sa vie raconte l’histoire éternelle et banale d’une ballerine russe, dans les années 1990, en plein post-communisme.

Le corps de Polina est fin, son mouvement gracieux, et danser lui « vient tout seul ». Ses modestes parents, au moyen de nombreux sacrifices, l’inscrivent alors aux cours de l’exigeant Bojinski pour devenir un jour l’étoile du symbole de la fierté russe : le théâtre du Bolchoï.

La petite fille grandit, sa silhouette devient plus fortement délicate et son regard et ses lèvres plus sensuels. Après plusieurs années dures et fermes chez le maître, il est temps de passer l’audition pour pénétrer le rêve du Bolchoï. Polina passe remarquablement l’audition, mais, du haut de ses dix-huit ans, elle tombe amoureuse d’un charmant danseur français, de passage à Moscou. A la triste amertume de sa mère, la petite étoile décide de s’envoler pour Aix-en-Provence en compagnie de son âme sœur. Continuer la lecture de « Polina, danser sa vie »

Exit, un joyeux suicide

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Il y a aujourd’hui dix nuits de cela, Monsieur « O. » se donnait la mort, dans la solitude de son domicile. Il se sentait « fatigué de vivre », disait-il. Le suicide est sombre et dramatique. Il n’est rien de plus horrible que de perdre son corps en le regardant ridé et marqué d’une vie qui n’a encore jamais cessé. C’est toujours la première fois que l’on meurt. Assister au dernier instant de l’existence, sa propre existence, donne le frisson de la nouveauté, de la grandeur, de la fin. L’ultime frisson : inutile, oublié, mort.

Monsieur O. fut toutefois victime. Ses hostiles frères, Bernard et Claude, ainsi que l’injuste justice genevoise s’étaient opposés à son envie de partir paisiblement. Alors même que l’association Exit avait proposé la solution idéale : un joyeux suicide accompagné. Qu’y avait-il de mal à respecter le choix individuel d’un homme simple et normal ? On en appelle sans cesse à la très sainte liberté pour mener une vie heureuse. Dès qu’il s’agit cependant d’expirer, une bonne fois pour toutes, le souffle des douleurs et du mal-être, la liberté n’est plus prise en considération. Pis encore lorsqu’une telle corruption prend sa source tragique au sein de la justice et de la famille. Apparaît là un second suicide, celui de la compassion. Continuer la lecture de Exit, un joyeux suicide

Fillon est le meilleur des candidats

Un article de Nicolas Jutzet et Jonas Follonier paru dans Le Regard Libre N° 22

La primaire de la droite et du centre est lancée. Chacun y va de son livre, de son programme, de ses idées « pour la France ». Chacun croit être la personne providentielle. Malheureusement, en y regardant de plus près, malgré le large panel, l’offre est plus au moins la même, à de rares nuances près. Les candidats sont d’accord entre eux sur les principaux sujets : suppression des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, alignement des régimes privés et publics de retraite. Hormis Nathalie Kosciusko-Morizet (et encore), personne n’a le courage de proposer une réelle révolution. Les débats porteront sur des détails, pas sur des convictions profondes.

On parle par exemple très peu de la vision européenne des candidats, qui bottent en touche ; on promet de faire appel au référendum, ou pas, mais on évite surtout ce sujet glissant. Il en va de même sur le sujet explosif des syndicats – rappelons qu’en France, ils vivent grâce aux subventions publiques et se permettent tout de même de bloquer le pays, alors qu’ils ne représentent plus personne. Plus de courage par contre quand il s’agit d’aborder la thématique du voile et de l’islam dans sa globalité. Mais on regrette rapidement la surenchère sécuritaire qui mène à l’escalade. Sarkozy parvient même à proposer des expulsions sur « soupçons ». La démagogie est telle qu’on en vient à saluer la réponse de Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, qui refusent d’interdire le port du voile à l’université, ces derniers estimant juste que les personnes fréquentant une université sont capables de décider par elles-mêmes de l’habillement qui leur sied. Continuer la lecture de Fillon est le meilleur des candidats

« Le client »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Le bâtiment tremble, se fissure de toutes parts. Il faut l’évacuer. Emad, digne et responsable, fait sortir Rana, son épouse, affolée telle la plus normale des femmes.

Téhéran est en pleine transformation. Les anciennes constructions croulent pour laisser place à une ville nouvelle, bétonnée, morne et moderne.

