Février 2020: la tribune de Mégane Luquiens

Les lundis de l’actualité – Mégane Luquiens

Il y a cent ans, les années folles débutaient. L’après-guerre promettait un avenir meilleur pour tous. Cependant, les problèmes de l’époque sont encore présents aujourd’hui. Alors je me pose cette question: avons-nous réellement évolué ces cent dernières années? Petit coup de projecteur subjectif sur les prochaines votations fédérales.

2019 a été empreint de beaucoup de changements. Plusieurs «grèves pour le climat» ont eu lieu, sans oublier les soulèvements des femmes et cela dans le monde entier. Les révoltes jaillissent aux quatre coins du monde comme pour nous dire que c’est le moment d’agir. En Suisse, nous avons également été témoins d’un changement significatif au sein de notre parlement: l’UDC a perdu en popularité pendant que les Verts, eux, ont gagné notre reconnaissance. Ce virage de droite à gauche montre un redistribution des cartes liée aux enjeux actuels.

Février 2020 marque les premières votations de l’année: nous allons nous exprimer sur l’initiative populaire «Davantage de logements abordables» et sur l’interdiction de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. En soi, nous allons voter sur deux réalités qui existaient déjà il y a cent ans.

Davantage de logements abordables

D’un côté, nous trouvons le gouvernement qui s’appuie sur des chiffres et des rapports, et de l’autre le peuple qui se concentre sur ce qu’il observe dans la vie de tous les jours. Qui croire? A qui faire confiance?

Aux yeux du parlement et du Conseil fédéral, l’offre de logements à prix abordables est suffisante et ils ne pensent pas nécessaire d’améliorer la politique actuelle, car celle-ci a fait ses preuves. Sans oublier les coûts que cela engendrerait si la loi passait. Le comité de l’initiative, lui, pense que le nombre de ces logements est insuffisant et que les propriétaires ont pour objectif le rendement et non pas l’aide aux personnes dans le besoin.

Cette initiative obtient un fort soutient de la part de l’aile gauche et atteindrait, selon un sondage Tamedia, pas moins de 63% de oui. Le logement est en effet un besoin fondamental; tout le monde devrait avoir le droit à un toit et c’est l’argument fort de cette initiative. Cependant, le gouvernement parle de «coûts disproportionnés», ce qui risque bien de faire peur à une grande partie du peuple suisse. De plus, il est hors de question pour certains que les contribuables financent ces logements alors que seule une petite minorité pourra en profiter en fin de compte.

Discrimination en raison de l’orientation sexuelle

Nous sommes protégés à l’heure actuelle contre la discrimination raciale, ethnique et religieuse. Et alors que nous entrons dans une période d’expression de soi, certaines personnes affirment finalement leur véritable orientation sexuelle. Etre homosexuel dans notre pays, malgré ce que l’on pourrait croire, n’est pas facile. Très vite, les moqueries ou les passages à tabac deviennent monnaie courante pour ces personnes.

Le Conseil fédéral ainsi que le parlement se prononcent en faveur de la modification du code pénal, car être soi-même est un droit fondamental. En face, le comité référendaire juge cette loi comme inutile et, surtout, pense qu’elle impose une censure. Inutile, car quelqu’un qui insulte publiquement une personne se retrouve déjà sanctionné pénalement aujourd’hui. Ils parlent également de censure, car la loi menacerait la liberté d’opinion et de conscience. Ironiquement, la loi actuelle sur la discrimination fondée sur la race, l’ethnie et la religion représente la même menace contre ces libertés et. pourtant. elle fait quand même partie du Code pénal. La modification proposée ne changerait donc rien concernant nos libertés, elle serait un rappel: être différent n’est pas mal.

Alors que la communauté LGBTQI+ se fait de plus en plus entendre depuis plusieurs années, il a fallu attendre 2020 pour que la Suisse vote sur cette loi. En dépit de cette petite victoire pour la communauté, nous sommes encore loin de pouvoir nous exprimer sur le mariage homosexuel ou l’adoption pour les couples du même sexe. Cette situation est encore une preuve de plus – s’il le fallait – de la lenteur du système politique de notre pays.

Selon un autre sondage Tamedia, 65% des votants sont favorables à cette interdiction à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. Ce qui se révèle intéressant dans cette enquête est la division qui est créée entre les sexes. En effet, ce sont 76% des femmes qui voteraient en faveur de cette modification contre seulement 55% chez les hommes.

En cent ans, les problématiques n’ont pas nécessairement changé, mais notre approche, elle, a évolué. L’année 2019 a été témoin d’un changement d’attitude, d’une envie de faire de ce monde un endroit vivable pour les générations futures. Les prochaines élections ne touchent pas aux problématiques environnementales, elles améliorent toutefois notre qualité de vie. Nous devons nous exprimer sur ces sujets et encore de nombreux autres; notre politique est lente, mais ne soyons pas comme elle lorsque nous pouvons réagir. N’oubliez pas de faire entendre votre voix le 9 février prochain, quelle que soit votre sensibilité.

Ecrire à l’auteur: megane.luquiens@leregardlibre.com

Crédit photo: Wikimedia Commons CC 3.0

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