Archives de catégorie : Entretiens

François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Loris S. Musumeci

François-Xavier Putallaz est professeur de philosophie à l’Université de Fribourg notamment, membre du Comité national d’éthique et membre du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

Loris S. Musumeci : Nous approchons de la grande fête de Noël. Les rues sont illuminées, les centres commerciaux se transforment en étouffants labyrinthes desquels on ne peut sortir tant que l’on n’a pas trouvé, haletant en folie, tous les cadeaux parfaits pour nos proches. Dans cette période d’affolement, il nous plairait de comprendre le véritable sens du Noël. Pourriez-vous nous décrire ce que cette fête est originellement ?

François-Xavier Putallaz : Noël est inouï ! La naissance d’un être humain, déjà, est magnifique, car c’est l’éclosion d’une vie nouvelle. Alors pensez : une seule fois dans l’histoire, un homme est né, dont la personne est Dieu lui-même. A Noël, Dieu est né en tant qu’homme. Celui qui n’a pas de commencement, Celui par qui tout a été fait, Celui qui tient toute chose au-dessus du néant, le voici qu’il naît petit enfant : pauvre, fragile et dépouillé. Noël, c’est ce mystère de l’amour. Comment ne pas le célébrer chaque année ? C’est l’événement le plus inouï de l’histoire humaine ! Continuer la lecture de François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

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«Phèdre» en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Professeur de littérature, musicien, Stéphane Albelda est aussi metteur en scène: il dirige depuis 2006 la troupe du Lycée-Collège des Creusets à Sion (Valais) et assure la mise en scène de nombreux autres spectacles. En 2015, il a monté la tragédie «Phèdre» de Racine, un classique qui a eu du succès dans la capitale valaisanne.

Jonas Follonier: Pourquoi le choix de Racine? Etait-ce la première fois que vous vous attaquiez à une tragédie classique?

Stéphane Albelda: C’est la première fois que je me suis attaqué à une pièce en alexandrin. C’est une telle entreprise que j’y ai toujours renoncé. Mandaté par le Théâtre des Collines, je m’y suis rendu pour refuser leur proposition. Mais la rencontre humaine m’a fait changer d’avis et a précédé l’entreprise artistique: il s’agit d’une troupe extrêmement hétérogène, de milieux différents et d’expériences différentes. Le fait que ces gens se soient fédérés pour faire vivre un texte classique m’a touché et a laissé augurer une entreprise pure.

Quels sont les grands défis dans la mise en scène d’une tragédie de Racine?

Il y a deux défis majeurs. Le premier porte sur le sens: que raconte Phèdre? Que raconte un mythe au XXIe siècle? On sait que les mythes ont une parole fondamentale. L’enjeu de la mise en scène consiste à trouver le pont entre un texte et un public actuel. Le deuxième défi est formel: comment révéler la langue de l’alexandrin aujourd’hui? Car il faut la garder: je ne crois pas aux processus de modernisation par la destruction. Pour que l’alexandrin se révèle, il faut une certaine écoute. L’effet contemporain s’est surtout porté sur les césures: en les travaillant bien, le jeu des silences devient fondamental. Il s’agit donc d’un grand travail sur le rythme. Ce travail se rapproche de celui du chef d’orchestre, qui doit faire jouer de manière actuelle une composition classique ou baroque.

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Plaidoyer pour les libertés – Rencontre avec l’historien Philippe Bender

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Si le Valais compte un grand historien, c’est bien Philippe Bender. Spécialisé dans le radicalisme valaisan et suisse, il est une mémoire vivante qui fait beaucoup parler. Monsieur Bender nous a très aimablement accueillis chez lui, à Fully, pour répondre à nos questions.

S. O. et J. F. : Vous êtes un historien spécialisé dans le radicalisme. Pourquoi cette passion ?

Philippe Bender : L’historien doit aller aux sources, aux documents multiples, en tous genres, et les critiquer selon les règles de l’art. Il doit faire preuve de rigueur, même s’il se consacre à l’histoire du parti de son choix. Il y a beaucoup de choses à apprendre sur l’évolution du mouvement libéral et radical depuis 1830. D’abord, c’est le plus grand courant intellectuel, en Suisse et en Valais. Ensuite parce qu’il a forgé les mentalités et pesé constamment sur la politique et l’économie. Le fait d’être minoritaire dans le Valais de 2015 pousse à se surpasser.