C’est dans un Iran en mutation qu’Asghar Farhadi ambiance sa dernière œuvre, Le client. Ce contexte est présent tout le film durant en racontant l’histoire sombre et douloureuse du couple protagoniste. Continuer la lecture de « Le client »

Macron : et si la France avait rendez-vous avec l’Histoire ?

Le Regard Libre N° 22 – Nicolas Jutzet

En 2012, François Hollande nous promettait d’être un président « normal ». Cette simple affirmation aurait dû nous avertir : cet homme n’est pas à sa place, il ne s’est pas préparé à gouverner, il semble perdu. Prétendre que le rôle de président de la Ve République puisse être assumé par un homme normal est simplement effrayant.

La Ve République, introduite sous l’impulsion du Général de Gaulle en 1958, avait pour but principal d’asseoir l’autorité du chef d’Etat. Notons que son contradicteur de l’époque, François Mitterrand, dénonça cette réforme en la qualifiant de manœuvre de dictateur. En plus de la réplique incisive du Général : « Pourquoi voulez-vous qu’à soixante-sept ans, je commence une carrière de dictateur ? », l’histoire retiendra que même celui qui est encore aujourd’hui le mentor intellectuel du locataire de l’Elysée, avait clairement identifié que le pouvoir donné à la personne à la tête du pays était trop grand pour un individu normal. Continuer la lecture de Macron : et si la France avait rendez-vous avec l’Histoire ?

L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

Le Regard Libre N° 22 – Jules Aubert

Pour bien comprendre dans quel contexte s’inscrit le lent affranchissement de la principauté de Neuchâtel, il faut tout d’abord comprendre qui a régné sur ce petit territoire qui borde le Doubs d’un côté et le lac de l’autre.

L’histoire du comté de Neuchâtel à ceci de particulier qu’en 837 ans, de 1011 à 1848, elle a vu se succéder une multitude de souverains dont nous ne ferons pas la liste exhaustive ici. Nous commencerons donc en 1707, année d’une importance cruciale, puisque Marie de Nemours de la lignée des Orléans-Longueville de manière indirecte décède et se voit refuser le droit de transmettre son autorité sur la principauté par le tribunal des trois Etats. Les Orléans Longueville voient donc mourir avec La Duchesse de Nemours leur prétention sur Neuchâtel. La principauté dépourvue de souverain doit alors déterminer qui succèdera à cette famille française. Le tribunal des trois Etats a seul le pouvoir de choisir le nouveau prince. Continuer la lecture de L’émancipation progressive de la principauté de Neuchâtel

« Mal de pierres »

Le Regard Libre N° 22 – Loris S. Musumeci

La plus banale des tragédies amoureuses est ici présentée dans la première partie de Mal de pierres. Pourtant, face à ce chef-d’œuvre de Nicole Garcia, présenté actuellement au cinématographe, on ne reste pas indifférent. On ne le visionne pas comme un simple bon film pour lequel on versera, au mieux, quelques larmes à la fin de la séance. La sélection des acteurs, l’impeccable et libre esthétique de la prise d’images ainsi que les primordiaux détails de fond qui trouvent un sens à l’amour, font de ce métrage de l’existence une excellente réussite.

Les genoux de Gabrielle sont cloués à la banquette de la chapelle, ses yeux coulent et ses mains s’étouffent dans la prière, lorsqu’elle demande au Christ encore souffrant, du haut de sa misérable croix : « Donnez-moi la chose principale ou laissez-moi mourir. » Continuer la lecture de « Mal de pierres »

Personne n’a le monopole du populisme

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

J’ai donc, comme beaucoup, passé ma nuit de mardi à mercredi scotché devant CNN et les magnifiques explications de John King tapotant de manière effrénée sur son écran tactile qui permettait de découvrir les résultats en détail. Décidément, quel spectacle… Il faut dire que le scénario fut passionnant. Passer d’une élection quasi assurée de la candidate mainstream appréciée de tous les médias, au doute, puis à l’élection de Trump et enfin à son discours empli de bon sens et de sagesse. Impossible de s’endormir devant pareille tragédie. Et que dire de ce qui suivit. Que de réactions outrées, horrifiées, exagérées et souvent fausses. Quel amoncèlement de bêtises, de niaiseries et de jérémiades insupportables. En lisant la presse, notamment française, je découvris qu’un horrible candidat populiste venait de l’emporter, nous faisant basculer dans une nouvelle ère. Comme si le populisme venait de naître et de s’imposer.

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