Sous des allures d’humanisme, de la violence manifeste

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Depuis plusieurs jours et même plusieurs semaines maintenant, la Place de la République, à Paris, est envahie d’une foule de révolutionnaires se donnant comme nom « Nuit Debout ». Leur mission ? Protester contre le capitalisme et prôner les valeurs humanistes.

Comme souvent, les bonnes intentions de la gauche bobo (ou bobette, si vous préférez) cachent en réalité un esprit intolérant et même totalitaire. Le 16 avril dernier, le philosophe Alain Finkielkraut s’est rendu à la manifestation avec son épouse afin d’observer de ses propres yeux ce qui s’y passe, sans le filtre des médias.

Qu’on soit d’accord ou non avec ses idées, personne n’aurait l’idée de contester le droit pour l’essayiste en question de se rendre sur cette place publique. Et pourtant… si les forces de l’ordre n’avaient pas été là, un académicien eût fini à l’hôpital. En effet, couvert d’insultes infondées et bousculé physiquement, Alain Finkielkraut fut chassé par les militants d’extrême gauche en cette nuit de printemps.

Une fois de plus, le monstre se montre : sous des couverts d’ouverture, un sectarisme outrancier ; sous des allures d’humanisme, de la violence manifeste ; sous le nom de démocratie, le fascisme. La tolérance n’est pas toujours là où on pense la trouver. S’il y avait un partisan des Lumières dans cette obscurité, c’est bien Alain Finkielkraut. S’il y avait un républicain sur la Place de la République, c’est bien Alain Finkielkraut.

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Crédit photo : (© Le Monde)

Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

Pour cette édition, Le Regard Libre vous propose un long entretien avec une personnalité valaisanne, l’abbé François-Xavier Amherdt. Par où commencer pour le présenter ? Laissez-vous simplement guider par cette longue entrevue réalisée au début de ce mois.

Loris S. Musumeci : Vous êtes un de ces hommes que l’on peut vraiment désigner de polyvalent. Vos activités, en effet, sont aussi nombreuses que diverses, mais vous demeurez avant tout prêtre, cela depuis le 17 juin 1984, jour de votre ordination par le Pape Jean-Paul II à Sion. Dès votre plus tendre jeunesse, quelles raisons et circonstances vous ont-elles poussé à le devenir ?

François-Xavier Amherdt : J’ai toujours nourri une quête d’absolu et très vite j’ai eu la conviction intime que seul Dieu pouvait la combler. Depuis ma tendre enfance – ma vocation est née dès l’âge de cinq ans – je me suis senti appelé à tout donner pour celui qui seul était à même de remplir mon cœur et mon âme. Et devenir prêtre, c’était pour moi la possibilité de « donner Dieu » aux hommes et aux femmes de ce temps.

Jamais à aucun instant je n’ai été déçu de ce choix, car le Seigneur des Écritures bibliques, sous le regard duquel j’ai grandi et dans le message d’amour duquel j’ai baigné, n’a cessé de veiller sur moi et de me donner la force d’exercer mon ministère pour mes frères et sœurs. De plus, l’Église catholique-romaine qui m’a offert le cadeau du baptême et à qui je dois tout est la seule institution ecclésiale et religieuse au monde à offrir un réseau unifié et universel, « catholique » voulant d’ailleurs signifier « universel ». Toutes les autres Églises et traditions religieuses sont en réalité morcelées en une multitude de groupes ou d’identités autonomes, alors que le pape, l’évêque de Rome, est le serviteur de la communion de l’ensemble des Églises catholiques locales, qui ainsi ne forment qu’une seule Église.

Enfin, elle s’enracine dans une tradition bimillénaire ininterrompue qui, malgré les erreurs commises par le passé, m’inscrit dans une lignée susceptible de donner sens au présent et de garder confiance pour l’avenir. Elle bénéficie également des richesses de la tradition juive, puisque le Canon des Écritures catholiques partage avec nos frères et sœurs juifs ce que nous appelons le Premier ou Ancien Testament. Continuer la lecture de Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

L’Europe peut-elle accueillir de plus en plus de migrants ?

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

A l’heure où Madame le chef du Département fédéral de justice et police, Simonetta Sommaruga, présentait les plans d’urgence élaborés en cas d’afflux de migrants sur le territoire helvétique, le Pape est revenu au Vatican de son voyage sur l’île de Lesbos en compagnie, pour dire peu, particulière. Non, point de moine, pope ou notable, mais bien douze réfugiés syriens, à savoir trois familles musulmanes dont deux ont fui Damas et une Deir Azzor, après s’être vus détruire leur foyer par des bombes.

