Archives par mot-clé : filmcoopi

«Baghdad in My Shadow», dans l’ombre de la profondeur et de la caricature

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

De Baghdad à Londres. De Londres à Baghdad. Deux villes liées par l’exil d’un groupe d’Irakiens. Exilés par leurs tares. Exilés pour ceux qu’ils sont: des communistes, une architecte divorcée, un jeune informaticien homosexuel. Ça ne passe pas chez eux, et encore moins sous la dictature de Saddam Hussein. Réunis dans l’exil, tous réunis dans le café Abu Nawal. Lieu où se retrouvent des Irakiens, des Anglais, tout type de personne. Lieu de tolérance et de diversité. Dans une ambiance de dolce vita à l’orientale, entre la nostalgie, les plats typiques et la musique de là-bas. Mais le fanatisme vient tout casser. Au sens propre comme figuré.

Lire la suite de la critique
Publicités

L’histoire d’un «Photographe» sans histoires

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Lorsque vous regarderez cette photo plus tard, vous sentirez le soleil sur votre visage.»

Bombay, Porte de l’Inde. Raphi prend en photo des touristes devant le monument pour leur vendre un souvenir. Métier précaire à l’heure des selfies, mais plaisant. Un jour, il tombe sur Miloni, une locale. Il lui propose une photo. Elle pose, ravissante. Impression en direct; elle prend l’image et part sans payer, plus par confusion dans la foule que par volonté de voler. Raphi retrouve Miloni, par une affiche publicitaire sur laquelle elle a aussi posé. La rencontre entre les deux débouche sur un accord. Il ne lui réclame plus l’argent de la photo, mais il a besoin d’un service. Qu’elle feigne d’être sa petite amie aux yeux de sa grand-mère pour lui faire plaisir et l’honorer. Miloni accepte. Qu’est-ce qu’on ne fait pas pour une mamie qui veut le bonheur de son petit-fils? Détail: avant qu’il ne connaisse son vrai prénom, le photographe avait déjà annoncé à sa grand-mère que sa fiancée s’appelait Noorie.

Lire la suite de la critique

«Les Siffleurs», ce thriller roumain si sérieux

Les mercredis du cinéma – Ivan Garcia

Le nouveau long-métrage du réalisateur roumain Corneliu Porumboiu place sur scène un policier corrompu qui, pour libérer un mafieux, doit apprendre la langue sifflée. Un film qui m’a tenu en haleine et qui montre que le cinéma roumain doit être pris au sérieux.

Lire la critique

«Seules les bêtes»: un film déséquilibré

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Déséquilibre. Tout est déséquilibré. A commencer par les personnages qui, engageant leur vie dans des faits et gestes complètement absurdes, se montrent à l’écran comme des déséquilibrés mentaux. Les parties du film sont elles aussi déséquilibrées. Un déséquilibre est voulu, en tant que moteur de l’histoire, pour laisser avancer la trame entre un village de montagne enneigé et la chaleur des rues d’Abidjan. Dernier déséquilibre: Seules les bêtes témoigne de petits points d’excellence dans sa réalisation, mais aussi de catastrophes.   

Lire la critique

Comprendre la misère avec «Les Misérables»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

L’ambiance est chaude au cœur de Paris. C’est l’été, et le coup de sifflet final annonce la victoire de la France à la coupe du monde de football de 2018. Banlieusards et urbains fêtent ensemble sous le drapeau bleu, blanc, rouge. La joie du moment laisse tout de même pressentir une angoisse. Celle de tout le reste du film, qui se déroule à Montfermeil dans le 93. On sait déjà les pressions, on connaît déjà le climat qui va régner: celui de l’affrontement. Les cris, les chants et les danses apparaissent dans toute leur futilité, parce que championne du monde ou non, la France est en guerre.

Lire la suite de la critique

«Le Traître»: la tragi-comédie de la mafia et de l’Italie

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

Dans tragi-comédie, il y a tragédie et comédie. En réalité, si la mafia est génératrice de tragédies, elle ne semble rien comporter de bien comique. En cinéma, et dans le domaine de l’art en général, on sait pourtant arranger la réalité à la guise d’un scénario. On sait transformer une vie banale en un spectacle. Pour le cas du Traître, le réalisateur Marco Bellocchio n’arrange pas la réalité et ne s’attaque pas à une figure banale.

Lire la critique

«Santiago, Italia»

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Je suis certain que mon sacrifice n’aura pas été vain.»

11 septembre 1973, les militaires chiliens s’emparent du pouvoir par un coup d’état. La politique du président socialiste Allende n’est pas de leur goût. Elle est dangereuse. Trop sociale. Trop idéologique. Populiste. Le pays est au bord du gouffre, parce que divisé. Sans manichéisme, il faut bien se rendre compte que d’un côté il y a le peuple, ouvriers et paysans, marxistes et catholiques, de l’autre il y a la haute bourgeoisie, de droite. Elle possède les usines et les privilèges. La politique d’Allende bloque les prix des produits essentiels au peuple; ce qui ne convient pas aux grands patrons, qui ne peuvent plus augmenter les prix au gré de leurs calculs intéressés.

Continuer la lecture de «Santiago, Italia»

«Mid90s» et l’art de ne rien dire, pour tout dire

Les mercredis du cinéma – Kelly Lambiel

T-shirt Street Fighter, console de Super Nintendo dans les mains, poster à l’effigie du logo du groupe de rap Wu-Tang, couverture Tortues Ninjas et tentative d’échange d’une planche de skateboard contre un disc man, pas de doute, nous voilà bien en 1995. Alors qu’on les pensait plutôt ringardes, faisant pâle figure entre les flamboyantes eighties et l’entrée dans le nouveau millénaire, force est de constater que les années nonante ont aujourd’hui, plus que jamais, la cote.

Lire la suite de la critique

«Grâce à Dieu» et aux paroles creuses

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

«Au fond, je savais; on savait tous, et on n’a rien dit.» 

Les faits sont désormais bien connus. Pour l’affaire Preynat, comme pour d’autres affaires de pédophilie concernant l’Eglise catholique à travers le monde. Un film au cœur de l’actualité, donc. François Ozon a pour autant voulu rester dans la fiction, plutôt que de se diriger vers le documentaire. Inspirée directement et étroitement de la réalité, l’histoire d’Alexandre, et celle d’autres victimes d’abus sexuels lorsqu’elles étaient scouts dans le diocèse de Lyon, est portée à l’écran pour provoquer le choc nécessaire à faire bouger les choses. A «libérer la parole».

Continuer la lecture de «Grâce à Dieu» et aux paroles creuses

« Trois visages », quand les mots simples d’un paysan iranien mènent au prix du scénario à Cannes

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Et si c’était un canular, Monsieur Panahi ? »

Une vidéo amateur est adressée à l’actrice Behnaz Jafari, dans son propre rôle. « Bonjour Madame Jafari, je suis Marziyeh », salue la jeune fille qui se filme en selfie. Elle annonce ensuite gravement qu’elle est sur le point de se suicider parce que sa famille l’empêche de devenir actrice. Celle qui, pour le coup, est actrice reçoit ces images l’interpellant et vit la panique. Elle se sent responsable, d’autant plus si Marziyeh s’est vraiment donné la mort. Elle part donc contrôler sur place ce qu’il en est vraiment avec le réalisateur Jafar Panahi, lui aussi dans son propre rôle.

Continuer la lecture de « Trois visages », quand les mots simples d’un paysan iranien mènent au prix du scénario à Cannes