Archives du mot-clé existence

« La Particule Humaine », métaphore du chemin intérieur

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« Souffle ou blé ?
Blé. »

Dans les yeux de Semih Kaplanoğlu, la population future est enfermée dans l’enceinte de villes protégées de portails électromagnétiques calcinant ceux qui tenteraient d’en sortir – ou d’y entrer sans avoir été sélectionnés. L’agriculture est aux mains de laboratoires privés ne parvenant pas à comprendre pourquoi, ni comment, les cultures OGM – seules dont ils disposent – finissent par se détériorer et s’autodétruire. Erin Erol (Jean-Marc Barr), ingénieur en génétique et spécialiste des graines au service de la ville, peine à créer une semence qui permettrait de pérenniser les récoltes dans le temps. Lire la suite « La Particule Humaine », métaphore du chemin intérieur

« L’existentialisme est un humanisme »

Le Regard Libre N° 32 – Loris S. Musumeci

L’existentialisme est un humanisme a été publié en 1946. Ce texte fut prononcé en conférence par Jean-Paul Sartre le 29 octobre 1945, qui à cette occasion exposa sa doctrine d’un existentialisme athée. Plus de septante ans ont passé, et l’ouvrage demeure d’une importance majeure, tant il rend compte d’une philosophie qui a marqué la pensée du XXe siècle. Aujourd’hui encore, les thèses de Sartre sont défendues, enseignées, débattues. Tout particulièrement, la conception de la liberté selon l’existentialisme reste pleinement d’actualité. Pour s’en imprégner au mieux, il convient de laisser place aux paroles mêmes de l’auteur.

Au centre de l’existentialisme sartrien, il y a la subjectivité humaine. Ce qui implique que la vérité n’existe que par rapport à l’homme ; qu’il n’y a donc pas de vérité hors de lui. L’élan de cette pensée est celui d’un recentrement sur l’existence de l’individu.

« […] nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action impliquent un milieu et une subjectivité humaine. »

Si tout part de la subjectivité humaine, l’homme n’est rien en tant que tel, en son principe. Etre libre implique de se choisir. Et en se choisissant, on choisit aussi un idéal d’humanité. Parce que l’existence précède l’essence, dans la doctrine existentialiste. Ce qui signifie que l’on existe simplement, avant de devenir ceci ou cela. Se choisir bon, égoïste, courageux, masculin ou féminin, c’est manifester, par son action propre, comment l’humanité doit être. Lire la suite « L’existentialisme est un humanisme »

Aimons la vie !

Le Regard Libre N° 22 – Jonas Follonier

Il y a des gens qui s’ennuient. Pire, il y a des gens qui n’aiment pas la vie (cela est encore plus grave quand ils ne sont pas dans la misère). Cet éditorial a pour but de leur faire changer d’avis, ou du moins de leur montrer qu’un changement d’avis est possible. Selon moi, le fait d’aimer la vie a un lien fort avec la passion, la sensibilité et le goût du perfectionnement.

Commençons par la passion. Depuis les romantiques, nous avons une certaine idée de ce qu’est la passion amoureuse. Ici, le concept de passion doit être pris plus largement. Le fait de se forger une identité personnelle dépend en grande partie de notre capacité à avoir des préférences, notamment artistiques, sexuelles ou encore sociales. Cette disposition à avoir de l’intérêt pour quelque chose et de cultiver cet intérêt, je la nomme passion. Les Alpes sont si grandes, YouTube est si riche, les choix d’activités sont si vastes, que la passion s’impose. Lire la suite Aimons la vie !

La défaite de l’esprit

Le Regard Libre N° 20 – Sébastien Oreiller

L’esprit, comme prolongement de l’être au-delà des limites imposées par l’existence, mais aussi comme exaltation de la puissance de l’homme sur le fini, en somme l’esprit avec tout ce qu’il comporte de grandeur et de férocité, cet esprit-là se heurte immanquablement et avec un plaisir toujours renouvelé aux froides surfaces du réel qu’il entend maîtriser. L’esprit est un guide orgueilleux ; plus que tout, l’idée que l’homme puisse être né de la poussière le dégoûte. En somme, il refuse d’être homme, et il se fait lui-même à l’image de Dieu. L’esprit planait sur les eaux, de même qu’il plane encore sur les corps. Il ne tend qu’à vivre sans eux, confiant à la fois de son unicité et de son individualité.

Il n’est donc pas étonnant que l’esprit se définisse lui-même par opposition à l’animal, au corps, à la bête en somme. Platon et ses Idées, Nietzsche et son matérialisme anxieux, Valéry entre esprit et guerre, toute philosophie, depuis des siècles, n’a été que tentative de réconciliation, ou de séparation, entre les deux entités de l’être, l’esprit et la bête. Je ne suis pas parvenu à retrouver cette phrase de Marguerite Yourcenar, disant en somme que le drame de tout Européen, c’est de se rendre compte qu’il a un corps. C’est presque vrai. L’Européen sait très bien qu’il a un corps ; le drame, c’est qu’il ne puisse en sortir. Lire la suite La défaite de l’esprit