Une telle action est de belle allure et tout à fait louable, elle ouvre en effet la porte d’un véritable espoir pour une vie nouvelle dans la paix sociale ainsi que la prospérité du nécessaire à des souffrants politiques. Toutefois, si pour ces douze personnes la décision du Pape, en accord avec les autorités grecques et italiennes, se révèle un cadeau inestimable, qu’en est-il du message qu’elle transmet ?

L’Europe peut-elle accueillir de plus en plus d’émigrants ? En a-t-elle les capacités ? A quel prix ? Un geste de bonne intention peut parfois transmettre une vision dangereuse d’une situation spécifique. Je reprends cette critique du reproche qui avait été adressé à M. Léonard Gianadda lorsqu’il avait, l’an dernier, généreusement mis à disposition de réfugiés cinq appartements à Martigny, en Valais. On le réprimanda en effet de donner un signal de trop large bienvenue à tous les exilés de guerre pour se rendre en Suisse, ce pays fou où l’on offre des logements.

Même s’il existe d’éventuels dangers à proposer un accueil d’apparence trop altruiste, une action telle que celle de Sa Sainteté hier, de Monsieur Gianadda et d’autres reste honorable et sauve des vies humaines ; c’est cela le plus important.

« Les réfugiés ne sont pas des nombres, ce sont des personnes : ils sont des visages, des noms, et ils doivent être traités comme tels. »
Pape François à Lesbos le 16 avril 2016

Ecrire à l’auteur : loris.musumeci@leregardlibre.com

« Vous allez vivre dans un futur vertigineux »

Le Regard Libre N° 15 – Nicolas Jutzet

On doit le titre de cet article à Laurent Alexandre, énarque et chirurgien de formation, devenu chef d’entreprise à succès. Il est, avec bien d’autres, convaincu que notre génération va devoir affronter et répondre à des interrogations d’une complexité et d’une importance jamais vue. C’est dans une chronique saisissante, « Lettre à mes enfants », qu’il nous appelle à ouvrir les yeux sur ce futur. Car oui, nous allons devoir redéfinir notre civilisation, dont beaucoup de repères vont se diluer dans ce qui sera la quatrième révolution industrielle : la fusion des technologies.

Celle-ci mêlera les nanotechnologies (l’infiniment petit), les biotechnologies (la fabrication du vivant), l’informatique (l’intelligence artificielle) et les sciences cognitives (l’étude du cerveau humain), soit les NBIC. Concrètement, il nous faudra notamment légiférer et guider la mouvance disparate du transhumanisme, qui lutte pour la cause honorable d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’être humain. Soit la possibilité de voir l’humanité triompher de la mort, mettant un terme à la fatalité qui voit l’homme comme un simple mortel voué au déclin. C’est la fin de la maladie, du vieillissement ou encore du handicap que l’on entrevoit. L’Homme prend le pas sur la nature, sur le destin, il est seul maître à bord.
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Attentats : nous attendons des solutions

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

L’affaire est bien sûr si compliquée… D’un côté, un Occident qui a eu la très mauvaise idée d’intervenir en Irak au début de notre millénaire, puis en Lybie, puis en Syrie, etc. De l’autre, une religion dont les penseurs ne semblent pas vouloir remettre en question une partie de leur théologie – celle qui est incompatible avec notre civilisation. En témoigne le caractère pour le moins ambigu des propos de Tariq Ramadan, qui se présente pourtant comme un islamologue réformateur.

Voilà que l’horreur a encore frappé le 22 mars 2016. Cette fois-ci à Bruxelles. Nos premières pensées vont bien sûr aux victimes et à leurs familles. Au nom de toute la rédaction, j’invite à chanter la mémoire de ces innocents ! Souffrons avec Bruxelles, cette si belle capitale, juste à la suite de la capitale symbolique de notre identité européene : Paris, porteuse d’une littérature hors normes, d’une presse libre, d’un art de vivre, d’une culture francophone et occidentale à revendiquer. Continuer la lecture de Attentats : nous attendons des solutions

Quelques mots sur l’aide au suicide

Le Regard Libre N° 15 – Sébastien Oreiller

Les hôpitaux valaisans voudraient introduire l’aide au suicide dans leur enceinte. L’idée fait grand bruit. Déjà, les politiques réagissent, l’évêque donne son avis, le Grand Conseil est appelé à se prononcer. Dans l’opinion publique, le monde se divise à nouveau entre les forces du bien et celles du mal, suivant que l’on soit pour ou contre. Comme souvent, le risque est grand que le pathos ne prenne le pas sur la réflexion sérieuse, courbant l’échine sous la pression de l’inflation juridique.

