Archives par mot-clé : france

Une guerre contre la civilisation

Le Regard Libre N° 12 – Jonas Follonier

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Jamais il n’y eut de plus prophétique personnage que Paul Valéry, mort en 1945.

Le 13 novembre 2015, l’horreur est devenue plus horrible encore. A la tuerie de Charlie Hebdo le 7 janvier dernier, la cible était claire : le milieu journalistique, le milieu intellectuel, le milieu laïque. Or aux attentats de ce sombre mois, un seuil a été franchi : les cibles, ce sont tout le monde, les innocents, les hommes, les femmes, les adolescents, les personnes âgées, qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou athées.

Cette gradation dans le mal est capitale : véritables chiens enragés et assoiffés de sang, les islamistes veulent nous abattre, nous réduire au néant, et non plus viser « seulement » ceux qui se moquent d’Allah. La France est-elle en guerre ? Non : l’Europe est en guerre, l’Occident est en guerre ! Notre civilisation est menacée plus que jamais. Notre particularité occidentale, tout ce que nous avons bâti, la liberté, la laïcité, l’égalité, le droit à la satire, mais aussi notre art de vivre, notre culture, nos festivités, tout cela est attaqué. Continuer la lecture de Une guerre contre la civilisation

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Edwy Plenel, le fou de l’égalité

Article inédit – Jonas Follonier

Pour les musulmans. Puisqu’une personne m’a incité à le lire, je l’ai lu. Je n’en avais pas l’intention, certain de connaître déjà le contenu de l’essai avant de l’ouvrir. Néanmoins, la lecture fut agréable car les thèmes abordés m’ont beaucoup intéressé, et je remercie Edwy Plenel d’avoir pu faire ressurgir en moi de grandes réflexions et de m’avoir inspiré cet article.

La couverture de l'ouvrage

Commençons tout de suite avec le premier passage qui m’a interpellé, à savoir le quatrième chapitre, où l’auteur affirme que nier l’égalité des civilisations, c’est la porte ouverte à la ségrégation, à la colonisation et à l’extermination. Il base sa réflexion sur un petit scandale qui a lieu à l’assemblée nationale début 2012 (remarquons par là que la droite était en campagne pour la présidentielle). Le ministre Guéant ose revendiquer une inégalité des civilisations. Continuer la lecture de Edwy Plenel, le fou de l’égalité

Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

«Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun: n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument: «Je suis heureux». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation: «Ah! vous êtes heureux, mon garçon? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux?» Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur.» – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage: il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer! Gardien de but, on le décrira comme «solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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Le Palais des Tuileries

Le Regard Libre N° 9 – Vincent Gauye

Son nom évoque sans conteste son origine. En effet, il fut érigé à l’emplacement d’une fabrique de tuiles, en 1564, par Catherine de Médicis. Il est intéressant de constater qu’il fut bâti face à la puissante forteresse du Louvre, alors bien éloignée de l’architecture de celui que nous connaissons. En effet, loin des larges baies, ouvertes sur Paris, ce sont d’austères courtines de moellons et de hautes tours étroites et sinistres qui le composent. Imaginons la réaction de Catherine de Médicis face à cet ouvrage au raffinement déplorable, elle qui descend de Laurent le magnifique, mécène des arts et de la Renaissance, éloignée depuis des siècles de l’austérité médiévale.

Elle s’en vient à Paris pour épouser le futur Henri II, elle quitte la Renaissance pour le Moyen-âge. En effet, si François 1er règne encore en ces temps-là et déploie déjà, le long de la Loire, les grâces de la Renaissance, Paris demeure médiévale, cloîtrée derrière ses longs et froids remparts de pierre grise. Ma foi, malgré la montée de son époux sur le trône, il faudra attendre la fin de sa régence (1563) pour voir les premiers projets du Palais des Tuileries aboutir.

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Les polnarévolutions

Article partagé par Michel Polnareff sur sa page Facebook officielle le 4 août 2016.

Le Regard Libre N° 8 – Jonas Follonier

Qui est Michel Polnareff ? Que peut-on retenir de son œuvre, de ses révolutions musicales ? Tels seront les deux grands défis de cet article, auxquels je vous invite naturellement à vous intéresser : le jeu en vaut la chandelle. En effet, méfiez-vous de l’image que vous vous faites de cet homme, qui, bien au-delà de ses lunettes et cheveux blonds ondulés qui le caractérisent pour un public large, n’est rien d’autre qu’un génie.

C’est dans la froideur et la tristesse d’une enfance rythmée par le ceinturon facile de son père et la pression qu’il subissait quant à son niveau musical que le jeune Michel, très bon élève, s’avéra très vite (et dut surtout s’avérer) être un pianiste virtuose. La rigueur extrême et étouffante de son cadre familial le poussa à claquer la porte de son foyer à l’âge de vingt ans pour aller, beatnik, jouer de la guitare sur les marches du Sacré-Cœur.

Il est donc très important de bien prendre en compte l’ambivalence qu’il y eut durant son enfance entre le bagage musical classique qu’il acquit et la cruauté du père : par exemple, son fils lui ayant demandé qu’il lui achète une fleur pour l’offrir à une jeune fille qu’il convoitait, L. Polnareff alla acheter un cactus pour son fils pourtant très sage. Ce dernier pointant une mine surprise, l’autorité paternelle lui jeta le cactus à la figure. Continuer la lecture de Les polnarévolutions

Bagnac, métaphore de la troisième Restauration

Le Regard Libre N° 6 – Vincent Gauye 

Derrière cette nuée grisâtre se terre, dans l’ombre silencieuse du monde, le dernier membre agonisant de ce qui fut un jour la France. Permettez-moi d’adorer un instant encore ce sanctuaire de rêves brisés.