Quels ont été historiquement les grands enjeux, moments, de ce mouvement ?

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Tolérance et philanthropie – L’interview de Claude Oreiller

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Monsieur Claude Oreiller nous a très aimablement reçus dans son bureau afin de répondre à nos questions relatives à son expérience en tant que président du Parti radical démocratique valaisan et en tant que vénérable de la loge maçonnique de Bex. Il est à présent également directeur des Transports Publics Chablais.

S. O. et J. F. : Pouvez-vous tout d’abord nous décrire votre parcours ?

Claude Oreiller : J’ai commencé la politique en 1988 au niveau local en tant que conseiller municipal à Massongex. Au début des années 90, je suis entré au comité directeur du PRD Valais, dont je suis devenu président en 1997 jusqu’en 2001. En mai 1983, je suis entré dans la loge de Bex, à laquelle je suis resté très fidèle. J’en suis d’ailleurs devenu vénérable par la suite.

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Pour un Valais durable (Rencontre avec Isabelle Darbellay-Métrailler)

Le Regard Libre N° 8 – Jonas Follonier

Isabelle Darbellay Métrailler, l’actuelle présidente d’Avenir Ecologie, une association valaisanne, a accepté de répondre à nos questions. Très active dans le PLR Valais depuis une dizaine d’années, elle a également été présidente des Femmes libérales-radicales valaisannes et responsable du bureau valaisan de l’égalité.

Jonas Follonier : Décrivez-nous l’association Avenir Ecologie que vous présidez.

Isabelle Darbellay-Métrailler : Avenir Ecologie est une association, créée en 2011 dans le cadre des élections nationales pour lesquelles elle avait présenté une liste apparentée au PLR. Notre association défend une écologie responsable qui réconcilie écologie et économie. Nous pensons en effet que l’écologie a beaucoup d’atouts qu’il faudrait mieux mettre en avant. C’est la seule façon d’assurer un développement durable pour notre pays et notre planète. Continuer la lecture de Pour un Valais durable (Rencontre avec Isabelle Darbellay-Métrailler)

Le libéralisme aujourd’hui

Le Regard Libre N° 7 – Jonas Follonier

L’interview de Frédéric Jollien, président de la section suisse des European Students For Liberty.

Le Regard Libre: Qu’est-ce que le libéralisme?

Frédéric Jollien: Le libéralisme est une philosophie politique affirmant le droit naturel de chaque être humain. Le principe de ce droit est que chaque individu est propriétaire de lui-même et de son activité. C’est une condamnation de l’agression, celle-ci étant définie comme une atteinte à la propriété d’autrui contre son consentement.

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Une mûre expérience

Le Regard Libre N° 6 – Loris S. Musumeci

L’histoire de Christiane Dini-Bessard, professeur d’allemand au Lycée-Collège des Creusets, à Sion

A l’occasion de la célébration des vingt-cinq ans de la chute du Mur de Berlin, une témoin directe de ce mur, Madame Christiane Dini-Bessard, nous livre son histoire et l’impact qu’a eu le Berliner Mauer dans sa vie.

Tout a commencé en 1968 ; alors qu’elle était une des rares filles de paysans à pouvoir faire des études, ses parents l’envoyèrent quelque temps à Cologne pour y apprendre l’allemand. Et là, lors d’un petit voyage à Berlin avec des amis colonais, elle vit pour la première fois le mur, sept ans après sa construction. La seule présence de celui-ci la choqua, mais elle fut plus encore impressionnée par Berlin Est isolé, artificiel, vide. Ce séjour la marqua à jamais. Continuer la lecture de Une mûre expérience

Regard libre sur le Valais

Le Regard Libre N° 5 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Monsieur Pascal Couchepin, conseiller fédéral de 1998 à 2009, a très aimablement accepté de répondre aux questions du Regard Libre, et nous a donc reçus chez lui, dans le jardin de sa maison à Martigny.