On s’inquiète, à juste titre, de la composition de la commission d’éthique. Je m’inquiète déjà de sa seule existence. En dehors du fait que je n’aime guère cristalliser l’éthique dans les mains de certaines personnes, comme une denrée rare dont on aurait le monopole, je trouve assez étonnant, si ce n’est risible, de proclamer tout haut l’aide au suicide comme un droit, puis de la soumettre à l’approbation de quiconque. Ou l’acte est mauvais, ou il est bon. Il n’est pas bon ou mauvais suivant ce qu’en pense la commission d’éthique. Plus grave encore, il s’agit ici de se décharger de sa responsabilité morale en repassant la patate chaude à des « experts », tout en se justifiant aux yeux de soi-même et de la société. Assez lâche, donc, pour un citoyen libre et responsable. Continuer la lecture de Quelques mots sur l’aide au suicide

En pleines « Forêts »

Promenades théâtrales (2/6)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

« EDMOND. Ma mémoire est une forêt dont on a abattu les arbres. »

Forêts. Une quête tragique pour retrouver les arbres abattus et ainsi reconstruire l’histoire de femmes, d’hommes, de fils, de pères, de frères : d’une famille à l’héritage en ruines, tel un crâne fracassé dont il faut recomposer les morceaux.

La pièce appartient à la tétralogie du Sang des promesses de Wajdi Mouawad. Elle en est la troisième tragédie, réalisée en 2006 ; la première étant Littoral (1997), la deux-ième Incendies (2003), la quatrième Ciels (2009). Selon l’auteur, sans comporter « une suite narrative, ces histoires, puisqu’il s’agit d’histoires avant tout, abordent, de manière différente et, j’ose l’espérer, de manière à chaque fois plus complexe et plus précise, la question de l’héritage. Celui dont on hérite et celui que l’on transmet à notre tour. » Continuer la lecture de En pleines « Forêts »

Un album philosophique signé Francis Cabrel

La richesse de la chanson française (3/6)

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

Après un passage plus musical à travers un album de Michel Polnareff, nous nous intéresserons ce mois-ci aux textes d’un autre chanteur français digne de louanges, Francis Cabrel. Et plus spécifiquement au caractère philosophique des paroles de trois chansons issues de son avant-dernier album, Des roses et des orties, sorti en 2008.

La chanson éponyme débute avec des interrogations existentielles qui se retrouveront dans les deux autres chansons. « Vers quel monde, sous quel règne et à quel juge sommes-nous promis ? / A quel âge, à quelle page et dans quelle case sommes-nous inscrits ? » Le chanteur tire de ces questionnement une conclusion que je partage, et ce dans le refrain : « On est lourds / Tremblant comme les flammes de bougies. / On hésite à chaque carrefour / Dans les discours que l’on a appris. / Mais puisqu’on est lourds / Lourds d’amour et de poésie / Voilà la sortie de secours. » Ne commentons pas, apprécions.
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Tous à table !

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

Cela fait des millénaires que certains philosophes, religieux, intellectuels et autres gourous nous invitent à mépriser le corps, à nous détourner du sensible, du sensuel, du sentiment, à nous diriger vers le monde supérieur de l’intellect, du spirituel, du divin. Cela fait plus précisément depuis Platon, « le grand calomniateur de la vie » comme l’écrit Nietzsche, qu’une telle conception hante la pensée occidentale.

Et si nous arrêtions d’écouter leur baratin ? Et si nous nous disions que ce qu’il y a de plus haut, de plus beau (et non de plus faux et de plus sot) en l’homme consiste à user avec mesure de toutes ses facultés – spirituelles et sensibles – et de s’extasier de leur interaction ? Et si nous envisagions que si la vie est absurde, ce n’est pas parce qu’une meilleure vie nous attend dans l’au-delà mais parce que c’est justement le propre de toute chose d’être absurde (pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien…) et que cela nous invite à la meilleure transcendance d’ici-bas, j’ai nommé l’art ? Continuer la lecture de Tous à table !

Heureuses Pâques

Au sein d’un horizon plat, vide et profondément chaotique, ne trouvant refuge dans la froideur déconcertante du ciel gris, noir et blanc, nous restons assis, pleurant face à l’absurdité étouffante.

Mais le printemps est là, les fleurs renaissent ; les hommes sont purifiés du sentiment amer de non-sens, parce qu’ils retrouvent, dans la beauté d’un fin pétale et d’un immense ciel azur, le bonheur de respirer enfin librement la joie, parfois douloureuse, du don.

Pâques, c’est justement la libération de l’obscurité pour entrer dans les couleurs savoureuses de la vie, ainsi que le don par amour.

Heureuses Pâques, dans la solitude ou la convivialité.

La rédaction

160327 Heureuses Pâques

Dessin à l’encre de Chine : Loris S. Musumeci

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