Il est sans doute des milliers de châteaux dont vous ignorez l’histoire ou l’existence. Il est des milliers de deuils et de vexations, mais point de plus fortes que celle qui se meurt en ces lieux et qui, tel un fantôme, plane sur la campagne ténébreuse dans l’espoir d’une résurrection. Un historien de l’art cracherait sur cet assemblage néo-gothique qui nous domine et s’obstine à nous narguer malgré sa ruine. Ce style, jouant avec diverses époques, nous peint un tableau où seul l’esthétique a droit de citer. Continuer la lecture de Bagnac, métaphore de la troisième Restauration

«Marine Le Pen vous dit MERCI!»

Le Regard Libre N° 5 – Jonas Follonier

On ne peut qu’espérer que le succès du Front national aux élections européennes déclenche une puissante dynamique d’auto-questionnement de la part des différents partis politiques français, surtout PS et UMP. Cela fait maintenant plusieurs décennies que nous assistons en France au creusement d’un intervalle de plus en plus significatif entre les élites politiques et la population.

Tout ce que le peuple ne peut plus supporter – en particulier les dérives du néocapitalisme financier et les abus du libertarisme soixante-huitard – les partis traditionnels n’en tiennent pas compte, bien trop bien dans leur bain constant: à la gauche dure, un anti-capitalisme purement et naïvement économique qui ne tient pas compte des exagérations de la gauche bobo-libertaire; à la droite dite «classique», un «conservatisme libéral» qui leur fait s’exprimer sur des problèmes de société (la laïcité ou la sécurité par exemple) mais qui se satisfait d’un libéralisme exclusivement financier et copieusement critiqué par les citoyens.

Tout cela, Jean-François Kahn, journaliste et essayiste, le dénonce et le développe dans son dernier ouvrage, Marine Le Pen vous dit MERCI!. Il y explique notamment en quoi les abandons respectifs des différents partis ont érigé un escalier au parti lepéniste; un escalier roulant, puisque le FN n’avait presque pas besoin de s’avancer pour gagner!

Personne ne présentait une véritable alternative à ce ridicule bipolarisme UMP-PS, une alternative qui eût une vision complète et cohérente. Personne ne s’intéressait aux maux des citoyens; on leur expliquait que l’insécurité n’existait pas, qu’il y avait seulement un sentiment d’insécurité; l’intelligentsia politico-médiatique les traitaient en somme d’imbéciles. Car c’est bien la gauche petite-bourgeoise qui est la grande responsable de ce qui devait arriver, à savoir 25% de voix à la voie frontiste pour les élections européennes.

Cette problématique gauloise est passionnante en soi; elle l’est encore plus pour nous, Suisses, qui nous intéressons à la politique française mais ne nous trouvons pas dans un aussi piètre état que nos voisins. Cette analyse peut donc nous servir d’avertissement, d’anticipation, de préparation à une catastrophe qui pourrait bien aussi arriver dans nos contrées. Que nos partis (re)trouvent une ligne sociétale et socio-économique, voilà mon souhait! Et puisse en particulier quelque mouvement éclairé sortir de son sommeil, afin qu’il redirige l’homme vers la responsabilité et le sens du bien commun.

Voici, pour vous faire goûter au style tordant et à la réflexion excellente de Jean-François Kahn, un florilège de son dernier essai Marine Le Pen vous dit MERCI!:

«Le changement, c’est maintenant. Le changement du changement, c’est après.»

«Pourquoi [Hollande] a-t-il voulu être président? Pour être président.»

«Marine Le Pen chauve-souris clame d’un côté: écoutez ce que je dis sur l’immigration et l’insécurité, je suis plus à droite que l’UMP, voyez mes poils; et, de l’autre: écoutez ce que je dis sur l’Etat, le social, la mondialisation néolibérale, je suis plus à gauche que le PS, voyez mes ailes!»

«[Hollande] se rengorge et (applaudi en cela par sa petite cour) proclame à la camarade cantonade: « Je suis social-démocrate. Je veux prendre exemple sur eux. Ce qui a échoué partout ailleurs, je vais le faire- » L’héritière n’avait plus qu’à engranger. Inespéré. La soupe lui était servie toute chaude. Ave César, ceux par qui tu vas mourir te saluent!»

«Hollande, hyperprésident mais de carton-pâte, fait du Sarkozy sans la folie ni le talent.»

«Comment, en outre, a-t-on pu lier dans le même paquet cadeau – c’est à se les mordre! – d’un côté, les mesures de restriction de dépenses publiques et de l’autre, les allégements d’impôts et de charges en faveur des entreprises?»

«Des socialistes, qui sont au socialisme ce que DSK est à l’abstinence et qui ont remplacé L’internationale par Viens poupoule!, tombent le masque et redécouvrent les vertus d’Antoine Pinay; sur Internet, les réseaux sociaux trouvent peu à peu leur équilibre entre haine de l’autre et détestation de soi.»

«On fait obsessionnellement la chasse aux expressions incorrectement déviantes, mais interdire la mendicité dans les wagons du métro serait le début du totalitarisme.»

«Leur vote a donc, d’abord, la signification d’un crachat. D’un rot de dégoût.»

Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo: © France Info