S. O. et J. F. : Tout d’abord, un grand merci pour le temps consacré à cet entretien qui nous tenait à cœur. Cela fait maintenant cinq ans que vous n’êtes plus conseiller fédéral. Etes-vous toujours autant passionné par la politique, ou est-ce que votre regard sur celle-ci a changé ?

Pascal Couchepin : Le regard s’est détendu. Il est peut-être plus critique, pour des raisons objectives sans doute, par le fait même que je ne suis plus au cœur de la politique, par exemple. En tout cas, les problèmes actuels sont plus difficiles à résoudre. Le corps électoral réagit par vagues d’émotions.

Si l’on se replonge dans le passé de notre canton, force est de constater que les mouvements radicaux et libéraux de la Suisse moderne, devenus rapidement importants dans le Bas-Valais, ont été à l’origine d’une dynamique de modernisation, d’industrialisation et de socialisation du Vieux Pays. Selon vous, quelles ont été les grandes étapes qui ont érigé le Valais moderne ?

Le Valais fut conquis par les Romains vers 50 après J.-C. Puis, l’époque savoyarde influença fortement le Bas-Valais. Rappelons que le Prince-Evêque fut nommé Comte du Valais ; le Bas-Valais constituait un pays sujet. Si l’on regarde le patrimoine architectural de ce dernier, il est plus modeste que celui de Loèche, de Rarogne ou encore de la Vallée de Conches, ce qui témoigne de la prospérité du Haut. Continuer la lecture de Regard libre sur le Valais

Un étudiant sédunois romancier et romantique

Le Regard Libre N° 5 – Pierre Loretan

Nous interrogeons aujourd’hui Vincent Gauye, qui présentait il y a quelque temps de cela son premier ouvrage au Salon du livre. Depuis toujours fasciné par les mots, plusieurs fois primé, il nous livre sa vision de l’écriture et de la finalité d’une publication.

Pierre Loretan : Parlez-nous en peu de vous pour commencer.

Vincent Gauye : Comme déjà dit plus haut, je m’appelle Vincent Gauye et je vis à Sion. Il est évident que le contexte historique et culturel de cette ancienne cité médiévale n’est pas sans m’influencer et il est même parfois difficile de la clarifier face à cette pléthore d’éléments susceptibles de m’intéresser ! J’ai donc très vite couché des mots qui cumulés à des règles de grammaires ont fait naître des phrases. (rires)

Abordons la question du Règne Tourmenté Des Douzièmes Harald, qui est votre premier ouvrage publié. Si vous deviez le résumer en quelques mots ?

Hélas ! il m’est difficile d’accomplir cet exercice ! En effet, il y a tant d’éléments qui s’entremêlent pour former le tissu narratif ! Je vais donc en donner la couleur, ce qui me semble être plus aisé. Il s’agit avant tout d’une fiction, ce qui ne lui empêche pas d’avoir une multitude de liens avec une réalité historique. Il s’inscrit dans une époque médiévale, néogothique, qui fait donc apparaître une société sous la houlette d’un Roy et d’un ordre hiérarchique. Le personnage principal est un Duc. Le lecteur évolue donc dans ce contexte d’honneur, de vertus et de grandeur propre à ces temps hélas achevés ! Enrichi d’éléments d’architecture historique, le récit conte un royaume puissant qui se trouve subitement déstabilisé. Continuer la lecture de Un étudiant sédunois romancier et romantique

Faut-il être lu pour écrire ?

Le Regard Libre N° 4 – Sébastien Oreiller

Voici une entrevue sur le thème de l’écriture, réalisée auprès d’un jeune écrivain qui, par modestie, a tenu à garder l’anonymat.

Sébastien Oreiller : Cher ami écrivain, un grand merci d’avoir accepté cet entretien. Tout d’abord, pourquoi cet anonymat ?

Pour deux raisons : en premier lieu parce qu’il ne serait pas très décent de s’afficher publiquement lorsque l’on n’est qu’un néophyte dans le monde de la littérature, et encore… Deuxièmement, parce qu’il est toujours difficile de parler de ce que l’on écrit, comme l’avait déjà relevé Corinna Bille, et que l’anonymat permet une franchise et une liberté de cœur impossibles à découvert. Continuer la lecture de Faut-il être lu pour écrire ?